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27 JUIN - LES QUATRE BIENHEUREUSES FILLES DE LA CHARITÉ D'ARRAS MARTYRES (1794)

Le 27 novembre 1790, l'Assemblée constituante, après avoir voté la Constitution civile du clergé, avait imposé à tous les ecclésiastiques fonctionnaires, comme elle disait, le serment de se conformer à cette loi schismatique. Mais le 14 août 1792, l'Assemblée législative le remplaçait par un autre moins explicite : « Je jure d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant. » Et la Convention, les 3 octobre et 29 décembre 1793. ordonnait à toutes les sœurs ou religieuses de prêter celui-ci.
Or la formule du 14 août avait été considérée, par la plupart des évêques et des prêtres, — et surtout par l'Assemblée, — comme équivalente à celle du 27 novembre, qui était nettement prohibée. Ils l'avaient notamment rejetée, les martyrs de l'Abbaye et de la Force; et le sentiment du pape Pie VI n'était pas douteux : sans en demander la rétractation à ceux qui de bonne foi l'avaient prononcée, il la condamnait. Et c'est pourquoi, en union avec leur évêque, Mgr de Conzié, et la presque unanimité de son clergé, les Filles de la Charité qui composaient la maison d'Arras se refusèrent à ce serment. Aussi bien, comme elles le firent remarquer plusieurs fois, elles ne se considéraient pas comme visées par la loi, n'étant pas à proprement parler religieuses.
Elles étaient sept : la supérieure, Marie-Madeleine Fontaine, était née dans l'Eure, à Ëtrepagny, le 22 avril 1723, d'un simple cordonnier ; entrée en 1748 dans la compagnie, elle était depuis 1768 à la tête de la maison. Marie-Françoise Lanel était Normande aussi, née le 24 août 1745, de Michel, tailleur à Eu ; elle était devenue fille de la Charité en 1764, et depuis 1769 habitait Arras. Thérèse-Madeleine Fantou, — une Bretonne des environs de Dol, — avait pris l'habit en 1771, âgée de vingt-quatre ans. Jeanne Gérard, dont le père était cultivateur à Cumières, au diocèse de Verdun, avait exécuté en 1776 le projet que depuis l'âge de douze ans elle avait formé de se donner à Dieu. Arras la possédait depuis 1777. Trois autres sœurs, plus jeunes, Rose Micheau, de la Rochelle, Thérèse Fabre, de Béziers, Françoise Coutocheaux, de Nantes, complétaient la communauté. Seule, Françoise Coutocheaux se laissa ébranler par la crainte : les premières menaces de la Révolution la déterminèrent à demander de retourner dans son pays.
Toutes les autres étaient vaillantes, dévouées aux pauvres, très attachées à leur vocation et à leur foi, douées d'une ardente piété. Nulle n'hésita quand il s'agit de refuser le serment. Du reste leur courage n'attira pas d'abord sur elles les rigueurs révolutionnaires. La sympathie populaire les défendait : le Directoire du département, n'osant l'affronter, fermait les yeux sur leur existence, s'il n'avait pour elles nulle bonne volonté.
Les sœurs s'étaient bornées à quitter leur costume traditionnel:
elles vivaient ensemble et n'avaient en rien modifié ni leur vie religieuse ni leurs habitudes.
Mais tout changea lorsque, le 1er novembre 1793, Joseph Lebon arriva dans la ville, comme administrateur du Pas-de-Calais, avec le blanc-seing que lui valait l'amitié de Robespierre. Enfant d'Arras, cet ancien oratorien, ce prêtre apostat et marié devait être un des plus sanglants bourreaux de la Révolution. Il avait la haine violente de tous ceux qui l'avaient vu exercer ses fonctions sacerdotales, ou dont les vertus et la fidélité lui étaient un vivant reproche. Tout de suite il s'attaqua aux Filles de la Charité. Dès le 14 novembre, il envoyait leur demander le serment ; sur leur refus de le prêter, il faisait faire l'inventaire minutieux de tous leurs biens. Le 23, il transformait leur maison de Charité en maison de l'Humanité et, au-dessus d'elles, établissait un directeur et un personnel laïcs.
Il les garda pourtant chez elles : elles étaient seules à posséder, disait-on, des secrets précieux pour soigner et guérir les malades.
Avec la même paisible constance, elles continuèrent donc à travailler, sans craindre de montrer leur foi tranquille et pieuse.
Mais elles sentaient le danger et veillaient. Leurs amis aussi :
deux d'entre eux vinrent, un jour de janvier 1794, les avertir qu'au club un orateur les avait dénoncées. Alors sœur Fontaine prit un parti, différé jusqu'alors : elle résolut d'envoyer à l'étranger les deux plus jeunes sœurs, Rose Micheau et Thérèse Fabre, pour lesquelles on pouvait craindre pis que la mort.
Avec l'aide intrépide des mêmes amis, elle réussit à les faire sortir de la ville. Sauvées, et après un long exil qui les mènerait jusqu'en Pologne, elles reviendraient un jour relever de ses ruines la maison de Charité d'Arras.
Restées seules, les sœurs Fontaine, Lanel, Fantou, Gérard savaient le sort qui tôt ou tard leur était réservé ; leurs âmes fortes et généreuses n'étaient point effrayées à la pensée de rendre à Dieu le témoignage glorieux de leur sang. Lebon les couvait de sa haine. Le 5 février 1794, un officier municipal, André Mury, venait s'installer comme directeur à la maison de l'Humanité : son rôle était bien moins d'administrer le bien des pauvres que d'espionner et de livrer les sœurs. Il n'y faillirait pas. En attendant, le 14 du même mois, le Directoire, plus audacieux depuis qu'il sentait Lebon derrière lui, décréta les sœurs d'arrestation, parce que, dit le mandat d'arrêt, « elles s'obstinent à ne point faire le serment ordonné par la loi. »Et il les fit enfermer à la prison de l'Abbatiale de Saint-Vaast.
Elles y demeurèrent un mois, pour la grande consolation des nombreux détenus qui, par l'arbitraire de Lebon, étaient sauvagement entassés dans cette maison. Mais au commencement de mars, une aggravation cruelle fut apportée à l'état de ceux-ci :
il fut décidé que, sans plus tenir compte des liens de famille, les hommes et les femmes seraient séparés en des prisons diverses.
C'est ainsi que les sœurs furent transférées à l'ancien couvent de la Providence ou du Bon-Pasteur, changé lui aussi en prison ; on enferma avec elles cinq cents femmes, dans un local qui n'en pouvait contenir que trois cents.
Un mois encore ; le directeur de leur ancienne maison de Charité, André Mury, trouva enfin le moyen, depuis longtemps cherché, de perdre les saintes femmes. Il les dénonça comme ayant reçu, lu et caché dans un lieu où par hasard il en aurait fait la découverte, des « brochures et des journaux royalistes et contre-révolutionnaires ». Selon toute vraisemblance, c'est lui-même, — ou sa fille, — qui les y avait déposés frauduleusement.
Interrogées, les sœurs nièrent toutes, paisiblement, niais avec fermeté, avoir rien fait de ce qui leur était reproché. Mais malgré leur négation et l'absence de toute preuve, les commissaires du Comité de surveillance trouvèrent que la dénonciation de Mury et les réponses des sœurs constituaient une violente présomption des faits allégués ; sur ce, ils prononcèrent l'incarcération des quatre suspectes à la maison d'arrêt du tribunal révolutionnaire, dite des Baudets, le vestibule de l'échafaud. Durant le temps qu'elles y demeurèrent, elles virent s'y succéder 702 prisonniers, pour des motifs souvent ignorés, non seulement d'eux, mais même de leurs geôliers.
Pendant près de trois mois, du 4 avril au 25 juin, elles parurent oubliées. Leur action cependant fut continue et efficace ; elles relevaient les courages, ranimaient les espérances, consolaient les deuils et les agonies. Avec une sérénité qui ne se démentit pas un instant, malgré la certitude du sort qui leur était réservé, elles rappelaient à leurs compagnes les motifs que la religion leur fournissait de se résigner et, dans des conversations même enjouées, détournaient leurs âmes du désespoir qui les assaillait à chacun des appels, à peu près quotidiens, qui se faisaient pour la guillotine.
Cependant Mury ne s'endormait pas : des fouilles actives dans toute la maison de Charité n'avaient donné aucun résultat ;
pourtant, lui, il trouva encore un journal suspect qu'il s'empressa d'apporter au Comité révolutionnaire ; celui-ci l'envoya à Cambrai, à l'accusateur public Caubrière, qui saurait l'utiliser. Bientôt Lebon se transportait dans cette ville, y faisait le 5 mai une entrée sensationnelle et commençait, sans plus tarder, son œuvre « d'assainissement patriotique ». La guillotine fut dressée le 10 ;
dès le 12 elle était, comme il l'écrivait, « en bon train»; en vingt-neuf séances le tribunal condamna à mort 152 victimes ; à la lettre, le sang coula dans les ruisseaux sur une longueur de 450 mètres, pour aller rougir les eaux de l'Escautin. On amenait de partout les malheureux destinés à la mort, d'Arras particulièrement. Et c'est ainsi que tout à coup, le 25 juin 1794 (7 messidor an II), l'ordre vint, signé de Caubrière, de faire immédiatement partir « les quatre ci-devant sœurs de la Charité ». Il fallait les « faire venir au grand trot ».
Donc, la lettre arrivée à 10 heures et demie du soir, les quatre victimes furent mises sur un chariot avec un compagnon, Jean Payen, chez qui on avait trouvé une soutane et une ceinture de prêtre et qui, surtout, n'avait jamais voulu assister à la messe du prêtre constitutionnel Lebon.
A 1 heure du matin, elles prirent congé des prisonnières de la maison d'arrêt, qui les accompagnaient de leurs larmes.
La sœur Fontaine, une première fois à Mme Cartier-Mathieu, annonça qu'elles seraient « les dernières victimes » qu'on enverrait d'Arras à Cambrai. En route, elles rejoignirent à un relai un autre convoi qui les avait précédées. Là encore la sœur Fontaine déclara : « Nous allons vous précéder au tribunal et nous serons les dernières victimes. » Et de fait, ce convoi, retardé par un accident, laissa passer celui des sœurs ; quand il parvint à Cambrai, la guillotine ne fonctionnait plus.
La charrette arriva à Cambrai le lundi 27 juin (octidi 8 messi-dor) et passa le long de la guillotine pour se rendre à la maison d'arrêt de la Force ; mais le geôlier fit des difficultés pour recevoir ces prisonnières, et Caubrière, présent, ordonna de pousser jusqu'à l'ancien collège, où siégeait le tribunal. On ne perdait pas de temps : il fallait que ce jour vît les dernières victimes, comme pour la troisième fois le répéta sœur Fontaine aux prisonniers de la Force accourus aux fenêtres.
Le procès fut rapide : sans s'arrêter aux fameux journaux antirévolutionnaires, le président Daillet proposa aux accusées le serment pour prix de leur liberté. Toutes quatre le refusèrent nettement et furent immédiatement condamnées. Le verdict portait pour la sœur Fontaine : « Prieure contre-révolutionnaire, ayant conservé précieusement et même caché sous un tas de paille une foule de brochures et de journaux renfermant le royalisme le plus effréné, ayant refusé le serment,... » et déclarait les trois autres « complices de ladite Madeleine Fontaine ».
Aussitôt, au tribunal même, on fit la toilette des condamnées.
Elles refusaient de se laisser enlever leurs chapelets, leurs « amulettes », disait l'accusateur Darthé. Sur le conseil d'un huissier, on leur en fit des couronnes. Ainsi parées, elles remontèrent dans la funèbre charrette. Autour d'elles, comme au tribunal, la foule, d'ordinaire gouailleuse et grossière, gardait un silence ému, dans lequel on entendait tomber les paroles de sœur Fontaine : surprenant des larmes dans les yeux des assistants, elle répétait doucement : « Ne pleurez pas, ayez confiance, nous serons les dernières I » Montée sur l'échafaud après ses trois sœurs, elle avança encore vers le peuple et cria avec force : « Chrétiens, écoutez-moi. Nous sommes les dernières victimes. Demain la persécution aura cessé, l'échafaud sera détruit et les autels de Jésus se relèveront glorieux. » Sa tête roula, rejoignant dans la fosse celles de ses compagnes, tandis que son âme glorieuse s'unissait aux leurs devant le trône de Dieu.
Le lendemain le tribunal ne siégea que pour prononcer, contre son habitude, un acquittement. Le surlendemain, Lebon, accusé devant la Convention, suspendait les opérations clu tribunal et partait pour Paris. Le 13 juillet, à cause des préparatifs de la fête du lendemain, on démonta la guillotine : elle ne fut jamais rétablie.
Gallia Sacra
Sainte Blandine, connaissez-vous les origines de la révolution française ? Les voici :
-Le système usurier venant des cités italiennes et des juifs, puis répandue dans les Flandres, Saint Empire, puis Angleterre.
-L'Humanisme venant d'Italie
-Le Protestantisme venant du Saint Empire.
-La Franc-Maçonnerie venant d' Ecosse, mais étant sous domination anglaise.
-La guerre de 100 ans provoquée par l'…More
Sainte Blandine, connaissez-vous les origines de la révolution française ? Les voici :
-Le système usurier venant des cités italiennes et des juifs, puis répandue dans les Flandres, Saint Empire, puis Angleterre.
-L'Humanisme venant d'Italie
-Le Protestantisme venant du Saint Empire.
-La Franc-Maçonnerie venant d' Ecosse, mais étant sous domination anglaise.
-La guerre de 100 ans provoquée par l'Angleterre qui a affaiblit le Royaume de France, et pendant laquelle Dieu a montré sa préférence.
-Les ambitions sataniques de Charles Quint qui a laissé le germe du Protestantisme grandir et commis le terrible sac de Rome.
-L'Anglicanisme qui a servi de vecteur d'expansion pour la FM, le Protestantisme et le système bancaire.
-L'Eglise Catholique qui a cessé de lutter contre l'usure à partir du XVIIIe S bien avant la révolution.

Le grand péché des Français : attendre son salut de l'étranger. Les admirer plus qu'eux-mêmes. Vouloir les imiter. Perdre le sens de leur mission et de leur élection.
La fausse humilité est toujours de l'orgueil.
Xian Fu Mangzhu
Votre message est d'une très juste analyse.
Gallia Sacra
Merci
Xian Fu Mangzhu
Il y a une chape de silence dans l'enseignement français sur cette période de l'histoire de France.
Elie Jah Eloise
Vous avez entièrement raison Xian Fu, c’est un mal terrible que l’histoire soit muselée constamment en France. Tous ceux qui ne laissent pas s’exprimer librement les autres et les censurent cachent en réalité un profond malaise. Rien ne doit être caché nous dit le Seigneur, tel est l’orthodoxie chrétienne. Bénédiction à tous ! Et bonne prière de Jésus, premier « pèlerin » et Seul Pasteur.
Sainte Blandine
On voit que même des prêtres traîtres et apostats ont contribué à la satanique révolution française.
Catholique et Français
Oui, c'est vrai, parmi les pires révolutionnaires, il y eut beaucoup de prêtres, de moines et de religieuses plus ou moins défroqués, ayant souvent perdu la Foi dans la fréquentation des sectes maçonniques. Certains sont célèbres (Chabot, Talleyrand, Gobel etc...). Mais peu de français savent que, parmi ces traitres et ces apostats, beaucoup se repentirent publiquement plus tard de leurs folies, …More
Oui, c'est vrai, parmi les pires révolutionnaires, il y eut beaucoup de prêtres, de moines et de religieuses plus ou moins défroqués, ayant souvent perdu la Foi dans la fréquentation des sectes maçonniques. Certains sont célèbres (Chabot, Talleyrand, Gobel etc...). Mais peu de français savent que, parmi ces traitres et ces apostats, beaucoup se repentirent publiquement plus tard de leurs folies, parfois sur l'échafaud.
Sainte Blandine
Super s'ils se sont repentis. Deo Gratias.
jili22
Dieu soit loué !
Sainte Blandine
Elles doivent être au Ciel. Elles ont eu le courage de mourir au lieu de trahir NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST. De saintes femmes, qu'elles soient bénies.
Catholique et Français
Les plus célèbres religieuses martyres de la Révolution Française sont les 16 Carmélites de Compiègne montées à l'échafaud en chantant le "Veni Creator" et les 32 Religieuses martyres d'Orange (Ursulines et Sacramentines). Mais, comme le montre ici "jili22", elles furent loin d'être les seules et ce fut absolument partout en France que les saintes épouses de Notre-Seigneur Jésus-Christ furent …More
Les plus célèbres religieuses martyres de la Révolution Française sont les 16 Carmélites de Compiègne montées à l'échafaud en chantant le "Veni Creator" et les 32 Religieuses martyres d'Orange (Ursulines et Sacramentines). Mais, comme le montre ici "jili22", elles furent loin d'être les seules et ce fut absolument partout en France que les saintes épouses de Notre-Seigneur Jésus-Christ furent traitées comme du bétail, volées, méprisées, ridiculisées, massacrées. Horreur sans nom mais l'ancienne France a su mourir avec Honneur, Grandeur et Dignité ! Un fleuve de sang nous sépare à tout jamais de ce régime abject (la Démocratie Maçonnique) né dans la haine, la bassesse et le crime !