Le service que la prélature de l'Opus Dei rend aux diocèses
jamacor 24/11/2011 21:31:12
Lettre d'information par courrier électronique
N°46• Janvier - Juin 2008 • Page 0
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Éditorial
Le service que la prélature de l'Opus Dei rend aux diocèses
Par le cardinal Camillo Ruini
vicaire général de Sa Sainteté pour le diocèse de Rome (en 2008)
Dans l'exhortation apostolique post-synodale Pastores Gregis, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II rappelait que les évêques ont pour mission de « promouvoir inlassablement une véritable pastorale et une réelle pédagogie de la sainteté, de manière à réaliser le programme proposé par le cinquième chapitre de la constitution Lumen gentium concernant la vocation universelle à la sainteté » . C'est dans ce vaste horizon, qui engage non seulement chaque évêque, mais toute l'Église d'aujourd'hui et de demain, que je veux situer ma réflexion sur le service que l'Opus Dei rend aux diocèses.
En effet, la mission de l'Église tout entière et de tous les fidèles est la sainteté et la récapitulation de toute la création dans le Christ (Jn 12, 32 et 1 Co 15, 25-28). Certains Pères des premiers siècles voyaient déjà l'Église comme mundus reconciliatus, c'est-à-dire comme le mystère de l'accomplissement du salut dans les hommes et dans toute la création. Dans le cadre de cette mission commune, les évêques ont la responsabilité de servir le peuple de Dieu tout entier sur le chemin vers la plénitude de la sainteté.
L'érection de l'Opus Dei en prélature personnelle, dont nous commémorons aujourd'hui le vingt-cinquième anniversaire, avait pour finalité qu'« elle soit toujours un instrument valide et efficace de la mission salvifique que l'Église remplit pour la vie du monde » . Comment ne pas voir dans ces mots du préambule de la constitution apostolique Ut sit la convergence et le service que l'Opus Dei rend à toute l'Église ? Comment ne pas voir, donc, sa convergence et son service dans chaque diocèse où il réalise sa mission pastorale particulière ?
Nous trouvons dans la vie de saint Josémaria Escriva cette même vérité du service de l'Opus Dei rendu à Dieu et à toute l'Église. À deux reprises, en 1933 et en 1941, le fondateur de l'Opus Dei a été tenté de penser que tout était de son invention et qu'il trompait tant de femmes et tant d'hommes. Cela ne dura qu'un instant, dont il se sortit par la voie de l'abandon entre les mains de Dieu et du service de l'Église. Aussitôt après, une grande paix inonda son cœur, le confirmant dans ce qui demeure encore aujourd'hui et qui nous éclaire quant à la mission de l'Opus Dei à son ecclésialité fondamentale. Des années plus tard, il disait à un groupe de jeunes : « Si l'Opus Dei n'était pas pour le Seigneur et pour servir l'Église, il faudrait mieux qu'il soit dissous. Je n'en voudrais plus ! »
Je viens tout juste d'évoquer un moment missionnaire de convergence de l'Opus Dei et des diocèses et un moment de la vie du fondateur de l'Opus Dei dans lequel l'Église apparaît comme le centre éclairant et la raison d'être. Nous pouvons y voir à l'évidence que tout au long de son existence la vie de l'Œuvre possède cette dimension ecclésiale fondamentale. C'est précisément au cours de cette existence que je propose de considérer le service que l'Opus Dei rend aux diocèses.
Si nous examinons les finalités de l'Opus Dei, nous remarquons que chacun de ses fidèles se propose de parvenir à la sainteté en pratiquant les vertus chrétiennes de son état et de sa condition, selon une spiritualité spécifique clairement séculière. En outre, la mission spécifique de la prélature consiste à s'adresser à toutes les personnes, de toute condition et état de vie, afin qu'elles s'unissent à Dieu, qu'elles sanctifient leur propre travail et qu'elles prennent leur part de la mission de l'Église, en faisant progresser toutes les activités selon la volonté de Dieu . Nous ne pouvons pas ne pas reconnaître dans cette mission une ressemblance avec la mission confiée aux évêques et citée au début de ce discours : le devoir de promouvoir une pastorale authentique et une pédagogie de la sainteté.
Je voudrais rappeler ici les mots que le Serviteur de Dieu Jean-Paul II a adressés à un groupe de fidèles de l'Opus Dei, en 2001 : « Je désire avant tout souligner que l'appartenance des fidèles laïcs tant à leur Église particulière qu'à la Prélature, à laquelle ils sont incorporés, fait que la mission particulière de la Prélature conflue avec l'engagement d'évangélisation de chaque Église particulière, comme le prévoit le Concile Vatican II lorsqu'il établit la figure des prélatures personnelles » . En plus de la convergence déjà analysée, ces mots du saint-père nous invitent à comprendre en profondeur le sens de l'appartenance des laïcs à leur Église particulière propre et à la prélature de l'Opus Dei. Étant donné que les fidèles de la Prélature de l'Opus Dei sont aussi des fidèles des diocèses dans lesquels ils se trouvent, le fruit de la mission pastorale que l'Opus Dei réalise pour la vie du monde est présent chez des gens qui sont, en même temps, fidèles de leur diocèses et de la prélature. Le fruit de la mission de l'Opus Dei reste donc au sein des Églises locales dans lesquelles la Prélature de l'Opus Dei réalise sa fonction particulière.
Une considération inverse peut nous aider peut-être à discerner cette convergence : certains fidèles d'un diocèse sont aussi des fidèles de l'Opus Dei, et cette caractéristique n'affaiblit pas leur appartenance à leur diocèse ; mieux encore, dans le cas de l'Opus Dei elle la renforce. Selon la doctrine que saint Josémaria rappelait, l'appel universel à la sainteté signifie, entre autres, que la sanctification et la mission apostolique se réalisent à partir des conditions de vie et d'état de tout chrétien ; c'est-à-dire qu'elles se réalisent dans l'existence chrétienne, telle qu'elle est. Il n'est pas nécessaire de s'isoler, de renoncer à telle ou telle de ces conditions, ou de rechercher la sainteté en parallèle à l'une d'elles . Une de ces conditions est leur appartenance à un diocèse ou à une Église locale déterminée. La pratique des vertus et la mission se réalisent donc dans leur propre Église locale. La recherche de la sainteté dans la vie quotidienne et la pratique de l'apostolat ont donc toujours lieu à l'intérieur de l'Église locale à laquelle ils appartiennent, et leurs fruits demeurent toujours dans l'Église locale dans laquelle ils vivent et dans laquelle ils réalisent leur activité.
Nous pouvons en dire autant de tous ceux qui reçoivent la formation chrétienne que l'Opus Dei leur propose dans l'accomplissement de leur mission spécifique. Ils appartiennent aux diocèses dans lesquels ils vivent et le fruit de cette formation reste en tant qu'espérance de vie chrétienne pour tous leurs frères. Nous pouvons considérer aussi l'apostolat que les fidèles de la prélature réalisent avec les non chrétiens qui vivent dans le diocèse, faisant ainsi croître le Royaume de Dieu dont l'Église est la semence, et réalisant en première ligne l'évangélisation de la société, de la culture, de la famille, de l'école, des différentes professions et conditions de vie, dans lesquelles le Christ veut être aimé et connu.
Ce service que l'Opus Dei rend aux fidèles des diocèses dans lesquels il est présent, qu'ils soient ou non en même temps fidèles de la prélature, est par conséquent très direct. Nous allons l'envisager de suite sous deux aspects : en tant qu'il se développe dans la vie de chacun des fidèles, dans les divers milieux de leur existence, puis du point de vue institutionnel moyennant la formation impartie aux fidèles des diocèses.
L'Église rend dans le monde un grand témoignage du salut auquel Dieu appelle précisément à travers la vie vécue par ses membres. En ce sens, la dimension prophétique du message chrétien devient une vérité vécue et tous peuvent constater que la sainteté même, Dieu, est venue habiter parmi nous. Réellement, si nous considérons l'ensemble des vies chrétiennes vécues dans les divers milieux de la société, du monde de l'entreprise, du travail, de la famille, de la culture, nous pouvons apprécier la force et la capillarité de la mission des laïcs, auxquelles l'Opus Dei, en tant que phénomène pastoral, contribue de façon particulière.
Saint Josémaria disait que « l'apostolat le plus important de l'Opus Dei est celui que chaque membre réalise par le témoignage de sa vie et de sa parole, dans les contacts fréquents qu'il entretient avec ses amis et ses compagnons de travail. Qui peut mesurer l'efficacité surnaturelle de cet apostolat silencieux et humble ? On ne saurait évaluer l'aide que fournit l'exemple d'un ami loyal et sincère, ou l'influence d'une bonne mère au sein de la famille » . Ces mots valent aussi pour tous les chrétiens, de l'époque apostolique à nos jours. Le témoignage de la vie chrétienne exerce une influence bénéfique sur la vie des frères et de tous les hommes. Il est difficile de transposer en des chiffres la mission de l'Église grâce à la vie des chrétiens. S'y rencontrent l'action divine sanctifiante et la liberté de chaque fidèle qui, aimant l'Église, réussit à honorer sa part de la mission ecclésiale. Il s'agit d'une action qui est le ferment dans la pâte (Mt 13, 33), comparable à l'action missionnaire des premiers chrétiens, que l'on peut observer avant tout dans la vie familiale, dans le travail, dans le cercle des amis et des gens connus de chaque chrétien.
Peu à peu, cette mission conduit à une façon particulière d'envisager et d'apprécier la vie des autres, le monde, qui se transmet et est est rendue vivante, devenant en une véritable culture qui transforme la société à la mesure du Christ. La diversité des possibilités, la richesse de moyens et d'aspects, dépasse les possibilités institutionnelles qui, en tout cas, existent. Mais, pour que les laïcs puissent véritablement être lumière dans le monde dans lequel ils vivent, ils ont besoin d'une formation doctrinale, ascétique, apostolique, humaine et spirituelle soignée. De la sorte, ils seront à même d'unir la créativité, la grâce, la liberté, leurs capacités, les possibilités de dialogue, etc., pour que le Royaume de Dieu se réalise dans leur vie et que tout le créé soit présidé par le Christ et offert au Père par l'Esprit Saint. Rappelant l'expression paulinienne bien connue, il s'agit d'instaurare omnia in Christo (Ep 1, 10). Sur ce point, saint Josémaria affirme que « notre mission de chrétiens est de proclamer cette Royauté du Christ, de l’annoncer par nos paroles et par nos œuvres. Le Seigneur veut que les siens soient présents à tous les carrefours de la terre. Il en appelle certains au désert afin que, se désintéressant des péripéties de la société des hommes, ils témoignent aux autres que Dieu existe. À d’autres, il confie le ministère sacerdotal. Mais il veut que le plus grand nombre des siens reste au milieu du monde, dans les occupations terrestres. Par conséquent, ces chrétiens-là doivent porter le Christ dans tous les milieux où s’accomplissent les taches humaines: à l’usine, au laboratoire, dans les champs, dans l’atelier de l’artisan, dans les rues de la grande ville et sur les sentiers des montagnes » .
La prélature de l'Opus Dei rend aussi un service précieux aux diocèses dans l'aspect institutionnel, en organisant des cours et des rencontres de formation visant à éclairer la recherche de la sainteté et la pratique de l'apostolat dans le travail et les circonstances de chacun. Il ne suffit pas, en effet, que les laïcs soient dans le monde et que leur existence soit tissée de choses du monde . Pour réaliser leur mission spécifique, ils ont besoin d'éclairer de la grâce de Dieu les réalités dans lesquelles ils vivent. C'est ce à quoi les aide une formation profonde et spécifique, telle celle que l'Opus Dei propose.
Outre cet aspect plus spécifiquement institutionnel, la présence de l'Opus Dei dans un diocèse fournit des occasions de collaboration mutuelle en particulier dans le clergé. Dans beaucoup de diocèses, Rome n'est pas une exception, les prêtres incardinés dans la prélature, avec le consentement de leur ordinaire propre, remplissent des charges diocésaines (curés, vicaires paroissiaux, défenseurs du lien et juges dans les tribunaux diocésains, etc.). Quand ils réalisent ce travail pastoral de suppléance, les prêtres incardinés dans l'Opus Dei sanctifient leur travail pastoral et font de l'apostolat, c'est-à-dire qu'ils font l'Opus Dei au moyen de ces services ministériels. En tout état de cause, leur service pastoral le plus spécifique et direct aux diocèses s'accomplit en réalisant la mission de la prélature. C'est pour cette fin que l'autorité suprême l'a érigée, non pour remplir des vides dans les diocèses. Il serait contraire à la finalité de l'érection de la prélature que sont travail de suppléance ralentisse l'accomplissement de la mission qui lui a été confiée. La responsabilité revient au prélat, qui s'est vu confier la mission de gouverner cet instrument « pour qu'il soit valide et efficace » , de diriger les modalités de ce service, en communion avec les évêques diocésains intéressés.
En tant qu'évêque, avec mes autres frères dans l'épiscopat, je ne peux pas ne pas considérer que ces deux aspects du service que l'Opus Dei rend aux diocèses se rejoignent dans la vaste mission que l'Église réalise dans le monde. Ce sont des aides directes et très utiles pour élever le niveau spirituel de chaque Église locale, qui nous invitent à ne pas en rester à la vision institutionnelle, peut-être plus quantifiable, ni au service de l'Œuvre qui résout des problèmes concrets éventuels des diocèses. L'appréciation du service de l'Opus Dei aux diocèses me semble mieux comprise quand on l'envisage dans le vaste horizon dans lequel nous nous sommes placés au début de cette intervention : celui de la pédagogie et de la pastorale de la sainteté dont tous les évêques reçoivent la charge du Seigneur à l'égard de toute l'Église et, plus précisément, de l'Église locale qui leur est confiée.
Puisqu'il existe une collaboration étroite entre l'Opus Dei, en tant qu'institution hiérarchique, et les diocèses, la nécessité se fait jour de délimiter les compétences et de stimuler le dialogue. D'une part, pour garantir l'unité du diocèse sous la direction de l'évêque diocésain, le code de droit canonique requiert, au canon 297, le consentement de l'évêque diocésain avant qu'une prélature personnelle réalise sa mission dans le domaine du diocèse, et dispose pareillement que les statuts de la prélature doivent déterminer le mode des relations avec les ordinaires des lieux où la prélature travaille. D'autre part, pour respecter l'identité de la mission de la prélature et pour assurer une unité de direction de son travail, l'on créée précisément une prélature, c'est-à-dire un organisme sous la direction d'un unique prélat. Concrètement, les clercs incardinés dans la prélature sont à son service, sous la juridiction du prélat.
Dans ce cadre plus large de la mission de l'Église, la salus animarum, qui ne manquera jamais, il apparaît naturel que les prêtres de la prélature de l'Opus Dei participent au conseil presbytéral de chaque diocèse.
À partir de ces réflexions, l'on voit clairement que l'action de l'Opus Dei dans les diocèses dans lesquels il travaille leur est intérieure, et contribue à donner à chaque diocèse la diversité intérieure qui est propre à la communion . C'est un service qui apparaît à l'intérieur du diocèse de façon naturelle, sans qu'une « insertion » ultérieure soit nécessaire. En même temps, les diocèses reconnaissent que le fruit de ce service se trouve principalement dans la vie de ses fidèles. C'est en elle que se vérifie la dimension prophétique de l'appel à la sainteté au milieu du monde, et c'est d'elle que chaque diocèse tire des fruits abondants de sainteté et de vie apostolique.
Dans la perspective de l'Église considérée comme communion, dans laquelle existent des institutions de l'Église universelle qui collaborent à la mission commune, il est possible de saisir correctement la convergence et l'importance de ce service ecclésial que rend la prélature de l'Opus Dei. Si nous tenons compte du fait que les vérités les plus claires peuvent projeter une lumière sur les plus obscures, nous pouvons dire que le service pétrinien, qui est présent à l'intérieur de chaque Église particulière, peut nous aider à comprendre, bien que de manière analogique, la présence intérieure à cette même Église particulière du service de l'Opus Dei, pour la communion totale des Églises.
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