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À la découverte du monastère Saint-Benoît - un entretien avec Dom Alcuin Reid

Dom Alcuin Reid, prieur fondateur du Monastère Saint-Benoît à La Garde-Freinet, est un personnage marquant au sein du groupe des liturgistes qui s’était formé autour du cardinal Ratzinger, puis pape Benoît XVI, et du cardinal Ranjith, et aujourd’hui du cardinal Robert Sarah.

Il s’est notamment fait connaître par un ouvrage sur The Organic Development of the Liturgy (Saint Michael’s Abbey Press, Londres, 2004, Ignatius Press, 2005), issu d’une thèse de doctorat sur « Nature du mouvement liturgique et principes de la réforme liturgique », ouvrage qui a été préfacé par le cardinal Ratzinger, lequel avait pris la peine d’en faire lui-même une longue recension dans le mensuel 30Giorni de décembre 2004.

Avec son ami le P. Uwe Michael Lang, membre de l’oratoire Saint-Philippe-Néri de Londres, Dom Alcuin Reid est l’organiseur des colloques internationaux « Sacra liturgia », qui se sont tenus à Rome, Milan, New York. C’est lors du colloque de juillet 2016, à Londres, qu’en présence de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, le cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation du Culte divin, avait prononcé ce qu’il avait qualifié lui-même en souriant d’« appel de Londres », par lequel il invitait tous les prêtres de rite romain à pratiquer la célébration de la messe vers Seigneur (voir nos Lettes 554 à 559).

Dom Alcuin Reid a donc fondé en 2011 le monastère Saint-Benoît, dans le diocèse de Fréjus-Toulon, érigé comme tel par Mgr Dominique Rey, dont les moines sont attachés aux usages liturgiques traditionnels. Paix Liturgique ayant décidé de vous faire découvrir des communautés traditionnelles en France, nous l’avons interrogé.

Paix Liturgique : Une fondation monastique n’est-elle pas menée par des moines issus d’une abbaye mère ?

Dom Alcuin Reid – Cette question a été posée à plusieurs reprises quand, en 2011, à la demande de l’évêque diocésain, deux d’entre nous ont commencé à vivre la vie monastique ici dans le grand presbytère du village provençal français de La Garde-Freinet.

Les monastères sont parfois, sinon souvent, fondés par d’autres monastères qui envoient quelques moines ‘fondateurs’, bien entendu. Mais pas toujours. Dom Guéranger, un prêtre diocésain, avec des amis, a jeté les bases de la congrégation bénédictine de Solesmes. Dom Gérard, cherchant à vivre comme ermite, se trouve être le fondateur de l’abbaye du Barroux. Dom Cassian, prieur fondateur des bénédictins de Norcia, a commencé à vivre la vie monastique avec une seule autre personne dans un appartement à Rome. Au cours des vingt dernières années, des monastères ont également été établis dans des conditions modestes, avec un ou deux hommes, avec une reconnaissance diocésaine à Villatalla (aujourd’hui Taggia) en Italie, à Tulsa dans l’Oklahoma aux États-Unis (aujourd’hui Silverstream, en Irlande), et plus récemment dans l’archidiocèse de Hobart en Australie par un seul moine de Flavigny.

Notre propre essai de vie monastique n’était donc ni sans précédent ni unique à l’époque moderne. Il était - et il est encore - ambitieux sinon audacieux.

Paix Liturgique : Que pouvez-vous nous dire des premières vocations du monastère ?

Dom Alcuin Reid – Comme le montrent les premières années de notre fondation, toute personne qui frappe avec insistance à la porte du monastère n’est pas forcément « attentif à l’œuvre de Dieu, à l’obéissance et aux humiliations » (Règle de Saint-Benoît, n°58) - ces dernières, bien sûr, étant en abondance dans une petite communauté avec les nombreux défis personnels et pratiques que cela impose à tous. Nos premières années n’étaient certes pas faciles, avec la perte d’un fondateur et les allers et venues de ceux qui recherchaient une maison religieuse, sans forcément avoir la vocation spécifiquement monastique. Bien sûr, il faut permettre aux candidats de tester, d’éprouver leur vocation et il est parfaitement normal que tous les postulants ou novices ne procèdent pas ainsi pour exercer leur profession, mais l’expérience a montré que les véritables vocations monastiques sont un don rare de Dieu, identifié seulement après de nombreuses recherches.

Nous sommes aujourd’hui trois, le Prieur, un profès simple, et un autre moine en ce moment aux Etats-Unis à cause du confinement actuel, tous originaires de continents différents. Nous attendons à la fin du confinement au moins deux nouveaux candidats. Bien que nous apprenions et utilisions le français naturellement, en tant que communauté véritablement internationale, l’anglais est la langue de la maison (notre bulletin d’information est bilingue).

Paix Liturgique : Parlez-nous de la vie liturgique du monastère ?

Dom Alcuin Reid – Deux piliers soutiennent la vie monastique ici et ont permis sa consolidation ainsi qu’une croissance modeste. Le premier est le principe énoncé dans la règle : nihil opera Dei praeponatur - que rien n’entrave l’œuvre de Dieu. Certaines communautés se décrivent avec des spécificités comme « bénédictins de tel ou tel charisme ». Nous ne le faisons pas. Si nous le faisions, nous serions les « bénédictins de la sainte liturgie », mais c’est sûrement une tautologie. Pour la célébration de l’office monastique, sept fois par jour et une fois par nuit, ainsi que de la messe et d’autres rites - y compris ceux de l’ordination - selon l’usus antiquior (la forme la plus ancienne du rite romain) sont notre raison d’être. Notre vocation est de célébrer la Sainte Liturgie dans son intégrité traditionnelle, rien de moins.

Nous cherchons à faire, comme le dit l’adage de saint Thomas d’Aquin, « osant faire tout ce que nous pouvons » (séquence de la Fête Dieu). Nous avons toutes les excuses pour psalmodier les offices - nous sommes petits, nous sommes très occupés - mais à part les matines, nous chantons toutes les heures au meilleur de nos possibilités. Nous célébrons les rites de la Semaine Sainte et de la vigile de la Pentecôte d’avant 1955, conformément à la permission que nous avons reçue, bien sûr avec l’aide de nombreux amis. Nos frères en formation reçoivent la tonsure et les ordres mineurs de notre évêque, Mgr Dominique Rey, selon leur vocation, offrant aux futurs prêtres une initiation progressive vers le ministère sacré de l’Église.

Paix Liturgique : Quelles sont les autres activités du monastère ?

Dom Alcuin Reid – Nous cuisinons, nettoyons, élevons des poules et des abeilles, étudions, écrivons, éditons des ouvrages, préparons des chambres pour nos hôtes, préparons de la confiture, gérons un petit magasin, organisons un congrès liturgique annuel (école de formation liturgique pratique qui a accueilli le cardinal Burke, Mgr Schneider, Mgr Gullickson, le cardinal Sarah, etc.).

Mais ces activités ne sont pas les plus importantes, le centre de nos vies reste devant l’autel dans nos stalles. Car c’est là que nous pouvons faire ce que les moines sont appelés à faire : chanter les louanges de Dieu Tout-Puissant pour le salut de nos âmes, pour celles des autres et pour le bien de l’Église universelle.

Paix Liturgique : Vous vouliez évoquer l’intercession de Mgr Schuster ?

Dom Alcuin Reid – Notre jeune fondation est nourrie par l’intercession du bienheureux Ildephonse Schuster, archevêque bénédictin de Milan et cardinal de 1929 à 1954. C’est le second pilier de notre fondation.

Un pèlerinage sur sa tombe à la Cathédrale de Milan a été le cadeau le plus gracieux offert au monastère par le cardinal Scola, ainsi qu’une relique de première classe de Mgr Schuster, ex corpore intacto. Cela a également amené l’arrivée de deux excellentes vocations. Certes, il est possible d’attribuer de telles grâces à de nombreux facteurs, mais j’ai mes raisons d’être convaincu que le bienheureux Schuster a intercédé pour nous et pour nos frères et nous a valu de nombreuses grâces particulières, dans les moments difficiles. En tant que bénédictin et liturgiste, il est un protecteur idéal pour notre fondation.

Paix Liturgique : Comment se passe la formation des frères ?

Dom Alcuin Reid – La formation de nos frères suit un modèle classique d’étude de la règle de Saint-Benoit, des psaumes, de l’histoire et de la spiritualité monastiques, de la liturgie sacrée et du chant tout au long du noviciat. Nous accueillons fréquemment d’autres bénédictins dont la présence parmi nous élève la vie de communauté et la formation de nos frères : l’an passé pendant le carême, nous avions le privilège de recevoir le père Cassian Folsom pour nous donner des conférences spirituelles. De même, aller visiter, dans la mesure du possible, d’autres monastères afin de tirer des enseignements de leur observance et de leur expérience est une partie essentielle de notre propre développement.

Paix Liturgique : Comment voyez-vous les mois et les années à venir ?

Dom Alcuin Reid – Des questions se posent fréquemment à propos de notre avenir, notamment en raison du nombre d’invités et des visites que nous recevons. Pouvons-nous rester ici au milieu d’un village touristique (magnifique et très accueillant) partageant l’église paroissiale ? Nous savons depuis longtemps que cela ne sera finalement pas possible. Alors que nos bâtiments actuels nous ont permis de construire le monastère, nous avons besoin d’un lieu propre avec des terres, de plus grands bâtiments pour accueillir les hôtes et, bien sûr, de notre propre chapelle. Il est un fait que d’autres petites fondations ont connu une croissance exponentielle une fois qu’elles ont passé leur période de fondation et des arrangements initiaux vers quelque chose de plus permanent (et certaines étaient moins nombreuses que ce qu’elles sont actuellement). C’est un fait que, qu’on le veuille ou non, les vocations semblent souvent avoir besoin de l’assurance d’une communauté plus « établie » avant qu’elles ne viennent voir.

Paix Liturgique : Parlez-nous du projet de transfert à Brignoles ?

Dom Alcuin Reid – Après des mois de recherche, nous avons trouvé une commanderie de Templiers du XIIe siècle (reprise plus tard par les Chevaliers de Malte) en vente, avec une chapelle du XIe siècle dédiée à Saint-Christophe établie par l’abbaye de Saint-Victor à Marseille, et 33 hectares de forêt. Elle est possédée par une personne privée depuis la Révolution française. Cette propriété est dans notre diocèse, à côté de Brignoles et, même si certains bâtiments vont nécessiter des travaux de restauration, la chapelle et le réfectoire sont déjà restaurés et certains de ses autres bâtiments sont actuellement habitables, bien que modestement.

Après avoir consulté notre évêque et avec sa bénédiction, ainsi que des professionnels et les autorités concernées (les bâtiments sont classés à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques), et après avoir fait un pèlerinage sur la tombe du Bienheureux Schuster, nous avons décidé d’essayer d’acheter cette propriété.

Une fois encore, nous sommes ambitieux et audacieux, osons espérer que, dans la Providence de Dieu, les bienfaiteurs, grands et petits, se manifesteront pour rendre cela possible. Mais nous sommes convaincus que même dans le monde moderne, il y a ceux qui, comme jadis, verront l’importance d’une fondation monastique et qui, en fait, répondront à notre appel considérant que la gloire du Seigneur peut remplir cette maison à nouveau. Nous avons besoin d’aide pour établir notre Monastère pour les années à venir et nous prierons pour nos bienfaiteurs devant l’autel de Dieu sept fois par jour et une fois par nuit !

Paix Liturgique : Comment vous aider ?

Dom Alcuin Reid – Grâce à la générosité de tant d'amis et de bienfaiteurs, nous avons pu convenir des conditions d’achat de la Commanderie médiévale de Brignoles en tant que résidence nouvelle et permanente du monastère.

En ce moment, nous sommes en train de finaliser cette acquisition. Nous devons encore collecter 30 000 € d’ici la fin du printemps afin de pouvoir conclure l’achat et emménager dans la propriété, nous espérons cet été, afin que, pour la première fois depuis la Révolution Française, les louanges de Dieu - pour lesquelles ces bâtiments ont été construits – retentissent à nouveau dans ces murs.

Merci de nous aider à le faire si vous le pouvez : n'importe quel montant est une aide véritable et une bénédiction. Que Dieu vous bénisse !

Pour en savoir plus....

Site du monastère : www.msb-lgf.org

Notre bulletin le plus récent : www.msb-lgf.org/…/monastère_saint…

Notre brochure d’appel : www.msb-lgf.org/…/appel_-_francai…

Dernière mise au jour d’appel : www.msb-lgf.org/…/appel_-_mise_a_…

Lettre de Mgr Rey : www.msb-lgf.org/news/une-lettre-de-n…

Histoire de la Commanderie de Brignoles: www.msb-lgf.org/news/histoire-de-la-…

Source: La Lettre de Paix liturgique 752 du 7 Juillet 2020