Clicks181
shazam
1
J.-M. Gueullette #2 : Le plaisir et la joie [I-II, 31] IAquinas : Saint Thomas d'Aquin en ligne / Thomas Aquinas online / Santo Tomás de Aquino online : + WEBSITE : iaquinas.com - Donc il y aurait …More
J.-M. Gueullette #2 : Le plaisir et la joie [I-II, 31]

IAquinas : Saint Thomas d'Aquin en ligne / Thomas Aquinas online / Santo Tomás de Aquino online : + WEBSITE : iaquinas.com

-

Donc il y aurait une manière très simple, trop simple, de distinguer le plaisir et la joie, ce serait de dire : le plaisir c’est pour le corps, la joie c’est pour l’âme.

Mais avec saint Thomas il ne faut jamais trop distinguer le corps et l‘âme, parce qu’on risque de perdre ce qui est essentiel, le plus précieux de l’humain : c’est cette union entre les deux.

Donc, d’un côté, on peut dire en effet il y a des formes de plaisirs que l’homme connaît par son corps, mais qui ne sont pas – on pourrait dire – qui ne sont pas ratifiées par son âme, qui ne sont pas validées par son âme.

Et saint Thomas prend l’exemple du plaisir qu’on peut trouver dans certains péchés, il prend l’exemple de l’adultère par exemple. Donc là il y a un plaisir corporel mais qui ne suscite pas la joie parce qu’au contraire il peut susciter l’amertume, etc.

Et puis en revanche ce qui est plus intéressant, c’est de regarder dans l’autre sens, c’est-à-dire la joie de l’âme qu’on peut trouver dans la recherche intellectuelle, dans la prière, dans la contemplation, dans l’amitié, dans toutes ces situations-là.

Est-ce qu’elle est purement – comme on entend quelquefois les gens le dire : est-ce qu’elle est purement spirituelle ?
Et bien le ‘purement spirituelle’, je crois que ça énerverait terriblement Thomas d’Aquin ! parce que nous ne sommes pas des anges !

Et donc, si je vous dis : « Je suis au comble de l’allégresse » (Un saint triste...), et bien vous ne me croyez pas et vous avez raison !

Et donc l’allégresse intérieure, l’allégresse spirituelle, la joie de l’intelligence, forcément elle se traduit par une forme de plaisir, elle rejaillit sur le corps parce que le corps et l’âme sont très profondément unis.

Et donc on pourrait dire : (que) Tout l’enjeu, c’est de faire en sorte que nos plaisirs soient source de joie, et qu’ils soient le plus humain possible, c’est-à-dire, - Thomas disait - : conforme à la raison.

Mais alors là tout de suite, des modernes comme nous, quand on entend ’conforme à la raison’, on se dit : ah bah oui d’accord, un plaisir raisonnable, ça ne va pas être très drôle (… est un triste saint.), on va devoir diminuer le nombre de bouteilles par deux, arrêter le repas juste après le hors-d’œuvre.
‘Raisonnable’, pour nous, ça sonne très négativement, alors (que), pas du tout chez saint Thomas !

Il peut être conforme à la raison de faire la fête, et il est normal le jour de Pâques d’avoir une table qui soit bien servie, et qu’on se réjouisse de ce qu’on mange.

Mais – justement -, on ne ne va pas vivre à ce moment là un plaisir purement physique, un plaisir alimentaire, on pourrait dire.

On va se réjouir non seulement de la nourriture, mais de la belle table, c’est un Français qui parle, c’est notre spécialité, ça. Oui, une belle table, la compagnie des gens, et on pourrait citer ici mon compatriote bourguignon Etienne Gilson, grand thomiste mais aussi grand amateur de bonne nourriture et de bon vin, il disait :
« Tous les pays mangent, mais peu ont une cuisine, cuisiner n’est pas comme on dit : ‘faire à manger’, (cuisiner) c’est introduire l’intelligence jusque dans les sensations gustatives. »

ça c’est très beau et c’est ça en fait la gastronomie, c’est introduire de l’intelligence dans les sensations gustatives, c’est-à-dire introduire de la joie dans le plaisir.
Marie-Pierre Jeanine THIERY shares this