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jili22
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Du monde

Saint Benoît dans la grotte,
après avoir quitté le monde

Qu'est-ce que le monde ? et que doit-il être à un chrétien ? Deux questions bien intéressantes pour quiconque veut être tout à fait à Dieu, et mettre son salut en sûreté.
Qu'est-ce que le monde ? C'est l'ennemi de Jésus-Christ, c'est l'ennemi de l'Évangile. C'est cet assemblage de personnes qui, attachées aux choses sensibles et y mettant leur bonheur, ont en horreur la pauvreté, les souffrances, les humiliations, et les regardent comme les véritables maux qu'il faut fuir, et dont il faut se garantir à quelque prix que ce soit ; qui font au contraire le plus grand cas des richesses, des plaisirs, des honneurs ; qui les tiennent pour les véritables biens ; qui les désirent, qui les poursuivent avec une ardeur extrême, sans aucun choix dans les moyens ; qui se les disputent, se les envient, se les arrachent les une aux autres ; qui ne se considèrent ou ne se méprisent mutuellement qu'autant qu'elles en ont ; qui fondent, en un mot, sur l'acquisition et la jouissance de ces biens tous leurs principes, toute leur morale, tout le plan de leur conduite. L'esprit du monde est donc évidemment opposé à l'esprit de Jésus-Christ et de l'Évangile. Jésus Christ et le monde se condamnent, se réprouvent réciproquement. Jésus-Christ, dans sa prière pour ses élus, déclare qu'il ne prie pas pour le monde ; il annonce à ses Apôtres et, dans leur personne, à tous les chrétiens, que le monde les haïra, les persécutera, comme il l'a haï et persécuté lui-même. Il veut qu'à leur tour ils fassent une guerre continuelle au monde.
Dans les premiers siècles de l'Église, où presque tous les chrétiens étaient des Saints, et le reste des hommes plongé dans l'idolâtrie, il était aisé de faire le discernement du monde, et de connaître ceux qu'on pouvait fréquenter, et ceux qu'on devait éviter. Le monde, ouvertement déchaîné alors contre Jésus-Christ, se distinguait à des marques non équivoques. Depuis que des nations entières ont embrassé l'Évangile, et que le relâchement s'est introduit parmi les chrétiens, il s'est formé peu à peu au milieu d'eux un monde où règnent tous les vices de l'idolâtrie, un monde avide d'honneurs, de plaisirs et de richesses ; un monde dont les maximes combattent directement les maximes de Jésus-Christ. Mais, comme ce monde professe extérieurement le christianisme, le discernement en est devenu plus difficile. Le commerce en est devenu aussi plus dangereux, parce qu'il déguise sa mauvaise doctrine avec plus d'adresse, qu'il la sème avec plus de ménagement, qu'il met en usage toute sa subtilité pour la concilier avec la doctrine chrétienne, et que, dans ce dessein, il affaiblit, il adoucit tant qu'il peut la sainte rigueur de l'Évangile ; et, d'un autre côté, il cache avec soin tout le venin de sa morale. De là un danger de séduction d'autant plus grand qu'on ne l'aperçoit pas, et qu'on n'est pas en garde contre lui ; de là un certain esprit de composition et d'accommodement, par lequel on tâche d'accorder la sévérité chrétienne avec les maximes du siècle sur l'ambition, sur la cupidité, sur la jouissance des plaisirs : accord impossible, tempéraments qui aboutissent à flatter la nature, à altérer la sainteté chrétienne, et à former de fausses consciences. On ne saurait croire jusqu'où va ce désordre, même parmi les personnes qui se piquent de piété et de dévotion : désordre, en un sens, plus difficile à corriger que celui qui résulte d'une conduite ouvertement mondaine et criminelle, parce qu'on n'en veut pas convenir, et qu'on se fait illusion sur ce point.
Si l'on veut vivre ici-bas sans participer à la corruption du siècle, il n'y a qu'un parti à prendre, qui est de rompre absolument avec le monde par le cœur, et d'entrer dans les sentiments de saint Paul, qui disait : Le monde est crucifié pour moi, et je suis crucifié pour le monde. Oh ! les belles paroles ! et que le sens qu'elles renferment est profond ! La croix était autrefois le supplice le plus infâme, le supplice des esclaves. Lors donc que l'Apôtre dit que le monde est crucifié pour lui, c'est comme s'il disait : J'ai pour le monde le même mépris, la même aversion, la même horreur que pour un vil esclave mis en croix pour ses crimes : je ne puis en soutenir la vue, il est pour moi un objet de malédiction, avec lequel toute liaison, tout commerce, tout rapport m'est interdit.
Il n'y a rien d'outré, rien que de juste et de légitime dans ce sentiment de saint Paul, qui doit être celui de tout chrétien ; et la raison en est évidente : le monde a crucifié Jésus-Christ, après l'avoir calomnié, insulté, outragé ; il le crucifie encore tous les jours ; il est donc juste que le monde à son tour soit crucifié pour le disciple de Jésus-Christ ; il est juste que le disciple ait en horreur l'ennemi capital de son maître, de son Sauveur, de son Dieu. Aussi le renoncement au monde est-il une des promesses les plus solennelles du baptême, une condition essentielle sans laquelle l'Église ne nous eût pas admis parmi ses enfants. Pense-t-on à cette promesse ? Pense-t-on aux obligations qu'elle renferme ? Examine-t-on jusqu'où doit aller ce renoncement ? Le renoncement du chrétien à l'égard du monde doit aller aussi loin que le renoncement du monde à l'égard de Jésus-Christ. Cette règle est claire, et l'on ne saurait se tromper à cette mesure. Il n'y a plus qu'à en faire l'application, et à la faire dans toute son étendue. Le monde a son évangile ; il n'y a qu'à le prendre d'une main, et l'Évangile de Jésus-Christ de l'autre ; il n'y a qu'à comparer sur les mêmes objets leur doctrine et leurs exemples ; il n'y a qu'à opposer Jésus-Christ en croix, dans la souffrance, dans l'opprobre, dans la nudité, au monde entouré et enivré d'honneurs, de richesses et de plaisirs, et se dire à soi-même : À qui suis-je ? À qui veux-je être ? Voilà deux ennemis irréconciliables qui se font la plus cruelle guerre. Pour qui veux-je me déclarer ? Il m'est impossible d'être neutre, ou de prendre parti pour tous les deux. Si je choisis Jésus-Christ et sa croix, le monde me réprouve. Si je m'attache au monde et à ses pompes, Jésus-Christ me rejette et me condamne : y a-t-il à balancer ? Est-on chrétien si l'on hésite un instant ? Mais si l'on s'est rangé une fois sous l'étendard de la croix, n'est-il pas évident que le monde devient dès ce moment un ennemi avec lequel il ne faut plus faire ni paix ni trêve ? Que cela va loin, encore une fois ! et que les chrétiens seraient saints, s'ils étaient bien pénétrés de la grandeur de leurs engagements !
Il ne suffit pas que le monde soit crucifié pour nous, il faut consentir encore à être nous-mêmes crucifiés pour le monde ; c'est-à-dire que le monde nous crucifie comme il a crucifié Jésus-Christ, qu'il nous fasse la même guerre qu'il a faite à Jésus-Christ, qu'il nous poursuive, qu'il nous calomnie, qu'il nous outrage avec la même fureur ; qu'il nous ravisse enfin les biens, l'honneur, la vie même. Et non-seulement il faut consentir à tous ces sacrifices plutôt que de renoncer à la sainteté chrétienne, mais il faut s'en faire un sujet de joie et de triomphe. Il faut que le disciple se glorifie d'être traité comme son maître : S'ils m'ont persécuté, disait Jésus-Christ à ses Apôtres, ils vous persécuteront aussi. La chose est immanquable. Le monde ne serait pas ce qu'il est, ou les chrétiens ne seraient pas ce qu'ils doivent être, s'ils échappaient à la persécution du monde.
Nous cherchons souvent à nous rassurer sur notre état ; nous voudrions savoir si nous sommes agréables à Dieu, si Jésus-Christ nous reconnaît pour les siens. Voici un moyen bien propre à nous éclairer, et à fixer toutes nos inquiétudes : voyons si le monde nous estime, nous considère ; s'il parle bien de nous, s'il nous recherche. Si cela est, nous ne sommes point à Jésus-Christ. Au contraire, s'il nous censure, s'il nous raille, s'il nous calomnie, s'il nous fuit, s'il nous méprise et nous hait, oh ! le grand motif de consolation ! oh ! la grande raison de croire que nous appartenons à Jésus-Christ !
Voyons donc une bonne fois devant Dieu ce que le monde est par rapport à nous, et ce que nous sommes par rapport au monde. Sondons nos dispositions intérieures, étudions les sentiments les plus profonds de notre cœur : nous y trouverons sûrement de quoi nous humilier et nous confondre ; nous trouverons que les maximes du monde ont laissé de profondes traces dans notre esprit, et qu'en bien des rencontres délicates nos jugements se rapprochent encore des siens ; nous trouverons que nous sommes jaloux de son estime, et que nous redoutons ses mépris ; que nous sommes bien aises de cultiver et d'entretenir certaines liaisons, et que nous verrions avec peine qu'on se retirât de nous ; que nous avons, en plusieurs occasions, des ménagements, des égards, des respects humains qui nous gênent, nous resserrent et nous tiennent dans une espèce de contrainte et de dissimulation. Nous trouverons, en un mot, que nous ne sommes pas assez déclarés pour Jésus-Christ et contre le monde.
Mais ne nous décourageons pas : triompher pleinement du monde, le braver, le mépriser, trouver bon qu'à son tour il nous brave et nous méprise, n'est pas l'ouvrage d'un moment. Exerçons-nous dans les petites occasions qui se présentent : si Dieu nous aime, il ne nous en laissera jamais manquer ; et, par les petites victoires, préparons-nous aux grands combats. Rappelons-nous au besoin ces paroles de Jésus-Christ : Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. Prions-le qu'il nous aide à le vaincre, ou plutôt qu'il le vainque lui-même en nous, et qu'il détruise dans notre cœur le règne du monde, pour y établir le sien.

(Extrait du Manuel des âmes intérieures)

tiré du blog : le-petit-sacristain.blogspot.com
jili22
@Normandt .Le Père ne console que ses enfants (les Baptisés) , sous réserve qu'ils retournent vers leur père et qu'il demande pardon en faisant acte de pénitence (l'enfant prodigue)...belle photos de crocus !