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De la vie Apostolique, par le R.-P. Jean-Joseph Surin

Le Petit Sacristain

De la vie Apostolique, par le R.-P. Jean-Joseph Surin

Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :

De la vie Apostolique

Quelles sont les parties essentielles qui forment caractère de la vie apostolique ?

Il y en a trois, qui sont, l'Oraison, la Pénitence, et le zèle.

Sur quoi fondé dites-vous que l'Oraison est nécessaire aux hommes Apostoliques ?

Sur ce que tous les Apôtres s'y sont extraordinairement appliqués, et que c'est dans cette source qu'ils ont puisé les forces dont ils avoient besoin pour remplir les fonctions de l'Apostolat. Jésus-Christ leur divin modèle se retirait au désert, ou sur les montagnes pour prier. Nous apprenons de saint Pierre, que les premiers Disciples ont suivi l'exemple de leur Maître : Pour nous, dit-il, nous vaquerons assidûment à la prière et au ministère de la parole. Il est dit de S. Barthélemi, qu'il se mettait en prière cent fois le jour, et cent fois la nuit ; et de saint Jacques, que la peau de ses genoux s'était endurcie comme celle d'un chameau, par le long usage de la prière. Les Basiles, les Chrysostômes, les Jérômes, et les autres grands hommes qui ont succédé aux Apôtres, et qui ont hérité de leur esprit, ont eu recours à la retraite, et se sont disposés par un long exercice de l'oraison, à travailler utilement au salut des âmes.

Quelles qualités doit avoir l'Oraison d'un homme Apostolique ?

Elle doit être élevée, fervente et continuelle.

Qu'est-ce qui en fait l'élévation ?

La foi vive et pure, qui en est le fondement, et qui élève l'esprit au-dessus de tout ce qui est créé ; ce qui convient fort à un homme qui doit vivre sur la terre, comme s'il était déjà citoyen du Ciel.

En quoi consiste la ferveur de cette Oraison ?

En ce qu'elle part d'un cœur ardent et embrase de l'amour divin. C'est ce qu'on a remarqué dans saint Xavier. On eût dit, lorsqu'il commençait sa prière, que des flammes sortaient de sa bouche, à chaque parole qu'il proférait.

Pourquoi l'appelez-vous continuelle ?

Pour faire entendre qu'elle doit être assidue, et qu'un Apôtre doit donner à la prière tout le temps qui n'est pas occupé par ses fonctions. Saint Dominique regardait l'Église comme son habitation ordinaire ; il s'y rendait souvent, et y passait les nuits entières. Saint Xavier, après avoir travaillé tout le jour, se retirait dans quelque Église pour y passer la nuit, qu'il partageait entre la prière et un peu de sommeil qu'il prenait sur les marches de quelque Autel. Saint Ignace n'a point limité aux Profès de sa Compagnie, le temps de leur Oraison, pour leur faire entendre qu'ils doivent y employer tout le temps qu'ils ont de reste, après s'être acquittés de leurs emplois. Et parlant des Supérieurs, il dit, que leurs prières et leurs saints désirs sont comme les deux épaules avec lesquelles ils doivent soutenir les maisons dont on leur confie la conduite ; conformément à ce que dit saint Grégoire, de ceux qui président au gouvernement des Monastères ; que comme ils sont obligés par leur charge à être les premiers dans l'action, pour donner le mouvement à tout, ils doivent aussi être les plus appliqués et les plus assidus, à la contemplation.

Pourquoi dites-vous que la pénitence est une partie de la vie apostolique ?

Parce que tous les hommes Apostoliques ont été de grands pénitents. Saint Jean Baptiste se distinguait par sa vie austère, et il préparait la voie au Messie, en pratiquant lui-même la pénitence qu'il prêchait aux autres. Jésus-Christ qui l'a prêchée après son saint Précurseur, soutenait sa prédication par son exemple, témoin ses jeûnes au désert, et ses longues Oraisons. Tous les Saints qui ont reçu une portion de l'Esprit Apostolique, ont tenu la même conduite, et surtout les Fondateurs des Religions ; ils ont tous fondé leurs Ordres sur les austérités, ou sur de grands travaux pour le salut du prochain, qui sont une espèce de pénitence très-rude. C'est pour cette raison que le Fondateur de la Compagnie de Jésus n'a point ordonné de pénitences extérieures aux Profès de son Ordre : mais ne pouvant sagement leur en prescrire, il leur a laissé la liberté d'en faire autant qu'ils voudront, pourvu que ce soit de l'avis de leur Confesseur.

Qu'est-ce que le zèle qui fait partie de l'esprit apostolique, et comment peut-on le pratiquer ?

C'est un désir ardent de procurer la gloire de Dieu, en contribuant au salut des âmes ; désir dont les hommes Apostoliques ont tous été enflammés. Ce zèle emploie différents moyens, qui sont principalement les avis donnés à propos, la Confession et la Prédication.

Qu'entendez-vous par les avis donnés à propos ?

J'entends ce que saint Paul entendait, lorsqu'il disait aux Fidèles : Je n'ai point cessé nuit et jour d'exhorter avec larmes chacun de vous ; c'est-à-dire, qu'un Apôtre doit profiter des entretiens ordinaires, pour porter les âmes à la vertu, tantôt en les instruisant, tantôt en les corrigeant, tantôt en leur donnant la consolation dont elles ont besoin. Il est toujours suffisamment autorisé pour instruire les autres dans les conversations familières qu'il a avec eux, et il ne doit laisser échapper aucune occasion de leur apprendre ce qu'il est nécessaire qu'ils sachent touchant la Foi et les bonnes mœurs. Il doit aussi quelquefois, quand Dieu l'inspire, et que la charité et la prudence le permettent, reprendre avec une sainte liberté ceux qui commettent le mal devant lui, pour satisfaire à ce précepte de saint Paul, Reprenez, suppliez, menacez, et n'autorisez pas le vice par un lâche silence, lorsqu'il est à propos de parler. Et comme le monde est plein de personnes affligées, qui souffrent des pertes de bien, ou des maladies, ou des contradictions de la part des hommes ; rien ne convient mieux à un homme Apostolique, que de faire part aux autres de la consolation divine dont il doit être plein lui-même, conformément à ce que dit S. Paul : Afin que par les choses que Dieu nous dit pour nous encourager nous-mêmes, nous puissions aussi de notre côté consoler ceux qui sont accablés de toutes sortes de maux.

Comment faut-il aider les âmes dans la Confession ?

Premièrement, il faut user d'une sainte adresse pour les engager à s'acquitter exactement de leur devoir, en leur adoucissant la peine qu'elles ont à déclarer leurs péchés, en leur proposant des motifs de contrition, en les aidant à former une résolution sincère de s'amender, et en les encourageant à la pratique de la pénitence. Secondement, on doit leur parler avec beaucoup de douceur, et avec une bonté véritablement paternelle. Car comme il convient au Prédicateur de reprendre vivement les vices, il convient au Confesseur de traiter doucement les pécheurs, et d'employer la tendresse de la charité pour les gagner à Dieu. Troisièmement, on ne doit pas se contenter d'écouter avec patience, d'interroger avec sagesse, et de donner l'absolution ; il faut y ajouter quelque avis salutaire, quelque instruction courte et efficace, qui puisse servir au pénitent de règle de conduite, conformément aux devoirs de son état.

Comment faut-il se servir de la Prédication pour aider les âmes ?

Nous avons touché cette matière dans le Chapitre septième de la troisième Partie. Nous dirons ici en peu de mots, que ceux qui prêchent l'Évangile doivent suivre la méthode de Jésus-Christ, des Apôtres, et des autres Saints qui ont exercé le ministère de la parole. Ces grands hommes ne s'amusaient point à faire de longs préambules, ils allaient d'abord au fait ; ils proposaient à leurs auditeurs ce qu'il y avait de plus important et de plus frappant dans le sujet qu'ils voulaient traiter ; et ils ne perdaient pas le temps à faire des raisonnements subtils, qui ne sauraient manquer de fatiguer et de rebuter un auditoire, parce qu'ils ne sont pas à la portée du grand nombre de Chrétiens ; outre qu'ils ne servent de rien pour remédier à leurs besoins spirituels.
Par exemple, le Dimanche de la Sexagésime, à l'occasion de la parabole du Semeur ; au lieu de faire, comme font quelques-uns, de grands raisonnements sur la manière dont le Verbe est sorti du sein de son Père pour venir dans le monde, pourquoi ne pas s'attacher d'abord au sens de la parabole, fixé par Jésus-Christ, et distinguer avec ce Dieu-Homme, trois sortes de personnes qui entendent la parole de Dieu, dont les unes, par leur dissipation volontaire, ressemblent à un grand chemin qui est ouvert à tous les passants ; les autres à une terre pierreuse, parce qu'elles n'ont pas soin d'attirer sur elles les influences du Ciel par leurs prières ; et les troisièmes à un champ couvert d'épines, qui représentent les soins, les richesses et les plaisirs de la vie, et qui étouffent la semence de la parole de Dieu ? Dans ces trois vérités, soutenues par les mouvements qui attendrissent les cœurs, il y a de quoi faire un Sermon très-utile.
Tels étaient les discours de Notre-Seigneur, de ses Disciples, et des autres Saints leurs successeurs, sur le ministère desquels le Ciel a répandu ses bénédictions avec le plus d'abondance. II faut mettre de ce nombre S. Chrysostome parmi les premiers Pères de l'Église ; et parmi ceux des derniers siècles, saint Vincent Ferrier, dont les prédications étaient suivies de succès prodigieux. Ces grands hommes s'attachaient d'abord aux vérités importantes qui regardent la pratique ; au lieu que plusieurs Prédicateurs se contentent de les indiquer en passant à leurs auditeurs, comme le fruit qu'ils doivent tirer du Sermon, ou ne les touchent qu'à la fin, après avoir lassé les esprits par des raisonnements secs, et souvent peu nécessaires.

tiré du blog : le-petit-sacristain.blogspot.com
Alexandra0206
Merci