SYMBOLE DE SAINT ATHANASE, QUE L’ÉGLISE RÉCITE DANS SON OFFICE

 

Quiconque veut être sauvé doit avant toutes choses avoir la foi catholique ; car si quelqu’un ne garde pas inviolablement cette foi dans son entier, il périra indubitablement pour jamais. Sans la foi, dit l’Apôtre, il est impossible de plaire à Dieu. Ainsi avant toutes choses il faut avoir la foi, la vraie foi, la foi catholique, la foi de l’Église universelle, et l’avoir dans son entier. Car si on refuse de croire un seul article de foi proposé par l’Église, on perd la foi, comme on perd la grâce par un seul péché mortel. Or, la foi catholique consiste à adorer un seul Dieu en trois personnes, et trois Personnes en un seul Dieu, sans confondre les Personnes et sans diviser la substance. On confondrait les Personnes si on les prenait l’une pour l’autre, si on disait que la personne du Fils est la même que celle du Père, ce qui est faux et hérétique, car la personne du Père est autre que celle du Fils et la personne du Saint-Esprit est autre que celle du Père et du Fils. Il doit nécessairement avoir de la différence entre celui qui engendre et celui qui est engendré, entre celui qui produit et celui qui est produit. On doit donc distinguer ces personnes l’une de l’autre ; puisqu’elles ont chacune des propriétés essentielles qui les distinguent en effet, comme il a été dit ci-dessus et ci-après [Ici le texte renvoie aux pages 28 et 147 de l’opuscule imprimé]. Mais quoique ces trois personnes soient distinguées entre elles, on ne doit pas distinguer ni diviser ni séparer la nature divine, qui est commune à ces trois personnes, qui est la même dans ces trois personnes, qui subsiste tout entière dans chacune de ces trois personnes. Car le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont la même divinité, la même gloire et la même Majesté. On ne doit donc pas la distinguer ni la diviser en disant qu’il y a deux natures, ou que la nature du Père n’est pas la même que celle du Fils et du Saint-Esprit, ni la partager en supposant qu’elle est en partie dans le Père, et en partie dans le Fils, et en partie dans le Saint-Esprit. Ce sont là autant d’erreurs condamnées par l’Église, qui nous enseigne que la nature divine, étant un seul et unique esprit très simple, ne peut être divisée ni partagée, mais qu’elle subsiste tout entière dans les trois personnes, et dans chacune de ces trois personnes de la Trinité. Et c’est en cela que consiste l’incompréhensibilité de ce mystère.

Ces trois personnes ayant la même nature sont égales en perfection, de sorte que le Fils et le Saint-Esprit sont parfaitement semblables au Père ; le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé. Le Fils est engendré, comme nous l’avons déjà dit, et non pas créé, car il y a bien de la différence entre ces deux expressions. Le Père est immense, le Fils est immense, le Saint-Esprit est immense ; le Père est éternel, le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel, et cependant ce ne sont pas trois éternels, mais un seul éternel, de même que ce ne sont pas trois incréés ni trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense, parce qu’ils ont la même immensité. Ainsi, le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-puissant, et cependant ce ne sont pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant, parce qu’ils ont la même puissance. Ainsi, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, et cependant ce ne sont pas trois Dieux, mais un seul Dieu, parce qu’ils ont la même divinité. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur, c’est-à-dire maître et souverain de tout, et cependant ce ne sont pas trois Seigneurs, mais un seul Seigneur, parce qu’ils ont la même autorité, le même empire et la même domination. La même foi chrétienne qui nous oblige de reconnaître et de confesser que chacune de ces trois personnes est véritablement Dieu et Seigneur, parce qu’elle possède la divinité et la souveraine domination tout entière, cette même foi nous défend de dire que ces trois personnes sont trois Dieux ni trois Seigneur souverains, parce qu’elles n’ont toutes trois que la même divinité et la même domination.

Voici les propriétés qui conviennent à chacune de ces personnes en particulier et non aux autres, et qui les distinguent par conséquent l’une de l’autre : le Père n’est ni fait, ni créé, ni engendré d’aucune autre personne. Les Théologiens appellent cette propriété du Père innascibilité. Le Fils vient du Père seul, et il n’est point fait ni créé de rien, car ce serait une impiété de dire que le Fils de Dieu soit une créature tirée du néant ; mais il est engendré de toute éternité de la propre substance du Père, avec lequel et dans l’esprit duquel il a toujours été, car le Père n’a jamais été un instant sans son Fils, qui est sa pensée, sa raison, sa sagesse, la splendeur de sa gloire, non plus que le soleil n’a pas été un moment sans produire la lumière. Et comme un soleil sans lumière ne serait pas un véritable soleil, le Père éternel n’aurait été véritablement Père de toute éternité s’il n’avait pas toujours engendré son Fils.

Le Saint-Esprit vient du Père et du Fils par voie d’amour, parce que le Père et le Fils, se voyant également parfaits et semblables, n’ont pu être un instant sans s’aimer. Le Père, voyant dans son Fils l’image vivante de sa nature et de ses perfections, l’aime d’un amour éternel et infini. C’est pour cela qu’il l’appelle son Fils bien-aimé en qui il a mis ses complaisances. Et le Fils sortant du sein du Père aime également le principe dont il tire son origine. Or, cet amour réciproque du Père et du Fils, qui forme entre eux une union éternelle, c’est le Saint-Esprit, qui est la troisième personne de la sainte Trinité, distinguée des deux autres, selon ces paroles d’Isaïe : Le Seigneur m’a envoyé, et son Esprit. Et c’est à cette troisième personne que se terminent les opérations des facultés divines. C’est-à-dire qu’après le Saint-Esprit il n’y a pas une quatrième ni une cinquième personne, la vertu productive des deux facultés divines, savoir, l’entendement et la volonté, étant pleinement remplie et comblée par la production de ces deux personnes divines : l’entendement, par la génération du Fils ; la volonté, par la production du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit n’est point fait ni créé, car s’il était une créature il ne serait pas Dieu. Il n’est point engendré, car la génération est la propriété du Fils, et si le Saint-Esprit était engendré comme le Fils, il n’aurait plus rien qui le distinguerait du Fils, et il serait par conséquent une même personne avec lui ; ainsi il n’y aurait que deux personnes en Dieu, ce qui est contraire à la foi. Le Saint-Esprit vient donc du Père et du Fils, non par voie de génération, mais par émanation. Il procède de l’un et de l’autre comme le fruit de l’amour mutuel qui les unit entre eux, en s’unissant lui-même à eux, pour ne faire qu’un même esprit, une même vie, un même Dieu. C’est un article de foi que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul et même principe. L’Église l’a décidé contre les schismatiques grecs qui sont séparés et retranchés de l’Église romaine, principalement parce qu’ils ne veulent point confesser que le Saint-Esprit vienne du Fils, soutenant qu’il ne procède que du Père seul. Il est vrai que l’écriture dit en termes formels que le Saint-Esprit procède du Père ; mais elle nous apprend également qu’il procède du Fils lorsqu’elle nous dit qu’il est l’Esprit du Fils, que c’est le Fils qui l’envoie, et que c’est du Fils qu’il a reçu ce qu’il a. Or, nous trouvons tout cela dans l’évangile. Jésus-Christ dit à ses Apôtres : " Le Saint-Esprit que je vous enverrai me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi ".

Il n’y a donc qu’un Père, et non trois Pères ; il n’y a qu’un Fils, et non trois Fils ; il n’y a qu’un Saint-Esprit, et non trois Saints-Esprits ; et dans cette Trinité il n’y a rien d’antérieur ni de postérieur. Aucune de ces personnes n’a été avant l’autre ; il n’y a rien de plus ni de moins, aucune n’a plus que l’autre ; mais elles sont toutes trois éternelles et parfaitement égales en tout, quant à la nature et aux perfections. Il est vrai que le Père a une propriété qui lui est personnelle ; c’est la qualité de Père, que le Fils n’a pas. Mais cette propriété sert seulement à le distinguer du Fils, sans le rendre ni meilleur ni supérieur au Fils. C’est même par cette raison que le Fils est égal au Père, parce que le Père, en engendrant son Fils, lui communique tout ce qu’il a, et le rend égal à lui. Il en est de même du Saint-Esprit, de sorte que, comme on a déjà dit, il faut reconnaître une unité de nature dans une Trinité de personnes, et une Trinité de personnes dans une unité de nature. Voilà ce qu’on doit croire du mystère de la Trinité, si l’on veut être sauvé.

 

SUITE DU SYMBOLE DE SAINT ATHANASE, CONCERNANT LE MYSTÈRE DE L’INCARNATION

 

Il est également nécessaire pour le salut de croire fermement l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Or, la vraie foi touchant ce mystère consiste à croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est Dieu et homme tout ensemble : Dieu, parce qu’il est né de la substance du Père avant tous les siècles, et homme, parce qu’il est né de la substance de sa Mère, qui est la sainte Vierge Marie, dans la plénitude des siècles, c’est-à-dire dans le temps marqué dans les décrets de la Providence, quatre mille ans après la création du monde. Voilà les deux générations de Jésus-Christ dont nous avons parlé : une génération divine et éternelle, selon laquelle il est Dieu de toute éternité ; l’autre humaine et temporelle, selon laquelle il est homme dans le temps. Il est Dieu parfait, puisqu’il a la nature divine et toutes ses perfections, et homme parfait, puisqu’il a toute la nature humaine, c’est-à-dire un corps humain et une âme raisonnable. Il est égal au Père selon la divinité, et c’est dans ce sens que saint Paul dit " qu’il n’a pas cru que ce fût une usurpation pour lui de s’égaler à Dieu ", et moindre cependant, et inférieur au Père selon son humanité, et c’est en ce sens qu’il dit lui-même : " Mon Père est plus grand que moi ". C’est encore dans ce sens, c’est-à-dire selon la nature humaine, qu’il est dit dans un Psaume que Jésus-Christ a été " inférieur aux Anges ", car la nature de l’homme est inférieure à celle des Anges par sa condition. Mais la nature humaine de Jésus-Christ, quoiqu’inférieure, par sa condition, à celle des Anges, lui est devenue infiniment supérieure en dignité, à cause de son union avec le Verbe, qui l’a fait entrer dans les droits de Dieu même.

Quoique Jésus-Christ soit Dieu et homme tout ensemble, ce ne sont pas deux Christs, mais un seul. C’est-à-dire qu’il n’y a pas en Jésus-Christ deux personnes dont l’une soit Dieu et l’autre homme, comme quelques hérétiques l’ont avancé ; mais le même est Dieu et homme tout ensemble ; le même réunit dans sa seule et unique personne divine les deux natures, divine et humaine. Quand on dit qu’il n’y a qu’un seul Jésus-Christ, ce n’est pas à dire que la divinité ait été changée en chair, puisque, étant immuable, elle ne peut être sujette à aucun changement ; mais c’est dans ce sens qu’il a pris l’humanité pour l’unir à sa divinité, et pour ne faire qu’un même tout avec lui ; non pas que ces deux substances ou natures, divine et humaine, aient été confondues l’une avec l’autre, mais parce qu’elles ont subsisté dans une même personne, qui est la personne du Fils de Dieu.

Car de même que le corps et l’âme, qui sont deux choses très différentes, étant réunies, ne forment qu’un seul homme, ainsi la nature divine et humaine réunies ne forment qu’un seul Jésus-Christ qui est Dieu-homme et homme-Dieu, qui a souffert pour notre salut, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté au ciel, est assis à la droite du Père tout-puissant, d’où il viendra pour juger les vivants et les morts. Et à son avènement tous les hommes doivent ressusciter avec leurs mêmes corps, pour rendre compte de leurs actions ; et ceux qui auront bien vécu iront à la vie éternelle, et ceux qui auront mal vécu iront au feu éternel. Nous avons expliqué tout cela dans le Symbole des Apôtres.

Voilà la foi catholique. Et si quelqu’un ne la conserve pas fidèlement, il ne pourra être sauvé.

 

Table de l'Exposition des principaux mystères de la foi

 

Home Page