Clics577

Si tu veux un enseignement costaud anti-pilule, lis cette lettre

La manœuvre déloyale de ceux qui voudraient réécrire « Humanae vitae ». Une lettre

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Contribution externe. L’auteur de cette lettre est un ecclésiastique doublé d’un scientifique spécialisé de haut niveau qui occupe de prestigieux postes d’enseignement en Italie et à l’étranger et qui consacre également une partie de son temps et de ses énergies à la pastorale.

Il est déjà l’auteur d’une précédente lettre publiée en janvier 2016 par www.chiesa à propos de la dégradation de la « qualité » des confessions sacramentelles, une dégradation qui n’est pas sans rapport avec l’impact sur de nombreux fidèles de certaines déclarations du Pape François amplifiées par les médias.

Dans cette nouvelle lettre, il met en lumière l’absence de fondement des arguments récemment avancés – principalement dans une conférence autorisée d’en haut à l’Université pontificale grégorienne – pour réinterpréter et en substance invalider l’enseignement de l’encyclique « Humanae vitae » de Paul VI.
En particulier, il réfute et qualifie de « déloyale » la prétention de vouloir faire dériver la licéité des techniques anticonceptionnelles du fait qu’un grand nombre de conjoints catholiques les utilisent tout en étant convaincus de bien faire.
La responsabilité de cette « conscience erronée » élevée au rang de vertu – explique-t-il – n’incombe pas aux conjoints mais bien à ceux qui, dans l’Église, les ont mal éduqués, en passant systématiquement sous silence ou en déformant l’enseignement d’ « Humanae vitae ».

Comme déjà pour la lettre précédente, cette fois encore il nous faut rester discret sur l’identité de l’auteur afin de ne pas l’exposer à des rétorsions aussi prévisibles qu’inexorables.

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Cher M. Magister,

Parmi les arguments obsolètes exhumés par le professeur Maurizio Chiodi, théologien moraliste de la Faculté théologique de l’Italie septentrionale (FTIS, Milan) et par ailleurs membre fraîchement nommé à la « nouvelle » Académie pontificale pour la vie, dans le but d’enlever toute autorité et crédibilité à la norme de la lettre encyclique « Humanae vitae » (HV) du bienheureux Paul VI – qui indique en quoi la contraception est moralement illicite et, en revanche, en quoi les méthodes se basant sur la connaissance et l’identification personnalisée des périodes d’infertilité du cycle féminin sont acceptables – on retrouve celui du manque d’accueil de cette norme dans l’ethos conjugal des époux catholiques ; y compris chez ceux qui ont une foi solide et qui sont pratiquants pour ce qui concerne d’autres dimensions de la vie chrétienne.

Le théologien, âgé de soixante-deux ans, a contesté, lors d’une conférence publique organisée à l’Université pontificale grégorienne de Rome intitulée « Relire ‘Humanae vitae’ à la lumière d’Amoris laetitia’ » qui s’est déroulée le 14 décembre 2017, la validité permanente et le caractère obligatoire, pour tous les fidèles qui ont reçu le sacrement du mariage et vivent more uxorio, de l’enseignement du bienheureux Paul VI – confirmé par ses successeurs Saint Jean-Paul II et Benoît XVI et à ce jour non abrogé par le pape François – qui « condamne comme toujours illicite l’usage des moyens directement contraires à la fécondation, même inspiré par des raisons qui peuvent paraître honnêtes et sérieuses » (HV, 16) et dénonce comme « une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde. » (HV, 14).

L’un des arguments avancés par don Chiodi pour tenter de discréditer le magistère du Pape Jean-Baptiste Montini sur l’illicéité intrinsèque de toute action qui sépare intentionnellement « les deux aspects essentiels de l’acte conjugal ; union et procréation » (HV, 12) s’appuie sur l’observation de nature statistico-sociologico-pastorale selon laquelle cette norme serait largement ignorée par le peuple de Dieu, avec la conséquence pratique qu’elle n’est pas observée par la plus grande partie des épouses et des maris qui, même s’ils ont recours à la contraception, ne s’accuseraient pas de ce péché lors d’une confession sacramentelle et n’imagineraient pas demander pas l’aide de leur confesseur afin d’évaluer la droiture leur comportement.

L’argument qui consiste à affirmer qu’« une vaste majorité même au sein des couples de croyants vit comme si cette normale n’existait pas » (citation de la traduction anglaise de Diane Montagna extraite de l’enregistrement de la conférence de don Chiodi publiée sur Life Site News le 8 janvier) n’est certes pas originale. En 1985 déjà, Mgr Giuseppe Angelini, lui aussi théologien de la FTIS, écrivait ceci : « L’écart entre la morale personnelle des catholiques et le magistère ecclésial est particulièrement criant sur le thème de la contraception. […] On a noté à plusieurs reprises la distance des arguments proposés pour soutenir la condamnation morale de toute technique de contraception artificielle par rapport à la perspective personnaliste d’approche du thème de la sexualité » (« La teologia morale e la questione sessuale. Per intendere la situazione presente », in: Aa. Vv., « Uomo-donna. Progetto di vita », Rome 1985, 47-102, pp. 49-50).

La tentative de reporter sur les fidèles laïcs – et en plarticulier sur les époux – la charge de la preuve que l’enseignement de HV sur la régulation naturelle des naissances n’appartiendrait pas au patrimoine ferme et constant de la doctrine morale catholique se révèle maladroite et fallacieuse et doit donc être réfutée.
Ce serait un jugement téméraire que de considérer les époux catholiques comme les principaux ou les seuls responsables du fait que la norme de HV n’ait pas été mise en œuvre et de prétendre qu’ils l’auraient écartée au nom d’une « autre vérité » du rapport entre amour et procréation qui ne permettrait pas à leur conscience de juger en définitive la contraception comme un mal.
A bien y regarder, et en se basant sur une lecture de la question théologique et pastorale d’Humanae vitae dans de nombreuses Églises locales à partir de la fin des années soixante, il n’en est pas ainsi.

Comme l’enseigne de Catéchisme de l’Église Catholique (CEC), suivant en cela la théologie morale et le magistère précédent, « l’être humain doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. » (CEC, n° 1790). Est-il donc permis de penser que de nombreux croyants mariés (dans certaines communautés chrétiennes peut-être même la majorité ou même la quasi-totalité d’entre eux), quand ils ont choisi de recourir à la contraception, aient écouté leur conscience dont la voix ne leur indiquait pas avec certitude que la contraception était intrinsèquement un mal ? Leur comportement « en âme et conscience » n’est-il pas la preuve morale que la loi de HV serait contraire à la conscience des époux chrétiens et qu’elle serait donc injuste ? Non. Leur conscience, bien que certaine, n’était pas droite puisque « il arrive que la conscience morale soit dans l’ignorance et porte des jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis. » (CEC, n° 1790).

Posons-nous donc la question suivante : par leur choix de recourir à la contraception « en suivant leur conscience erronée », tous ces époux portent-ils la responsabilité d’un « témoignage de la conscience » contre le magistère qui consisterait à indiquer aux responsables de l’enseignement moral catholique que ce qui est prescrit par HV entre en conflit avec la conscience du croyant et n’a donc aucune valeur contraignante ?

S’il en était ainsi, le théologien moraliste ou en pastorale qui recueille le vécu des époux par rapport à la régulation des naissances et l’étudie afin de soumettre à l’autorité de l’Église une proposition concernant cette question (comme entend le faire don Chiodi), leur ferait porter une lourde responsabilité. Sur base de ce que leurs choix en conscience révèlent, on émettrait en fait un jugement qui sera traduit dans une norme (nouvelle ou modifiée, ou encore réinterprétée) applicable à tous les croyants. Si le témoignage de leurs consciences était faux, les fidèles porteraient la responsabilité d’avoir imprimé une orientation trompeuse à toute l’Église et le théologien dissimulerait sa responsabilité par rapport à cette « nouvelle voie » derrière la réponse du peuple à cette question digne de Ponce-Pilate : « En conscience, que voulez-vous que nous libéralisions ? La régulation naturelle de la fertilité ou la contraception ? ».

En réalité, il ne peut pas en être ainsi. Ce serait trop facile (et surtout malhonnête) de ne pas prendre en compte qu’une conscience erronée et ses jugements ne sont pas toujours imputables à la responsabilité des individus.

Ce n’est pas toujours l’abstention coupable de rechercher la vérité qui se trouve à l’origine des déviances de jugement de la conscience, ce peut être aussi une ignorance non-coupable de la vérité et du bien. (cf. CEC, n°1792-1793). Cela peut arriver, par exemple, quand une personne ou même un nombre important de croyants n’ont pas eu la possibilité de recevoir une formation adéquate de la conscience et un éclairage du jugement moral (cf. CEC, n°1783) parce qu’on ne leur a pas donné la possibilité de connaître fidèlement et intégralement les enseignements de l’Église qui les concernent directement.

C’est exactement ce qui s’est passé dans le cas de la doctrine de HV. Pendant des décennies, un nombre incalculable de prêtres, de catéchistes, de formateurs et d’accompagnateurs des parcours de préparation au sacrement du mariage, de formateurs des jeunes dans les paroisses, les associations et les mouvements catholiques ont passé sous silence de manière coupable l’enseignement de l’Église à propos de la régulation des naissances.

Ou bien ils l’ont présenté de façon partielle ou erronée, par exemple en prétendant que ce qui compte pour les époux c’est de « s’ouvrir à la vie », de faire un ou deux enfants et non pas (selon HV) de faire en sorte que chaque acte conjugal reste ouvert à la vie selon le dessein créateur de Dieu qui prévoit que la femme n’est pas fertile pendant toutes les périodes de l’âge où elle est féconde.

Ils sont également nombreux – parmi les prêtres et les laïcs chargés de la pastorale familiale – par ignorance coupable, à ne pas s’être mis à jour sur les aspects pratiques des méthodes de régulation naturelle de la fertilité et sur leur capacité effective à identifier les jours pendant lesquels le coït peut donner lieu à une conception et ceux pendant lesquels elle ne peut avoir lieu. Nombre d’entre eux sont restés bloqués sur la seule mesure des variations cycliques de la température interne dans des conditions basales (méthode de la courbe de température) qui n’était effectivement pas fiable à l’époque où HV a été promulguée, ignorant le fait qu’entretemps, d’autres méthodes basées sur des mesures symptomatiques ou biochimiques (niveau des hormones dans les urines) sont à présent disponibles ou aujourd’hui utilisées pour identifier les jours où la femme est fertile, et donne – quand on l’associe à la continence périodique – des résultats comparables à ceux des méthodes contraceptives le plus répandues. Combien de prêtres et d’éducateurs continuent à répéter aux fiancées et aux époux : « de toute façon, ces méthodes ne fonctionnent pas ! » ou encore « si vous les utilisez, vous ferez des enfants comme des lapins ! ».

Au contraire, dans les communautés catholiques (mais pas seulement) aussi bien des pays occidentaux qu’en Afrique et en Asie, là où les méthodes naturelles sont présentées et enseignées aux couples d’époux de façon correcte aussi bien en ce qui concerne leurs raisons d’être anthropologiques et éthiques que leur application pratique, elles rencontrent un consensus important chez les époux, dans les familles et chez les jeunes. Et plus encore aujourd’hui qu’à l’époque de la publication d’HV puisque la vision anthropologique qu’elle propose se confronte aujourd’hui à une vision « laïque » de la vie sexuelle et de la procréation guidée par une plus grande sensibilité à l’« écologie du corps humain » (en particulier de celui de la femme) et du recours à la « nature » pour en réguler les différences fonctions plutôt que de recourir à des produits issus de l’industrie chimique et pharmaceutique ou à des dispositifs mécaniques.

Mais ce serait ingrat voire même gravement injuste envers les prêtres et leurs collaborateurs pastoraux de leur imputer l’entière ou la principale responsabilité de ne pas avoir correctement formé les consciences des fidèles ou des époux catholiques en matière de procréation responsable.

En effet, trop souvent, le clergé lui-même n’a pas été correctement ni adéquatement formé sur l’enseignement de HV. Dans combien de séminaires, de cours des facultés de théologie ou de journées de ressourcement pour les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses a-t-on enseigné les principes anthropologiques et moraux sous-jacents à la doctrine de HV ? Si eux-mêmes sont incapables de faire pleinement droit à l’enseignement du bienheureux Paul VI, confirmé par ses successeurs jusqu’au pape actuel, comment pourraient-ils éclairer les fidèles sur ce point ?

Une lourde responsabilité de cette situation déplorable repose donc sur de nombreux professeurs d’anthropologie théologique du corps et de la sexualité, de théologie morale de la vie matrimoniale qui enseignent dans les séminaires, les facultés de théologie et dans les instituts supérieurs de sciences religieuses. Sans oublier la responsabilité, grave elle aussi, des évêques diocésains et des supérieurs des ordres religieux qui ont nommé ces professeurs ou ont omis de contrôler leur travail de formation des séminaristes, du clergé et des religieux.

Du reste, on n’oubliera pas que ce même professeur Chiodi a été appelé plusieurs fois par l’actuel président du Conseil pontifical pour la famille, l’archevêque Vincenzo Paglia, pour organiser des séminaires sur la morale conjugale et sur la procréation devant les officiels de ce dicastère. Lesquels cependant – solidement formés à l’école des prédécesseurs de Mgr Paglia, les cardinaux Alfonso López Trujillo et Ennio Antonelli – ne se plièrent jamais à ces tentatives d’endoctrinement à l’initiative de celui qui est aujourd’hui président de l’Académie pontificale pour la vie.

Merci pour votre attention et veuillez accepter mes salutations les plus amicales, « ad maiorem Dei gloriam ».

[lettre signée]

Source : www.diakonos.be/…/la-manoeuvre-de…

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Album ACTU
Spina Christi 2
"Les spécialistes des sciences, notamment biologiques, médicales, sociales et psychologiques, peuvent beaucoup pour la cause du mariage et de la famille et la paix des consciences si, par l’apport convergent de leurs études, ils s’appliquent à tirer davantage au clair les diverses conditions favorisant une saine régulation de la procréation humaine." (Gaudium et Spes 52-4)

"Il faut, en outre, …
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"Les spécialistes des sciences, notamment biologiques, médicales, sociales et psychologiques, peuvent beaucoup pour la cause du mariage et de la famille et la paix des consciences si, par l’apport convergent de leurs études, ils s’appliquent à tirer davantage au clair les diverses conditions favorisant une saine régulation de la procréation humaine." (Gaudium et Spes 52-4)

"Il faut, en outre, que les populations soient judicieusement informées des progrès scientifiques réalisés dans la recherche de méthodes qui peuvent aider les époux en matière de régulation des naissances, lorsque la valeur de ces méthodes est bien établie et leur accord avec la morale chose certaine." (Gaudium et Spes 87-3)

Question : qu'est-ce que la "régulation naturelle des naissances" ?

Techniquement et littéralement parlant, une méthode "naturelle" empêchant le foetus de naitre, c'est à dire d'arriver à terme, autrement dit un avortement pratiqué de manière "naturelle" !?!
Ce qui évidemment est un crime et une abomination.

Le terme choisi ici devrait être "régulation naturelle de la procréation", et c'est en effet celui utilisé par le texte conciliaire "Gaudium et spes" en 52-4.

Le problème avec ce texte conciliaire hérétique est qu'il s'oppose à la Volonté de Dieu que les couples (un homme et une femme !) soient féconds, se multiplient et se répandent sur la terre.
Il s'y oppose en effet d'autant plus qu'il se réfère clairement à des techniques "biologiques et médicales" et à des "progrès scientifiques", ce qui évidemment est bien loin des seules techniques vraiment naturelles que sont l'observation des cycles dans l'amour et le respect du désir de son conjoint, "techniques" (vilain mot) connues depuis toujours....

Il est donc malheureux, anti-catholique et une offense à Dieu que "
les progrès scientifiques permettent de mieux maîtriser les méthodes de régulation naturelle des naissances".

Il ne faudra pas s'étonner qu'avec de telles dérives on en soit rendu à entendre aujourd'hui un pape exhorter les catholiques à ne pas procréer comme des lapins, ou un certain clergé apostat rendre hommage à "la grande dame" Simone Veil contre laquelle huit millions de petits anges crient vengeance !
La contraception artificielle est en voie de "ringardisation" même aux yeux d'une partie croissante de non-croyants qui ont une conscience écologique, qui sont bien informés sur les dangers des méthodes contraceptives artificielles quant à la santé. C'est dire si l'encyclique du pape Paul VI était prophétique. La régulation naturelle des naissances est certes licite en certaines circonstances …Plus
La contraception artificielle est en voie de "ringardisation" même aux yeux d'une partie croissante de non-croyants qui ont une conscience écologique, qui sont bien informés sur les dangers des méthodes contraceptives artificielles quant à la santé. C'est dire si l'encyclique du pape Paul VI était prophétique. La régulation naturelle des naissances est certes licite en certaines circonstances aux yeux de l'Eglise ( il est heureux que les progrès scientifiques permettent de mieux maîtriser les méthodes de régulation naturelle des naissances ) mais la contraception est toujours illicite. Que beaucoup de catholiques transgressent les lois de nature et la loi de l'Eglise par ignorance ou volontairement ne peut en aucun justifier que des pasteurs de l'Eglise finissent par présenter insidieusement le mal comme étant un bien au nom d'une charité dévoyée.
avecrux.avemaria
Très beau dessin de Sainte Symphorose et ses 7 fils (18 juillet) qui me rappelle le magnifique martyr du livre des Maccabées.

Deuxième livre des Maccabées

Chapitre 7

1

Il arriva aussi qu'on prit sept frères avec leur mère, et que le roi voulut les contraindre, en les déchirant à coups de fouets et de nerfs de boeuf, à manger de la chair de porc, interdite par la loi.
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L'un d'eux, prenant …Plus
Très beau dessin de Sainte Symphorose et ses 7 fils (18 juillet) qui me rappelle le magnifique martyr du livre des Maccabées.

Deuxième livre des Maccabées

Chapitre 7

1

Il arriva aussi qu'on prit sept frères avec leur mère, et que le roi voulut les contraindre, en les déchirant à coups de fouets et de nerfs de boeuf, à manger de la chair de porc, interdite par la loi.
2

L'un d'eux, prenant la parole au nom de tous, dit: "Que demandes-tu, et que veux-tu apprendre de nous? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser la loi de nos pères."
3

Le roi, outré de colère, commanda de mettre sur le feu des poêles et des chaudières. Aussitôt qu'elles furent brûlantes,
4

il commanda de couper la langue à celui qui avait parlé au nom de tous, puis de lui enlever la peau de la tête et de lui trancher les extrémités, sous les yeux de ses autres frères et de leur mère.
5

Lorsqu'on l'eut ainsi complètement mutilé, il ordonna qu'on l'approchât du feu, respirant encore, et qu'on le fît rôtir dans la poêle. Pendant que la vapeur de la poêle se répandait au loin, ses frères et leur mère s'exhortaient mutuellement à mourir avec courage:
6

"Le Seigneur Dieu voit, disaient-ils, et il a vraiment compassion de nous, selon que Moïse l'a annoncé, dans le cantique qui proteste en face contre Israël, en disant: Il aura pitié de ses serviteurs."
7

Le premier étant mort de cette manière, on amena le second pour le supplice, et après lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux, on lui demanda s'il voulait manger du porc avant d'être torturé dans tous les membres de son corps.
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Il répondit dans la langue de ses pères: " Non!" C'est pourquoi il subit à son tour les mêmes tourments que le premier.
9

Au moment de rendre le dernier soupir, il dit: "Scélérat que tu es, tu nous ôtes la vie présente, mais le Roi de l'univers nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour être fidèles à ses lois."
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Après lui, on tortura le troisième. A la demande du bourreau, il présenta aussitôt sa langue et tendit intrépidement ses mains,
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et il dit avec un noble courage: "Je tiens ces membres du Ciel, mais à cause de ses lois je les méprise, et c'est de Lui que j'espère les recouvrer un jour."
12

Le roi lui-même et ceux qui l'accompagnaient furent frappés du courage de ce jeune homme, qui comptait pour rien les tortures.
13

Lui mort, on fit subir au quatrième les mêmes tourments.
14

Sur le point d'expirer, il dit: "Heureux ceux qui meurent de la main des hommes, avec l'espérance qu'ils tiennent de Dieu d'être ressuscités par lui! Pour toi, ta résurrection ne sera point pour la vie."
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On amena ensuite le cinquième, et on le tortura. Mais lui, fixant les yeux sur le roi, dit:
16

"Tu as, quoique mortel, pouvoir parmi les hommes, et tu fais ce que tu veux. Mais ne crois pas que notre race soit abandonnée de Dieu.
17

Pour toi, attends, et tu verras sa grande puissance, comme il te tourmentera toi et ta race."
18

Après lui, on amena le sixième. Près de mourir, il dit: " Ne te fais pas de vaine illusion; c'est nous-mêmes qui nous sommes attiré ces maux, en péchant contre notre Dieu; aussi nous est-il arrivé d'étranges calamités.
19

Mais toi, ne t'imagines pas que tu seras impuni, après avoir osé combattre contre Dieu."
20

La mère, admirable au-dessus de toute expression et digne d'une illustre mémoire, voyant mourir ses sept fils dans l'espace d'un seul jour, le supporta généreusement, soutenue par son espérance dans le Seigneur.
21

Elle exhortait chacun d'eux en la langue de ses pères et, remplie des plus nobles sentiments, elle raffermissait par un mâle courage sa tendresse de femme.
22

Elle leur disait: " Je ne sais comment vous avez apparu dans mes entrailles; ce n'est pas moi qui vous ai donné l'esprit et la vie; ce n'est pas moi qui ai assemblé les éléments qui composent votre corps.
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C'est pourquoi le Créateur du monde, qui a formé l'homme à sa naissance et qui préside à l'origine de toutes choses, vous rendra dans sa miséricorde et l'esprit et la vie, parce que maintenant vous vous méprisez vous-mêmes pour l'amour de sa loi."
24

Antiochus se crut insulté et soupçonna un outrage dans ces paroles. Comme le plus jeune était encore en vie, non seulement il lui adressa des exhortations, mais il lui promit avec serment de le rendre riche et heureux, s'il abandonnait les lois de ses pères, d'en faire son ami et de lui confier de hauts emplois.
25

Le jeune homme ne prêtant à ces offres aucune attention, le roi appela la mère et l'engagea à donner à l'adolescent des conseils de salut.
26

Lorsqu'il l'eut longtemps exhortée, elle accepta de persuader son fils.
27

S'étant donc penchée vers lui et raillant le tyran cruel, elle parla ainsi dans la langue de ses pères: "Mon fils, aie pitié de moi, qui t'ai porté neuf mois dans mon sein, qui t'ai allaité trois ans, qui t'ai entretenu, nourri et élevé jusqu'à l'âge où tu es.
28

Je t'en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre, vois tout ce qu'ils contiennent, et sache que Dieu les a créés de rien, et que la race des hommes est arrivée ainsi à l'existence.
29

Ne crains pas ce bourreau, mais sois digne de tes frères et accepte la mort, afin que je te retrouve, avec tes frères, au temps de la miséricorde."
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Comme elle parlait encore, le jeune homme dit: " Qu'attendez-vous? Je n'obéis pas aux ordres du roi; j'obéis aux prescriptions de la loi qui a été donnée par Moise à nos pères.
31

Et toi, l'auteur de tous les maux déchaînés sur les Hébreux, tu n'éviteras pas le bras de Dieu.
32

Car c'est à cause de nos péchés que nous souffrons;
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et si, pour nous châtier et nous corriger, notre Seigneur, qui est vivant, nous a montré un moment sa colère, il se réconciliera avec ses serviteurs.
34

Mais toi, ô impie et le plus scélérat de tous les hommes, ne t'enorgueillis pas follement, te livrant à de vaines espérances, quand tu lèves la main contre les serviteurs de Dieu;
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car tu n'as pas encore échappé au jugement du Dieu tout-puissant qui surveille toutes choses.
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Nos frères, après avoir enduré une souffrance passagère, sont échus à l'alliance de Dieu pour une vie éternelle; mais toi, par le jugement de Dieu, tu porteras le juste châtiment de ton orgueil.
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Quant à moi, ainsi que mes frères, je livre mon corps et ma vie pour les lois de mes pères, suppliant Dieu d'être bientôt propice envers son peuple et de t'amener, par les tourments et la souffrance, à confesser qu'il est le seul Dieu,
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et puisse, en moi et en mes frères, s'arrêter la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée sur toute notre race!"
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Le roi, transporté de fureur, sévit contre celui-ci plus cruellement encore que contre les autres, ne pouvant supporter qu'on se jouât de lui.
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Ainsi mourut ce jeune homme, pur de toute idolâtrie et se confiant entièrement au Seigneur.
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Enfin la mère mourut la dernière, après ses enfants.
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Mais en voilà assez au sujet des sacrifices et des excessives cruautés d'Antiochus.