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Le nouveau rituel de consécration épiscopale est-il valide ?

Une réponse magistrale aux sédévacantistes.

par le frère Pierre-Marie O.P.

Paru dans le sel de la Terre n°54
Couvent dominicain d'Avrillé


En 1968 fut promulgué, suite au Concile, un nouveau rituel de consécration épiscopale. Ce fut même le premier sacrement qui reçut son « aggiornamento ».

En 1978, le père Athanasius Kröger O.S.B. publia une étude dans Una Voce Korrespondenz (cahier 2, p. 95-96), où il élevait des doutes sur la validité des consécrations faites avec ce nouveau rite. Selon lui, la nouvelle forme n’était pas assez précise, et l’on se trouvait dans un cas analogue à celui des consécrations anglicanes qui furent déclarées nulles par le pape Léon XIII.

De son côté, le Dr Rama Coomaraswamy (fils d’Ananda Coomaraswamy, le correspondant de René Guénon) publia une étude sous le titre « The Post-Conciliar Rite of Holy Orders 1 », traduite et publiée en 1990 par Forts dans la foi 2, la revue du père Barbara. Le Dr Coomaraswamy affirmait que les nouvel-les consécrations épiscopales sont « presque certainement invalides ». Lors d’une mise à jour de son étude, publiée sur son site Internet en 2002, il préten-dit que son essai n’avait jamais été réfuté.

Depuis une année environ, circulent sur Internet divers documents prétendant « démontrer » l’invalidité des consécrations épiscopales selon le rite de Paul VI. Reprenant les arguments des deux études déjà publiées, ils ajoutent, dans la plus grande confusion, quelques autres considérations, notamment sur un changement dans la matière du sacrement.

Tâchant de mettre un peu d’ordre et de clarté dans cette question, nous nous attacherons ici à étudier la validité des consécrations selon le rituel publié en latin par le Vatican en 1968. Nous procéderons selon la manière scolastique, de façon à traiter la question le plus rigoureusement possible.

1 — In Studies of Comparative Religion, vol. 16, nº 2 et 3. Réédité par The Roman Catholic (Oyster Bay Cove, N.-Y.) sous forme de brochure.

2 — « Le Drame anglican du clergé catholique postconciliaire », Forts dans la Foi, 2e trimestre 1990, nº 9-10. Nous nous référerons à cette traduction, ainsi qu’à l’original anglais mis à jour (en 2002) qu’on trouve sur le site : coomaraswamy-catholic-writings.com/.


Une remarque préalable : nous avons publié dans Le Sel de la terre 29 un article du chanoine Berthod, « L’épiscopat : recherches sur la nature de la consécration épiscopale ». Dans la controverse sur la nature de l’épiscopat, le chanoine défendait l’opinion de la « non-sacramentalité » de l’ordination épiscopale. Il est clair que, selon cette opinion, l’Église est beaucoup plus libre de varier la nature des rites de l’ordination.

En revanche, si l’on suppose la sacramentalité de l’épiscopat, l’Église est moins libre : elle doit respecter la substance du sacrement, instituée directe-ment par Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous peine de rendre le sacrement invalide. En conséquence, nous nous placerons ici dans la perspective (aujourd’hui la plus courante) de la sacramentalité de l’épiscopat : de cette manière, nous nous placerons dans l’hypothèse la plus défavorable à la validité du nouveau rite.

Les difficultés

(Arguments en faveur de l’invalidité)


Analysé selon les quatre causes, un sacrement est composé de matière (cause matérielle) et de forme (cause formelle), il est administré par un ministre (cause efficiente) qui doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église (cause finale). Pour qu’un sacrement soit valide, il faut que les quatre causes soient respectées. Et il suffit que l’une d’entre elles soit déficiente pour qu’il soit invalide.

Défaut de forme (1)

La forme de la consécration du rituel de 1968 est complètement différente de la forme ancienne 3. Voici les deux formules :

3 — La prière d’ordination du rituel romain d’avant le Concile est très ancienne : « La partie la plus importante remonte au Sacramentaire Léonien » (Joseph LÉCUYER, C.S.Sp. « La prière d’ordination de l’évêque », Nouvelle Revue Théologique, juin 1967, t. 89, p. 601, qui renvoie à L. C. MOHLBERG, Sacramentarium Veronense, Rome, 1956, p. 119-120). Or le Sacramentaire Léonien est daté du Ve ou VIe siècle (sans exclure la possibilité qu’il reprenne des prières plus anciennes : Dom MARTÈNE signale un pontifical de l’Église de Tarentaise qu’il date d’avant l’an 300 et qui reprend l’essentiel de la forme traditionnelle : De Antiquis Ecclesiæ ritibus, Anvers, 1736, p. 250 et sq.).

L’ancienne : « Accomplis dans ton prêtre la plénitude de ton ministère, et sanctifie celui qui est paré des ornements de l’honneur le plus haut par la rosée de l’onction céleste 4. »

La nouvelle : « Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, l’Esprit que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus- Christ, celui qu’il a donné lui-même aux saints Apôtres qui établirent l’Église en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange inces-sante et à la gloire de ton nom 5. »

Il est facile de voir que les deux formules n’ont rien de commun.

Or il semble que la nouvelle formule est insuffisante.

En effet, la grâce qui est demandée, le « Spiritus principalis (l’Esprit qui fait les chefs) » est certainement ici le Saint-Esprit, du fait qu’il est écrit avec une majuscule.

La formule est donc beaucoup trop vague, car tous les sacrements donnent le Saint-Esprit.

Pour que le sacrement soit valide, il faudrait signifier la grâce propre du sacrement. Ainsi dans l’ancienne formule, on demandait « ministerii tui summum (la plénitude de ton ministère) », ce qui, dans le contexte, indiquait clairement le degré suprême du sacerdoce, à savoir l’épiscopat.

Par conséquent, il semble bien que la nouvelle forme est invalide parce qu’elle ne signifie pas assez précisément la grâce de l’épiscopat.

Comme « confirmatur » à l’insuffisance de la nouvelle forme, on peut signaler que le pape Léon XIII a déclaré nulles les ordinations sacerdotales des anglicans. Or, parmi les arguments avancés, il donnait celui de l’insuffisance de la forme :

Chacun sait que les sacrements de la Loi nouvelle, en tant que signes sensibles et efficaces d’une grâce invisible, doivent signifier la grâce qu’ils produisent et produire la grâce qu’ils signifient. Même si cette signification doit se trouver dans tout le rite essentiel, c’est-à-dire dans la matière et la forme, elle appartient particulièrement à la forme, étant donné que la matière est en partie indéterminée par elle-même, et que c’est la forme qui la détermine. […]

4 — Constitution apostolique Sacramentum ordinis du 30 novembre 1947, DS 3860 : Comple in sacerdote tuo ministerii tui summam, et, ornamentis totius glorificationis instructum, cælestis unguenti rore sanctifica. » — Autre traduction : « Réalise en ce prêtre la perfection de ton ministère, revêts-le des ornements de toute ta gloire et sanctifie-le de la rosée de ta céleste onction. » (Consécration des Évêques, Angers, Richer, 1920.)

5Pontifical Romain, Desclée-Mame, Paris, 1977. Concordat cum originali, Paris 7 juillet 1976. † René Boudon, évêque de Mende, Président de la Commission internationale de traduction pour les pays francophones. — Formule latine : « Et nunc effunde super hunc electum eam virtutem, quæ a te est, Spiritum principalem, quem dedisti dilecto Filio tuo Iesu Christo, quem ipse donavit sanctis Apostolis, qui constituerunt Ecclesiam per singula loca ut sanctuarium tuum, in gloriam et laudem indeficientem nominis tui. »


Or les paroles qui sont utilisées jusqu’à nos jours par les anglicans comme la forme propre à l’ordination presbytérale, à savoir :

Reçois l’Esprit-Saint », sont loin de signifier de façon précise l’ordination au sacerdoce ou sa grâce […] Certes, à cette forme furent ajoutés plus tard les mots « pour l’office et la charge de presbytre » ; mais cela donne à pen-ser plutôt que les anglicans eux-mêmes ont vu que cette première forme était défectueuse et non appropriée à la chose. Mais cette même addition, à supposer qu’elle eût pu donner à la forme la signification requise, fut introduite trop tard, puisqu’un siècle déjà s’était écoulé depuis l’adoption de l’Ordinale Eduardianum car, la hiérarchie s’étant éteinte, il n’y avait plus de pouvoir d’ordonner 6.

Défaut de forme (2)

Pour justifier l’adoption d’une nouvelle forme de la consécration épisco-pale, le pape Paul VI a expliqué, dans sa constitution apostolique Pontificalis Romani qui publie les nouveaux rites d’ordination :

On a jugé bon de recourir, parmi les sources anciennes, à la prière consécratoire qu’on trouve dans le document appelé Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome, écrit au début du troisième siècle, et qui, pour une grande partie, est encore en usage dans la liturgie de l’ordination chez les coptes et les syriens occidentaux 7.

Or, nous dit le Dr Coomaraswamy :

Si Paul VI dit vrai en mentionnant la « Tradition apostolique d’Hippolyte » comme source de son nouveau rite, il en prend à son aise avec les exigences de la vérité quand il affirme que ce document « est encore en usage dans la liturgie de l’ordination chez les coptes et les syriens occidentaux ». En réalité, le texte d’Hippolyte n’a presque rien de commun avec les rites orientaux, et dans aucun des rites orientaux on ne trouve les mots que Paul VI donne comme essentiels, en particulier l’expression esprit directeur, spiritum principalem 8.

Comme preuve de son affirmation, le Dr Coomaraswamy donne le texte de la prière consécratoire des évêques chez les syriens d’Antioche, où l’on ne trouve rien de commun avec la formule de Paul VI.

Il semble donc qu’on a voulu masquer l’insuffisance de la nouvelle formule par une tromperie. Ou, pour le moins, qu’on a fait preuve d’une incompétence notoire.

6 — Lettre Apostolicae curæ et caritatis, 13 septembre 1896 (DS 3315-3316).

7 — Constitution apostolique Pontificalis Romani, 18 juin 1968. (Texte latin dans :

Pontificale Romanum, éd. altera, Libreria editrice vaticana, Vatican, 1990 p. VIII-IX.)

8 — Dr Rama COOMARASWAMY, « Le Drame anglican du clergé catholique postconciliaire », p. 46-47.


Défaut de forme (3)

Les paroles essentielles de la forme selon le nouveau rite (« Et maintenant, Seigneur, à la gloire de ton nom ») reflètent la théologie de l’épiscopat comme pouvoir de régence seulement : soit un pouvoir de juridiction, soit une aptitude infusée en l’âme à recevoir la juridiction ; et ces paroles essentielles taisent l’épiscopat comme degré suprême du sacerdoce.

Ce n’est que dans les paroles qui suivent la partie essentielle qu’est mentionnée « la fonction de grand-prêtre ».

Au contraire, dans le rite romain traditionnel, la désignation du souverain sacerdoce est contenue dans la partie essentielle de la forme par les mots : « Accomplis dans ton prêtre la plénitude de ton ministère 9 ».

9 — Autrefois (avant le Moyen Age), on avait : « mysterii summam ». Ce qui revient au même, car la plénitude du sacrement est la même chose que la plénitude du ministère.

Par conséquent, on rejette, dans la partie essentielle de la forme, le pouvoir sacerdotal de l’évêque, et l’on ne garde que son pouvoir pastoral. Il y a donc exclusion, ou suggestion d’exclusion, de ce qui est – selon la théologie tradi-tionnelle – le pouvoir essentiel de l’évêque : la plénitude du pouvoir d’ordre par la plénitude du caractère du sacrement de l’ordre.

Défaut de forme (4)

La nouvelle forme, bien qu’elle s’en inspire, ne reproduit pas celle de la Tradition apostolique. Comparons les deux (nous gardons la typographie des originaux) :

Nouveau rite

Texte d’Hippolyte


Et nunc

nunc

effunde super hunc electum eam

effunde eam virtutem quæ a te est,

virtutem, quæ a te est, Spiritum

principalis sp(iritu)s

principalem,

quem dedisti dilecto Filio tuo Iesu


quem dedisti dilecto filio tuo Ie(s)u

Christo,

Chr(ist)o,

quem ipse donavit sanctis Apostolis,

quod donavit sanctis apostolis


qui constituerunt Ecclesiam per singula

qui constituerunt ecclesiam per singula

loca ut sanctuarium tuum, in gloriam et

loca sanctificationem tuam, in gloriam et

laudem indeficientem

laudem indeficientem

nominis tui.

nomini tuo.

On a transformé un génitif en accusatif : principalis spiritus devient Spiritum principalem ; on a ajouté super hunc electum. Sans parler d’autres modifications mineures 10.

Bref, la prière consécratoire de Paul VI s’inspire, mais ne reproduit pas celle de la prétendue Tradition apostolique d’Hippolyte, elle constitue une créa-tion artificielle de Dom Botte en 1968.

Par conséquent, cette forme est invalide 11.

Défaut de matière

C’est un argument relativement récent, puisqu’on ne le trouve ni chez le père Kröger, ni chez le Dr Coomaraswamy (même dans sa mise à jour de 2002).

Dans le rite traditionnel, le candidat à l’épiscopat se voit imposé le livre des Évangiles sur la nuque. Puis a lieu l’imposition des mains (matière du sacre-ment), suivie de la préface consécratoire qui contient la forme du sacrement (les paroles consécratoires).

Dans le rite nouveau, l’imposition de l’Évangile a été modifiée et déplacée : elle se fait désormais sur la tête (et non plus sur la nuque), entre l’imposition des mains et la préface consécratoire (et non plus avant l’imposition des mains).

Cela entraîne, semble- t-il, une dissociation entre la matière et la forme, dissociation qui peut rendre le sacrement invalide : dans le sacrement de baptême par exemple, si le prêtre versait l’eau en silence, puis ajoutait un autre rite (par exemple l’imposition du sel sur la langue), enfin prononçait les paroles (« je te baptise au nom du Père… »), le baptême serait invalide.

Une difficulté supplémentaire (qui semble n’avoir été remarquée par personne jusqu’ici) est que, dans le nouveau rite, le consécrateur profère les paroles de la forme du sacrement les mains jointes. Dans l’ancien rite, il les proférait les mains étendues devant la poitrine, ce qui prolongeait le rite de l’imposition des mains et manifestait l’union de la matière avec la forme.

Afin de bien faire voir la différence entre le déroulement de la cérémonie dans les deux rituels, nous les reproduisons ici

10 — L’ouvrage Rore sanctifica (éd. Saint-Remi, 2005) dont nous tirons cette objection, reproche d’avoir remplacé puero par Filio ; Rore sanctifica utilise une version éthiopienne (?) de la Tradition apostolique qui porte ici le mot « puer » à la place de « Filius » (qui se trouve dans la version latine de la Tradition apostolique que nous avons utilisée).

11 — Cet argument paraîtra ridicule à plus d’un lecteur. Mais nous l’avons exposé, car il est l’un des « points forts » de l’ouvrage Rore sanctifica.


La cérémonie avant Vatican II 12 :

[Vers la fin des litanies, un clerc dépose l’Évangéliaire sur l’autel.]

Les litanies finies, tous se lèvent et, le consécrateur mitre en tête se tenant debout devant le faldistorium, l’élu s’agenouille devant lui.

Le consécrateur prend le livre des Évangiles, l’ouvre et, aidé des deux évêques coconsécrateurs, il le place sans rien dire sur la tête et les épaules de l’élu, en le renversant, de façon à ce que le bas des pages touche la tête, et le haut, les épaules. Un des chapelains de l’élu, agenouillé derrière lui, maintient le livre ainsi posé, jusqu’au moment où le consécrateur en fera la tradition au nouvel évêque.

Ensuite le consécrateur touche avec les deux mains la tête de l’ordinant en disant : « Recevez l’Esprit-Saint. »

Ce que font successivement les évêques coconsécrateurs, qui, non seulement doivent toucher avec les deux mains la tête de l’ordinand en disant : « Recevez l’Esprit-Saint », mais aussi (avec au moment opportun l’intention de conférer la consécration épiscopale) réciter avec l’évêque consécrateur la prière « Soyez propice, Seigneur, […] » et toute la préface qui suit. […]

Le consécrateur sans mitre [joint les mains et] dit : « Soyez propice, Seigneur, à nos supplications, et inclinant vers votre serviteur l’abondance de votre grâce sacerdotale, répandez sur lui la vertu de votre bénédiction. Par N.-S. J.-C. »

[Au mot benedictionis, les trois prélats font le signe de la croix sur l’élu.] Étendant [seul] les mains devant la poitrine, le consécrateur dit : « Par tous les siècles des siècles. » […]

Puis il dit les paroles de la forme de la consécration épiscopale, qui doivent être récitées sans chant, les mains étendues devant la poitrine : « Réalise en ce prêtre la perfection de ton ministère […]. »

La cérémonie depuis 1968 (13 ):

Après le chant des litanies, le consécrateur principal se lève seul et, les mains jointes, dit : « Accueille, Seigneur, les supplications de ton Église pour celui à qui nous allons imposer les mains : répands sur lui ta bénédic-tion toute-puissante. Par Jésus, le Christ, Notre-Seigneur. »

L’assemblée : « Amen. »

Le diacre : « Levez-vous. »

12Pontificale Romanum, Pars prima, éd. typica, Polyglotte, Vatican, 1962. Traduction par nos soins. Nous avons ajouté entre crochets quelques détails provenant de : Consécration des Évêques, Angers, Richer, 1920, p. 51 et sq.

13Pontifical Romain, Desclée-Mame, Paris, 1977. Nous avons parfois rectifié la traduction pour nous rapprocher de l’original : Pontificale Romanum, éd. typica, Libreria editrice vaticana, Vatican, 1968.


Tous se lèvent. Le consécrateur principal et les évêques consacrants se tiennent debout devant leurs sièges, tournés vers le peuple. L’élu se lève, s’approche du consécrateur principal et s’agenouille devant lui.

Le consécrateur principal impose les mains sur la tête de l’élu, sans rien dire. Les autres évêques consacrants font de même après lui.

Puis le consécrateur principal place le livre des Évangiles, ouvert, sur la tête de l’élu ; deux diacres, se tenant à droite et à gauche de l’élu, tien-nent le livre des Évangiles au-dessus de sa tête jusqu’à la fin de la prière d’ordination.

Alors le consécrateur principal, les mains étendues, dit la prière d’ordination : « Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ […]. »

La partie suivante de la prière est récitée par tous les évêques consacrants, les mains jointes : « Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, […]. »

La deuxième édition typique du nouveau rituel, en 1990, contient quelques changements de rubriques. Voici notre traduction de ce rituel 14 :

Après le chant des litanies, l’évêque ordinant principal, debout, les mains étendues, dit : « Accueille, Seigneur […] ».

L’assemblée : « Amen. »

Le diacre : « Levez-vous. »

Tous se lèvent.

L’élu se lève, s’approche de l’évêque ordinant principal (qui se tient debout devant son siège) et s’agenouille devant lui.

L’évêque ordinant principal pose les mains sur la tête de l’élu, sans rien dire. Ensuite, tous les autres évêques, s’approchant successivement, imposent les mains à l’élu, sans rien dire.

Après l’imposition des mains, les évêques demeurent autour de l’évêque ordinant principal jusqu’à la fin de la prière d’ordination, de manière cependant à ce que l’action puisse être bien vue par les fidèles.

Ensuite l’évêque ordinant principal prend le livre des Évangiles que lui donne un diacre, et l’impose, ouvert, sur la tête de l’élu ; deux diacres, se tenant à droite et à gauche de l’élu, tiennent le livre des Évangiles au-dessus de la tête de l’élu jusqu’à la fin de la prière d’ordination.

L’élu étant à genoux devant lui, l’évêque ordinant principal, sans la mitre, ayant auprès de lui les autres évêques ordinants, également sans mitre, dit, les mains étendues, la prière d’ordination : « Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ […] »

La partie suivante de la prière est récitée par tous les évêques consa-crants, les mains jointes, à voix basse cependant, de telle manière que la voix de l’évêque ordonnant principal soit clairement entendue : « Et main-tenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, […]. »

14Pontificale Romanum, éd. altera, Libreria editrice vaticana, Vatican, 1990.

Défaut d’intention (1)

On pourrait apporter une autre difficulté contre la validité du nouveau rituel : celui de l’intention.

Il a été déclaré que ce rituel était adopté dans une intention œcuménique. On a parlé des coptes et des syriens occidentaux. On aurait pu parler des anglicans, puisqu’eux aussi ont adopté un rite semblable, issu de la Tradition apostolique d’Hippolyte.

Or une telle intention peut vicier la validité du rite. En effet, parmi les raisons que donne Léon XIII de l’invalidité du rite des ordinations anglicanes, il y a le défaut d’intention :

A ce défaut de forme très profond est lié un défaut de cette intention qui est requise elle aussi de façon nécessaire pour qu’il y ait sacrement. L’Église ne porte pas de jugement sur la pensée ou l’intention, puisqu’il s’agit de quelque chose qui de soi est intérieur ; mais dans la mesure où elle est exprimée, elle doit en juger. Lorsque donc quelqu’un, pour conférer ou administrer un sacrement, utilise sérieusement et régulièrement la matière et la forme requises, on considère, par le fait même, que manifes-tement il a voulu faire ce que fait l’Église. C’est sur ce principe que prend appui la doctrine selon laquelle il s’agit d’un sacrement véritable, même lorsqu’il a été conféré par le ministère d’un hérétique ou d’un non-baptisé, dès lors qu’il l’a été selon le rite catholique.

En revanche, lorsque le rite est modifié dans le dessein néfaste d’en introduire un autre, non reçu par l’Église, et de rejeter ce que l’Église fait et qui, de par l’institution du Christ, fait partie de la nature du sacrement, il est clair alors que non seulement l’intention nécessaire pour le sacrement fait défaut, mais que bien plus il y a là une intention contraire et opposée au sacrement 15.

Défaut d’intention (2)

Toujours en ce qui concerne l’intention, une dernière difficulté provient de ce que le nouveau rite a été introduit dans le but d’appliquer la nouvelle théologie conciliaire concernant l’épiscopat. Voici ce qu’en dit le chanoine André Rose dans un article reproduit dans La Maison-Dieu 98 (revue de pasto-rale liturgique éditée par le Cerf) 16 :

Le 18 juin 1968 a été promulguée la constitution apostolique Pontifica-lis Romani recognitio, approuvant le nouveau cérémonial pour l’ordination

15 — Lettre Apostolicae curæ et caritatis, 13 septembre 1896 (DS 3318).

16 — L’article est paru dans Au service de la Parole de Dieu. Mélanges offerts à Mgr André-Marie Charue, Ed. J. Duculot, Gembloux, 1968 (Diffusion pour la France : éd. P. Lethielleux, Paris), p. 129-145, et a été reproduit dans La Maison-Dieu 98, p. 127 et sq.


du diacre, du prêtre et de l’évêque. Le changement le plus marquant apporté par ce document est sans conteste l’introduction d’une nouvelle prière consécratoire pour l’ordination à l’épiscopat.

Le document romain rappelle la doctrine de la constitution Lumen gentium sur l’épiscopat comme degré suprême du sacrement de l’ordre.
C’est pour mieux mettre en valeur cette doctrine du deuxième concile du Vatican que le formulaire de la prière consécratoire pour l’ordination épiscopale est maintenant remplacé par une oraison nouvelle, extraite d’un document du début du IIIe siècle de notre ère, la Tradition apostolique d’Hippolyte 17. Néanmoins, ce texte ancien a toujours été en usage jusqu’à nos jours, sous une forme plus développée, dans la liturgie des coptes et des syriens occidentaux 18.

Cette intention de mettre en application la doctrine conciliaire pourrait inquiéter quand on sait que le Concile a donné une doctrine hétérodoxe sur la collégialité, doctrine qu’il fut nécessaire de corriger par une Nota prævia qui n’est plus guère mentionnée de nos jours.

Cette inquiétude pourrait croître du fait qu’on reprochait précisément au rituel en usage d’avoir été modifié au XIIe siècle, de manière à « voiler quelque peu le pouvoir collégial universel des évêques sur tout le Peuple de Dieu 19 ».

17 — L’ancien formulaire provenait du Sacramentaire Gélasien du VIIe siècle, augmenté d’une partie venant de la liturgie franque. La partie originelle, d’origine romaine, présentait l’ordination de l’évêque sous la forme de la vêture « spirituelle » du nouvel Aaron. Le supplément non romain était formé d’une mosaïque d’extraits des épîtres, soulignant les relations entre la mission de l’évêque et celle de l’apôtre. Sur la supériorité de la prière d’Hippolyte par rapport à cette prière, voir J. LÉCUYER, « La prière d’ordination de l’évêque », dans Nouvelle Revue théologique, juin 1967, t. 89, p. 601-606. L’auteur souligne le parallélisme profond entre certains passages de la constitution Lumen gentium et cette prière. D’une façon plus générale, voir « L’évêque d’après les prières d’ordination » (article écrit en collaboration, par quelques chanoines réguliers de Mondaye), dans L’Épiscopat et l’Église universelle, Paris, 1962, p. 739-768.

18 — On trouvera le texte complet de cette prière dans H. DENZINGER, Ritus Orientalium, Graz, 1961, p. 23-24.

19 — « Dès le XIIe siècle s’introduisit à Rome une formule légèrement différente, sans doute par crainte de porter ombrage au pouvoir exclusif du pape sur toute l’Église : au lieu de dire “ad regendam ecclesiam tuam et plebem universam”, on dira désormais : “…ecclesiam tuam et plebem sibi commissam” ce qui a pour résultat de voiler quelque peu le pouvoir collégial universel des évêques sur tout le Peuple de Dieu. » (Joseph LÉCUYER, C.S.Sp. « La prière d’ordination de l’évêque », Nouvelle Revue Théologique, juin 1967, t. 89, p. 602-603.) — Ce que le père Lécuyer regrette comme une perte nous semble plutôt une précision : un simple évêque n’a pas à régir « le peuple universel », même s’il doit avoir une sollicitude pour l'Église universelle.


Arguments en sens contraire *

— Mgr Lefebvre, visiblement suscité de Dieu pour soutenir le petit troupeau fidèle, n’a jamais mis en doute la validité du nouveau rituel des sacres épiscopaux tel qu’il a été publié par Rome.

Or nous savons qu’il a été mis au courant des objections portées contre ce rituel, notamment par le père Kröger.

Si Mgr Lefebvre avait eu un doute sérieux et positif sur la validité des sacres, il n’aurait pas manqué de le dire, vu la gravité des conséquences.

— La réforme du rituel des sacres épiscopaux a été examinée par la commission du Saint-Office alors que le cardinal Ottaviani en était le préfet.

Le père Bugnini raconte dans ses Mémoires :

Particulièrement agréable, et motif tout à la fois de joie et de surprise, fut la réponse pleinement positive de la Doctrine de la foi. On craignait en particulier à cause de la proposition d’adopter un texte tiré de la Tradition apostolique d’Hippolyte pour la prière d’ordination des évêques. Mais la congrégation répondit :

Les Ém. et Rd. Pères de la sacrée congrégation pour la Doctrine de la foi, dans leur assemblée plénière du mercredi 11 octobre 1967 ont exa-miné attentivement la question et ont décrété ce qui suit :

Le nouveau schéma est adopté avec les remarques suivantes :
1) au numéro 89 : dans les questions pour l’examen du candidat à l’épiscopat, on fera une part plus grande à la foi et à la fidélité à la transmettre, et une question explicite sera posée au candidat sur l’obéissance à prêter au pontife romain 20 ;

2) au numéro 96 : le texte d’Hippolyte est accepté, avec les accommodements opportuns qui ont été ajoutés 21 ; [avec cet ajout en italien :] la pensée des Ém. cardinaux est que les innovations liturgiques soient dictées par une vraie nécessité et introduites avec toutes les précautions que requiert une matière aussi sainte et grave.

L’Ordo, une fois retouché avec les modifications ci-dessus mention-nées, devra ensuite passer à l’examen devant une commission mixte, selon l’auguste décision du Saint-Père… 22.

— On sait que dans les arguments en sens contraire (« sed contra »), l’argumentation n’est pas toujours irréprochable. Saint Thomas donne parfois une réponse à ses arguments, à la fin de son article, pour rectifier ce qu’ils peuvent avoir de défectueux. C’est ce que nous ferons ici.

20 — « Largior pars fiat circa ipsam fidem eamdemque fideliter tradendam et explicita quæstio ponatur candidato de præstanda obedientia romano pontifici. »

21 — « Placet textus Hyppoliti [sic], opportunis inductis accomodationibus. »

22 — Annibale BUGNINI, La Riforma liturgica (1948-1975), CLV-Edizioni liturgiche, Rome, 1983, p. 692. — Cette approbation fut notifiée au père Bugnini le 8 novembre. La notification porte un numéro de protocole (Prot. 578/67), mais pas de signature, du moins dans


Or, jamais le cardinal Ottaviani n’aurait laissé passer un rite douteux quant

sa validité.

— Depuis 37 ans que ce rite a été promulgué, la plupart des évêques de l’Église catholique de rite romain ont été sacrés par lui. Il n’y a sans doute plus un seul évêque résidentiel (un évêque ayant le pouvoir de juridiction) qui ait été sacré avant 1968.

Par conséquent, si le nouveau rite est invalide, l’Église romaine est privée de hiérarchie, ce qui semble contraire aux promesses du Christ (« les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle »).

Réponse à la question

Pour répondre à la question, il faut d’abord se renseigner sur ce qui a été fait.

Or à ce niveau, il faut signaler en premier lieu le manque de sérieux de ceux qui ont entrepris de « démontrer l’invalidité du nouveau rituel ».

Par exemple, le Dr Coomaraswamy, suivi en cela par de nombreux disci-ples, n’a pas pris la peine de se renseigner sur l’identité des rites coptes et syriens auxquels Paul VI compare son nouveau rite.

Le docteur s’est tout simplement trompé de rite. Il compare le rite de Paul VI avec un rite syrien qui n’a rien à voir, et il en conclut avec assurance que le pape « en prend à son aise avec les exigences de la vérité quand il affirme que ce document “est encore en usage dans la liturgie de l’ordination chez les coptes et les syriens occidentaux” ».

De fait, nous n’aurons aucune peine à montrer que l’affirmation de Paul VI est exacte et que c’est le docteur qui n’a pas fait son travail.

Quand on prétend s’occuper de choses sérieuses, comme l’est la théologie, il faut le faire sérieusement. Ce qui n’est pas le cas du Dr Coomaraswamy et des « coomaraswamistes 23 ».
l’exemplaire que nous avons consulté aux archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), rayon « Pontificale Romanum ».

23 — Coomaraswamy et la plupart de ses disciples sont sédévacantistes. C’est pour eux une aubaine d’avoir pu « démontrer » l’invalidité du nouveau rituel de consécration épiscopale. Ainsi le dernier conclave était un « conclave de laïcs » et Benoît XVI ne peut être pape, puisqu’il n’est pas même évêque…

La genèse du nouveau rite

Commençons donc par exposer la genèse du nouveau rite 24.

L’exécution de la réforme prescrite par le concile Vatican II fut confiée à un nouvel organisme, parallèle à la congrégation des Rites, nommé Consilium ad exsequendam Constitutionem de sacra liturgia (dans la suite : Consilium). Il était présidé par le cardinal Lercaro, archevêque de Bologne 25, et le secrétariat en fut confié au père Bugnini (qui avait déjà travaillé à la préparation de la cons-titution sur la liturgie).

Le Consilium était constitué de deux groupes différents. Il y avait tout d’abord une quarantaine de membres proprement dits, pour la plupart cardi-naux ou évêques, qui avaient voix délibérative. Ensuite il y avait le groupe des consulteurs, beaucoup plus nombreux, chargés de préparer le travail.

Les consulteurs furent répartis en un certain nombre de groupes d’étude (ou cœtus), chargés chacun d’un secteur bien déterminé. Chaque groupe était présidé par un relator qui devait organiser le travail. Dom Bernard Botte O.S.B. (1893-1980), moine du Mont-César (Belgique), était relator du « groupe d’étude 20 » chargé de la première partie du Pontifical [où se trouve le rituel des ordi-nations] ; ses collaborateurs étaient : l’abbé B. Kleinheyer (secrétaire), alors professeur au séminaire d’Aix-la-Chapelle, auteur d’une thèse sur l’ordination du prêtre dans le rite romain ; l’abbé C. Vogel, professeur à Strasbourg, qui avait pris la succession de Mgr Andrieu pour l’édition des Ordines Romani et du Pontifical Romano-germanique ; l’abbé E. Lengeling, professeur de liturgie à Munster-en-Westphalie (plus tard doyen de la Faculté de Théologie) ; l’abbé P. Jounel, professeur à l’Institut Supérieur de Liturgie de Paris ; Mgr J. Nabuco, prélat brésilien, auteur d’un Commentaire du Pontifical romain ; enfin (mais pas au début), le père J. Lécuyer, alors professeur au Séminaire Français de Rome, devenu en 1968 supérieur général de la congrégation du Saint-Esprit après la démission de Mgr Lefebvre. Les trois plus actifs furent Dom Botte et les abbés Kleinheyer et Lengeling.

Le groupe tint sa première réunion à Trèves du 3 au 5 août 1965. Malgré ses défauts, dont nous parlerons plus loin, il faut reconnaître que Dom Botte était compétent, et que le Cœtus 20 qu’il dirigeait travailla sérieusement. Après la première présentation du projet du nouveau rite devant le Consilium, dom Botte écrivit à l’abbé Kleinheyer, le 27 novembre 1965 :

Je crois que c’est la première fois qu’ils se trouvaient en présence d’un coetus qui proposait des choses raisonnables avec une documentation et

24 — Voir notamment : B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, Témoignage et souvenirs, Desclée, 1973, p. 156 et sq. Ce livre contient des aveux intéressants.

25 — 1891-1976. Après le Concile, le cardinal Lercaro s’afficha comme un leader de l’aile progressiste. — Le cardinal Gut remplaça par la suite le cardinal Lercaro à la tête du Consilium.


une justification suffisante. Un évêque m’a dit : « Il n’y a pas moyen de ne pas être d’accord avec vous, tant c’est bien expliqué. » Il en allait tout autrement pour l’ordo missae 26 !

Le Cœtus rédigea cinq schémas successifs : les schémas 102 (De Pontificali nº 5 du 10 septembre 1965) 27, 150 (De Pontificali nº 7 du 5 avril 1966) 28, 180 (De Pontificali nº 12 du 29 août 1966) 29, 220 (De Pontificali nº 15 du 31 mars 1967) 30 et 270 (De Pontificali nº 17 du 1er février 1968). Tous ces schémas sont conservés dans les archives du Deutsches Liturgisches Institut, à Trèves, où on peut les consulter 31.

La genèse du nouveau rite racontée par Dom Botte

Examinons d’abord ce que les artisans du nouveau rite ont dit de leur réforme. Puis nous verrons ce qu’ils n’ont pas dit.

Les principaux artisans de la réforme furent les « experts », c’est-à -dire les consulteurs. Sans doute leur travail était soumis au Consilium et aux congrégations romaines, mais ce sont les consulteurs qui avaient l’initiative du tra-vail, et qui, parfois, exerçaient des pressions auxquelles on n’eut pas le cou-rage de résister. Un exemple nous est donné dans les Mémoires de Dom Botte :

On décida alors de mettre le nouveau rituel en usage à l’occasion de l’ordination de Mgr Hänggi, évêque nommé de Bâle. Mais avant d’obtenir l’approbation définitive du pape, le projet devait encore être soumis à la critique des congrégations romaines intéressées. C’est ainsi que je fus convoqué à Rome, devant une commission mixte composée de représen-tants des congrégations de la Foi, des Sacrements et des Rites.

Cette dernière avait procédé d’une manière tout à fait correcte : elle m’avait envoyé une série de remarques écrites. J’avais eu le temps de les examiner. Certaines me parurent judicieuses et j’acquiesçai immédiate-ment. D’autres l’étaient moins, mais je pouvais préparer une réponse. Malheureusement, les deux autres congrégations n’eurent pas la même attitude et leurs représentants attendirent d’être en séance pour soulever une foule d’objections imprévues.

26 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 116.

27 — Ce premier schéma du Pontifical fut présenté au Consilium à la sixième session plénière, du 21 au 23 novembre 1965.

28 — Discuté dans une relation entre les relatores du Consilium en mai 1966.

29 — Discuté au Consilium à la septième session plénière, le 6 octobre 1966.

30 — Envoyé aux congrégations pour la Doctrine de la foi, des Sacrements et des Rites le

8 avril 1967, et au pape Paul VI le 19 avril.

31 — L’histoire des travaux de ce Cœtus 20 a été écrite : Jan Michael J ONCAS, « The work of the Consilium in the reform of the roman rite episcopal ordination : 1965-1968 », dans Ephemerides Liturgicæ 108 (1994), 81-127 et 183-204. Toutefois ce travail ne donne que des renseignements assez matériels.


Le représentant de la congrégation de la Foi 32 se montrait particulièrement zélé à éplucher le texte et à demander des corrections. Une expression aussi banale que « celebratio mysteriorum » était suspecte parce qu’elle aurait pu passer pour une approbation des théories de Dom Casel. Le résultat était que cela n’avançait pas. C’était peut-être une chance, dans un certain sens, car cela limitait provisoirement les dégâts à une petite partie du texte. Mais, d’autre part, si on continuait à cette allure et avec la même méthode, je ne voyais pas quand cela finirait, ni surtout ce qui resterait de notre projet, car tout était remis en cause. Cela ne se serait pas passé comme cela avec le cardinal Lercaro, mais le cardinal Gut était incapable de mener le débat et, quand il intervenait, c’était généralement à contresens. Le père Bugnini était visiblement mal à l’aise, mais il était déforcé par l’attitude du Cardinal. Cela ne pouvait pas continuer comme cela.

Je parvins à garder mon sang-froid pendant la première séance, mais après, je piquai une des plus belles colères de ma vie. Je déclarai tout net au cardinal Gut et au père Bugnini que, si cela devait continuer de la même manière et dans le même esprit, je pliais bagage et je rentrais chez moi. La commission avait sous les yeux un projet qui avait demandé plu-sieurs années de travail à des spécialistes. Il avait été revu et corrigé plu-sieurs fois par une quarantaine de consulteurs du Consilium. Il avait été examiné et approuvé par une quarantaine de cardinaux et d’évêques. Et, au dernier moment, il fallait tout changer et improviser au pied levé des solutions nouvelles, sur l’avis d’une demi-douzaine de bureaucrates incompétents. Aucune institution laïque ne pourrait tenir avec de telles méthodes de travail.

Je ne sais pas comment les choses se sont arrangées, mais je suis à peu près sûr que le père Bugnini a trouvé une solution diplomatique. Il savait que ma menace n’était pas vaine et il était lui-même excédé par la procé-dure. Le fait est que le casse-pied principal de la congrégation de la Foi avait disparu à la séance suivante, et je ne l’ai jamais revu depuis lors. Au début de la seconde séance, je me permis de dire aux représentants des congrégations ce que je pensais de leur méthode, en faisant exception pour la congrégation des Rites, qui m’avait envoyé d’avance ses remarques. La révision avança alors à grands pas, et elle fut terminée à la deuxième séance. Le texte était prêt pour l’ordination de Mgr Hänggi 33.

Il est anormal qu’on ait laissé tant de pouvoirs à des experts, mêmes s’ils étaient savants dans leur domaine. Ils auraient dû être davantage dirigés par la hiérarchie et contrôlés quant à la doctrine. Notre-Seigneur a confié son Église à des évêques, pas à des « experts », et le rôle principal de la hiérarchie est de veiller à l’orthodoxie de la foi.

32 — D’après le père Bugnini, deux représentants de cette congrégation participèrent aux réunions : Mgr Philippe et Mgr G. Agustoni. (Annibale BUGNINI, La Riforma liturgica, p. 692.)

33 — B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 171-173.


Il ne faut donc pas s’étonner si le résultat du travail du Consilium ne fut pas heureux pour l’Église. Les réformes reflètent l’état d’esprit – et les défauts – des experts.

Or, Dom Botte avait un défaut : un manque de piété filiale vis-à-vis de Rome. Cela se remarque dans ses Mémoires :

Quand le Consilium fut institué, je fus obligé à faire de fréquents séjours à Rome, lorsque je devais prendre la parole devant l’assemblée. Je les faisais aussi courts que possible. Comme il y avait deux sessions succes-sives, celle des consulteurs et celle des Pères, j’avais obtenu de parler le dernier jour de la première et le premier jour de la seconde. J’avais donné comme prétexte qu’après trois jours je devenais anticlérical et qu’après huit jours je risquais de perdre la foi. Ce n’était qu’une boutade, mais je dois dire que je supportais mal l’atmosphère de Rome. J’aime pourtant beaucoup l’Italie, et j’ai gardé un excellent souvenir de séjours à Vérone, Florence et Venise. Mais Rome, c’était autre chose. Il y avait trop de rouge, de violet et de soutanes. Je logeais au Pensionato romano. C’est un vaste bâtiment de six étages, situé à la via Traspontina, non loin du Vati-can. C’était confortable et d’une propreté méticuleuse. Mais la cuisine était insipide et l’atmosphère purement cléricale. Mon seul dérivatif était d’aller prendre mes repas dans de petits restaurants populaires des ruelles avoisi-nantes où je me sentais plus à l’aise 34.

Ce n’est pas seulement « l’atmosphère de Rome » que Dom Botte n’aimait pas. C’est aussi la théologie et la liturgie romaines :

Le Pontifical s’est formé progressivement, entre le Ve siècle et la fin du XIIIe, en grande partie en dehors de Rome. Il contenait des éléments d’origine et de valeur très diverses. L’élément essentiel, l’imposition des mains, était comme noyé sous une masse de rites secondaires. De plus, certaines formules étaient inspirées par la théologie médiévale et devaient être corrigées. Ainsi les théologiens du Moyen Age considéraient que le rite essentiel pour l’ordination du prêtre était la tradition de la patène et du calice. Or ce n’était pas compatible avec la constitution apostolique Sacra-mentum ordinis de Pie XII, qui avait rétabli la primauté de l’imposition des mains. On pouvait garder le rite de la tradition de la patène et du calice, mais on ne pouvait maintenir la formule qui l’accompagnait : « Reçois le pouvoir de célébrer la messe tant pour les vivants que pour les morts. » Car le pouvoir de célébrer la messe est donné au prêtre par la seule impo-sition des mains 35. De plus, le texte s’était chargé de symbolismes discutables.

34 — B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 163-164.

35 — Il est vrai que le pouvoir de célébrer la messe est donné au prêtre par la seule imposition des mains. Mais cela n’empêche pas de garder le vénérable rite de la porrection des instruments qui ne fait qu’expliciter ce pouvoir. Si Dom Botte avait raison, il aurait fallu que Pie XII corrigeât le cérémonial de l’ordination des prêtres quand il a promulgué sa constitution apostolique Sacramentum ordinis, ce qu’il s’est bien gardé de faire. (NDLR.)


Ainsi, la mitre symbolisait les deux cornes de Moïse à sa descente de la montagne. Les cérémonies de vêture étaient interminables. […]

Le principal [problème] était celui de la formule de l’ordination de l’évêque. Celle du Pontifical comprenait deux parties. La première prove-nait des vieux sacramentaires proprement romains, le Léonien et le Gré-gorien. Elle développait une seule idée : l’évêque est le grand prêtre du nouveau Testament. Dans l’ancien Testament, le grand prêtre était consa-cré par l’onction d’huile et la vêture d’ornements précieux. Dans le nou-veau, c’était l’onction de l’Esprit-Saint et l’ornement des vertus. La forme littéraire de cette partie ne rachetait pas la pauvreté de son contenu. La typologie insistait exclusivement sur le rôle cultuel de l’évêque et laissait de côté son ministère apostolique. La seconde partie était une longue interpolation, qu’on trouve pour la première fois dans le Sacramentaire Gélasien. Elle est faite d’une série de citations scripturaires données en vrac et dont la plupart, mais pas toutes, se rapportent au ministère aposto-lique. Cette interpolation du Gélasien ne suffisait pas à rétablir l’équilibre. Pouvait-on, après Vatican II, maintenir une formule aussi pauvre ? Était-il possible de corriger et d’améliorer le texte 36 ?

Il ne faut pas s’étonner si, laissant les rênes libres à Dom Botte, on a obtenu un rituel qui rompt avec la tradition de l’Église romaine. Voici comment il a procédé :

Je ne voyais pas le moyen de faire quelque chose de cohérent avec les deux parties disparates de la formule. Faudrait-il créer une nouvelle prière de toutes pièces? Je m’en sentais bien incapable. Il est vrai qu’on trouverait aisément des amateurs pour faire la besogne, car il existe des gens qui croient avoir un charisme spécial pour composer des formules liturgiques. Mais je me méfie de ces amateurs. Ne serait-il pas plus raisonnable de chercher dans les rites orientaux une formule qui pourrait être adaptée ? Or l’examen des rites orientaux ramena mon attention sur un texte que je connaissais bien : la prière de la Tradition apostolique de saint Hippolyte.

La première fois que je fis cette proposition à mes collaborateurs, ils me regardèrent d’un air incrédule. Ils trouvaient la formule d’Hippolyte excellente, mais ils ne croyaient pas qu’elle eût la moindre chance d’être retenue. Je leur dis alors que j’avais peut-être le moyen de la faire accepter. Si je m’étais arrêté à ce texte, ce n’était pas parce que je venais d’en faire une édition critique, mais parce que, en étudiant les rites orientaux, j’avais constaté que la formule était toujours vivante sous des formes plus évo-luées. Ainsi dans le rite syrien, la prière pour l’ordination du patriarche 37

36 — B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 165-167.

37 — Notez qu’il s’agit de l’ordination du patriarche. Coomaraswamy compare le rite de Paul VI avec le rite d’ordination d’un simple évêque (fort différent du rite d’ordination du patriarche), et il s’étonne de ne pas trouver de concordance. (NDLR.)


n’était autre que celle du Testament de Notre-Seigneur 38, remaniement de la Tradition apostolique. De même dans le rite copte, la prière pour l’ordination de l’évêque est proche de celle des Constitutions apostoliques 39, autre remaniement du texte d’Hippolyte. On retrouvait partout les idées essentielles de la Tradition apostolique. En reprenant le vieux texte dans le rite romain, on affirmerait l’unité de vue de l’Orient et de l’Occident sur l’épiscopat. C’était un argument œcuménique. Il fut décisif.

J’avais fourni aux Pères un tableau synoptique des différents textes avec un bref commentaire. La discussion fut vive, et je le comprends. Ce qui emporta finalement le vote favorable, ce fut, je crois, l’intervention du père Lécuyer. Il avait publié dans la Nouvelle revue théologique un court arti-cle où il montrait l’accord du texte de la Tradition apostolique avec l’enseignement des anciens Pères. Au cours de la séance où la question fut soumise au vote, il fit un plaidoyer qui convainquit les hésitants. Dans la suite, nous l’avons coopté dans notre groupe de travail, et il nous a rendu de grands services par sa compétence théologique et sa connaissance des Pères 40.

Dom Botte explique ensuite comment fut composée l’allocution pour l’ordination épiscopale :

Un autre problème fut celui des allocutions. Le Pontifical en contenait pour tous les ordres, sauf pour l’épiscopat. Elles ont été rédigées à la fin du XIIIe siècle par Durand de Mende. Pourquoi celui-ci a-t-il négligé d’en faire une pour l’ordination de l’évêque? On n’en sait rien. Mais la question

38 — Il s’agit de la traduction en syriaque d’un texte grec (probablement du Ve siècle) originaire du patriarcat d’Antioche, analogue aux Constitutions apostoliques. Il contient un règlement ecclésiastique qui suit de près la Tradition apostolique, mis dans la bouche de Notre-Seigneur lors d’une apparition en Galilée après sa résurrection. Il constitue les premiers livres d’une vaste collection canonique appelée l’Octateuque clémentin. — Édité par I. E. RAHMANI, Mayence, 1899 sous le titre Testamentum Domini nostri Iesu Christi (réimpression Hildesheim, G. Olms, 1968) ; traduction française dans F. NAU -P. CIPROTTI, La Version syriaque de l’Octateuque de Clément, Paris, Lethielleux, 1967. — Voir le texte en annexe 3. (NDLR.)

39 — Compilation syrienne, probablement écrite à Antioche vers 380, de trois écrits antérieurs : La Didascalie des Apôtres (écrit originaire de la région d’Antioche, en Syrie, dans la première moitié du III e siècle, probablement rédigé par un évêque pour instruire ses confrères dans l’épiscopat sur la manière de se conduire dans le ministère pastoral, traite de la vie chrétienne, de la hiérarchie, de la liturgie, des procès, des offrandes et de la réconciliation des pécheurs) ; la Didachè ou Doctrine des douze Apôtres (écrit originaire de Syrie, du I er siècle – avec une rédaction finale plus tardive –, d’un ou de plusieurs auteurs inconnu(s) contenant un enseignement sur la doctrine des « deux voies », une section liturgique, des consignes sur la discipline, des propos sur l’eschatologie : voir Le Sel de la terre 11, p. 111 et sq.) ; La Diataxeis des saint Apôtres ou Tradition apostolique (voir plus loin). — Cette compilation a été accusée d’avoir été mise au service d’une théologie hétérodoxe (arienne selon B. Capelle et J. Lecuyer ; subordinatianiste, apollinariste ou macédonienne selon d’autres) tandis que plusieurs défendent son orthodoxie (F.-X. Funk ; M. Metzger dans son édition aux « Sources chrétiennes » (SC) nº 320, 329 et 336). — Voir le texte en annexe 3. (NDLR.)

40 — B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 167-168.


se posait : ne serait-il pas souhaitable qu’il y ait une allocution au début de cette ordination ? Le Concile souhaitait que le rite d’ordination soit une catéchèse pour le peuple. Nous avons cru répondre à ses directives en prévoyant une allocution faite par le premier consécrateur. Dans notre premier projet, il n’y avait qu’une simple rubrique indiquant le moment où elle devait se faire, car dans notre esprit elle était laissée à la libre composi-tion de l’orateur. Nous n’avions donc rédigé aucun texte. Ce sont les évê-ques du Consilium qui nous ont priés, avec une insistance qui nous a éton-nés, de rédiger une formule au moins à titre de modèle.

J’ai demandé alors au professeur Lengeling de composer une allocu-tion qui s’inspirerait des enseignements de Vatican II. Il le fit très soigneu-sement : c’était une excellente synthèse de la doctrine du Concile ; chaque phrase était appuyée par des références précises. Cependant, le style conciliaire n’étant pas spécialement élégant, j’essayai moi-même de don-ner au texte une forme littéraire plus harmonieuse. Je ne sais pas si j’ai réussi, mais je suis sûr du moins de n’avoir pas trahi la pensée du rédac-teur, parce qu’il m’a donné son accord 41.

Terminons ce récit de la genèse du nouveau rite en expliquant comment a été modifié le scrutin qui précède l’ordination de l’évêque :

Le dernier point sur lequel nous avons eu un problème est le scrutin qui précède l’ordination de l’évêque. C’est une vieille tradition qui avait été gardée par le Pontifical. Le consécrateur posait à l’élu une série de questions en présence du peuple. Il fallait sans doute garder cet usage vénérable, mais le scrutin visait l’orthodoxie du candidat par rapport à des hérésies qui n’ont plus aujourd’hui qu’un intérêt historique. Il nous a sem-blé préférable de faire porter l’examen sur les engagements de l’évêque à l’égard de l’Église et de son peuple. J’ai rédigé moi-même un questionnaire que j’ai soumis à la critique de mes consulteurs. Nous l’avons proposé au Consilium qui l’a bien accueilli et nous a aidés à le mettre au point. Il cons-titue un complément utile à l’allocution du consécrateur.

On touche du doigt le problème de cette réforme liturgique : elle a été confiée à des « experts » qui n’avaient pas beaucoup d’intérêt (ni sans doute de compétence) pour ce qui concerne l’intégrité de la foi.

Il est tout à fait inexact de prétendre que le scrutin du rite ancien ne visait que « des hérésies qui n’ont plus aujourd’hui qu’un intérêt historique ». C’est une magnifique allocution morale et doctrinale qui expose au candidat ce qu’il doit faire et croire. Certaines questions sont bien actuelles :

Voulez-vous recevoir avec respect, enseigner et garder les traditions des Pères orthodoxes, et les constitutions et décrets du Saint-Siège aposto-lique ? […] Voulez-vous, avec le secours de Dieu, garder et enseigner la chasteté et la sobriété ? […] Croyez-vous qu’il n’y a qu’une seule véritable

41 — B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 168-169.

Église, sainte, catholique et apostolique ? […] Anathématisez-vous toute hérésie qui s’élève contre cette sainte Église catholique ? […] Croyez-vous que du nouveau et de l’ancien Testament, de la loi, des prophètes et des Apôtres, l’unique inspirateur est Dieu et le Seigneur tout-puissant ?

Plutôt que de remplacer ce questionnaire sur la foi et les mœurs, il aurait mieux fallu le compléter de façon à lutter contre les erreurs plus récentes. Mais ce n’était guère le souci de Dom Botte et des autres « experts ».

Les objections rencontrées

Dom Botte et le père Bugnini ne nous parlent guère des objections qui ont été faites à leurs travaux. Même si elles furent peu nombreuses, elles méritent d’être signalées.

La prière d’Hippolyte fut présentée par Dom Botte à la sixième session plénière du Consilium (du 21 au 23 novembre 1965) ; voici les réactions à cette lecture, telles qu’elles sont conservées dans le protocole privé du Cœtus 20 (nous traduisons le texte latin) :

— Mgr Hervas 42 : Il ne nous appartient pas de modifier la forme [du sacrement].

— Dom Botte : C’est vrai, mais il nous appartient de proposer le chan-gement au Saint-Siège.

— Père Antonelli 43 : Il faut poursuivre l’investigation. Il serait préféra-ble d’indiquer dans la nouvelle préface les paroles essentielles.

— Cardinal Confalonieri : Dans la prière d’Hippolyte est bien indiquée l’idée essentielle (« Nunc effunde… »). Mais l’allégorie tirée de l’ancien Tes-tament dans la préface actuelle est belle. Dans la seconde partie [d’Hippolyte] il y a des idées à retenir.

— Il plaît à tous que l’investigation soit poursuivie 44.

A la lecture de ce protocole, Dom Botte écrivait à l’abbé Kleinheyer, le 11 décembre 1965 :

Pour ce qui est de la formule du sacre épiscopal, je crois qu’il ne sera pas difficile de faire passer le texte d’Hippolyte. Les objections ne sont venues que du cardinal Confalonieri, parce que la formule romaine lui paraît si belle. Les autres ont été frappés de la richesse du texte. L’idée du cardinal était de garder la formule romaine et de l’enrichir au moyen de la deuxième partie d’Hippolyte. Il nous suffira de montrer que ce serait quel-que chose de boiteux 45.

42 — Mgr Jean Hervas y Benet, évêque de Mayorque en Espagne (1905-1982).

43 — Ferdinando Giuseppe Antonelli O.F.M., secrétaire de la congrégation des Sacrements, deviendra évêque en 1966 et cardinal en 1973 (1896-1993).

44 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves).

45 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 116.


Plusieurs personnalités extérieures au Consilium furent consultées. Le 14 avril 1966 le père Louis Bouyer écrivait au secrétariat du Cœtus 20 :

Dans l’ensemble, cette révision est une simplification heureuse et un retour à une tradition plus ancienne et plus significative dans sa sobriété. Je crains cependant qu’elle ne comporte une part d’archéologisme plus que discutable.

Il faisait deux critiques :

— d’une part l’abandon de la prière consécratoire en forme

eucharistique » (sous forme de préface). Il reconnaissait que cette forme était un apport gallican, mais il la trouvait très conforme à la tradition biblique et il se demandait si la tradition gallicane ancienne ne pouvait pas être plus proche des origines que la tradition romaine.

— d’autre part il n’aimait pas Hippolyte :

Hippolyte était certainement un archaïsant, mais, comme la plupart des archaïsants, il comprenait plus ou moins bien l’antiquité qu’il voulait maintenir telle quelle et ne se rendait pas compte qu’il en avait sans doute bien moins l’esprit que les papes ses contemporains auxquels il s’opposait (vraisemblablement en matière liturgique comme pour tout le reste). Ce n’était qu’un « intégriste » avant la lettre, et c’est faire beaucoup trop d’honneur à cet antipape, particulièrement étroit et fanatique, que substi-tuer ses élucubrations à des textes qui ont derrière eux l’usage des siè-cles 46.

Dom Botte répondit le 2 juin par une lettre manuscrite de cinq pages. En voici quelques extraits :

Les questions que vous posez, je me les suis posées moi-même, et je crois bon de vous exposer pourquoi je les ai résolues de la manière que vous savez.

1. — Au sujet de la prière en forme de préface, deux remarques :
Je ne crois pas que l’introduction « Vere dignum… » soit due à une influence gallicane, laquelle représenterait une tradition plus ancienne. Si on suit l’évolution des textes, on voit qu’il s’agit d’une interprétation d’une rubrique : in tono præfationis. D’ailleurs, nous avons les prières de consécra-tion gallicanes conservées dans le Gélasien (et passées à titre secondaire dans le Pontifical), et elles n’ont pas de Vere dignum.

Qu’il y ait des formes de bénédiction sous forme d’action de grâces, c’est incontestable. […] Mais il faut remarquer qu’il s’agit essentiellement de bénédictions de choses et non de consécrations de personnes. […] Remarquez que dans aucun rite oriental, pas plus que dans le gallican ou le vieux romain, les prières d’ordination ne se font sous forme d’action de grâces. En écartant la forme d’action de grâces, nous nous conformons à

46 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 117.

une tradition universelle dont le rite romain s’est écarté par une fausse interprétation de rubrique.

— Quant à l’obsession de ramener tout à Hippolyte, je crains qu’elle ne soit que dans votre esprit. […] Il n’y a qu’un cas où nous lui avons donné la préférence, celui de la prière du sacre épiscopal. […] Contraire-ment à ce que vous pensez, ce n’est pas un souci d’archaïsme qui m’a guidé.

a) La formule romaine (contrairement à ce qui se passe pour la prêtrise et le diaconat) est d’une pauvreté de pensée qui contraste avec la somptuo-sité de la forme. Tout se réduit au symbolisme du sacre d’Aaron, qui d’ailleurs fini [sic] par se matérialiser dans les rites. Tout le monde est d’accord pour trouver qu’elle ne donne qu’une idée très imparfaite de la théologie de l’épiscopat 47.

b) Dès lors la question se posait : peut-on la remanier, l’enrichir, ou la remplacer par une autre formule ? Je ne vois guère le moyen de la rema-nier. Elle a son unité. Y introduire des développements étrangers n’aboutirait qu’à en faire un monstre du genre de la chimère d’Homère. Faire composer une nouvelle formule par les théologiens ? Dieu nous en garde ! Je m’y refuse pour ma part, et je ne crois pas que qui que ce soit en soit capable. Dès lors une seule solution : chercher dans la tradition orientale.

c) Un fait s’est imposé à moi : dans le patriarcat d’Antioche, pour le sacre du patriarche, et dans le patriarcat d’Alexandrie, nous trouvons deux formules apparentées qui sont des remaniements de la prière d’Hippolyte. Qui que soit l’auteur de la prière, il y a là un fait de tradition. Depuis des siècles, ces prières sont en usage dans ces deux patriarcats et donnent de l’épiscopat une version infiniment plus riche que les prières romaines. Ne serait-ce pas là une occasion, puisqu’il faut changer, de se rapprocher de la tradition orientale ? Comme vous le voyez, ce n’est pas un souci d’archaïsme qui m’a guidé, mais un souci d’œcuménisme. […] Qu’après cela Hippolyte ait mauvais caractère, c’est une autre question. L’œuvre a une existence indépendante de son auteur. Nous n’entendons nous enga-ger ni dans les controverses sur sa personne, ni sur l’authenticité de son œuvre. Notre garantie, c’est que cette prière a inspiré deux grands patriarcats orientaux 48.

Il faut reconnaître que – indépendamment de la dépréciation de la liturgie romaine –, l’argumentation de Dom Botte est valable : le fait que la prière

47 — C’est sans doute le passage le plus contestable de cette lettre de Dom Botte. Le rite traditionnel n’avait pas l’intention de donner une théologie complète de l’épiscopat, mais il mettait bien en relief son aspect essentiel : l’évêque est le grand-prêtre du nouveau Testament, il possède le sacerdoce à son degré suprême. Or cela est beaucoup moins clair dans le nouveau rite. Il est d’ailleurs amusant de voir Dom Botte se réclamer ici de la théologie, alors que nous allons le surprendre se moquer peu gentiment des théologiens. En réalité, c’est un manque d’amour de la liturgie romaine qui l’a conduit à chercher autre chose. (NDLR.)

48 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 117.


d’Hippolyte ait été adoptée par deux patriarcats orientaux 49 assure sa valeur, abstraction faite de la personne de son auteur 50, et du caractère de cette personne.

Une autre objection provient de Mgr Lallier, archevêque de Marseille, ou plutôt de son secrétaire le père Colin (car Mgr Lallier était sur le point de quitter Marseille pour Besançon). Dans une lettre du 28 septembre 1966, le père Colin écrit, à la demande de son évêque, ses remarques au père Bugnini 51. Il ne revient pas sur le principe de la réforme, mais s’interroge :

Mais on peut se demander si un remaniement aussi profond que celui qui est envisagé ne risque pas d’être prématuré à l’heure actuelle.

Une réforme excellente en elle-même peut, en effet, ne pas être oppor-tune et manquer son but si les conditions psychologiques dans lesquelles elle est introduite ne sont pas favorables.

Or les conséquences de la réforme des ordinations seront grandes, tant pour les prêtres que pour les séminaristes et même pour le peuple chré-tien.

Ses critiques portent surtout sur la suppression des ordres mineurs 52. En ce qui concerne notre sujet, on ne peut relever que cette phrase :

Qu’il soit permis par ailleurs d’exprimer le regret de voir disparaître certaines formules très riches du Pontifical actuel, notamment parmi les textes d’origine gallicane.

Nous n’avons pas trouvé dans les archives du secrétariat du Cœtus 20 qu’une réponse ait été faite au père Colin. Mais nous avons trouvé une lettre de l’abbé Vogel à l’abbé Kleinheyer, datée du 15 novembre 1966 53, où il dit :

J’ai été très désagréablement surpris quand j’ai lu la lettre provenant de Marseille (F. Colin). Apparemment il y a là-bas une sorte de résistance.

49 — Dans les débuts de l’Église, on ne comptait que trois patriarcats : Rome, Antioche et Alexandrie, tous les trois liés à la personne de saint Pierre : celui-ci a fondé l’Église d’Antioche avant de venir à Rome, et il a envoyé son « secrétaire », saint Marc, fonder celle d’Alexandrie, en quelque sorte en son nom. La présence de la même prière dans les deux patriarcats d’Alexandrie et d’Antioche est évidemment un argument très fort.

50 — On voit combien sont vaines les discussions de Rore sanctifica pour savoir si la Tradition apostolique a, oui ou non, Hippolyte pour auteur. Là n’est pas le problème.

51 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 117.

52 — Voici en quels termes il les exprimait : « Certes, les Ordres mineurs ne correspondaient souvent à l’exercice d’aucune “fonction” réelle. Mais ils avaient un avantage spirituel incontestable : celui de faire prendre conscience progressivement aux clercs des exigences profondes du sacerdoce, de leur “révéler” peu à peu les attitudes intérieures que l’Église attend de ses ministres et dont un prêtre ne peut se dispenser dans l’exercice quotidien de son ministère : accueil des fidèles, fidélité à la Parole de Dieu, lutte contre le démon, témoignage d’une vie exemplaire, etc. N’y aurait-il pas un détriment dans la formation spirituelle du clergé à supprimer trop hâtivement ces “étapes” ? »

53 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 117.

Traduction par nos soins.


Mais je ne pouvais m’imaginer qu’elle se manifestât de façon si forte. Comme il est bon que nous, dans notre petit groupe de travail, ayons été clairs et du même avis au sujet de tout l’essentiel, dès le début !

Par ailleurs, nous savons que Dom Botte s’opposa énergiquement à ce que Mgr Lallier fasse partie de la commission chargée de l’ultime révision du schéma 54.

Dernière objection : nous avons vu que Mgr Jean Hervas y Benet, un évêque espagnol, avait émis une objection lors de la première présentation du nouveau rite devant le Consilium. Il revint à la charge dans une note dactylographiée de trois pages, datée du 14 octobre 1966, écrite en latin 55. Tout en louant l’érudition et le travail des experts, il fait part de quelques anxiétés de conscience.

Il remarque que la nouvelle formule consécratoire éliminerait complètement la préface consécratoire actuellement en vigueur, dont la partie essentielle venait d’être déclarée par Pie XII dans la constitution Sacramentum Ordinis.

Or, dit-il, pour justifier une telle démarche, il faudrait :

Qu’on puisse montrer, par des raisons graves, qu’on ne peut perfec-tionner la formule de consécration existante, en enlevant ou ajoutant quel-que partie, selon la norme du Concile : « en sorte que les nouvelles formes continuent organiquement les anciennes » […]

[…] Il faudrait constater de façon certaine que la nouvelle forme signifie mieux et plus parfaitement l’action sacramentelle et son effet. C’est-à-dire qu’on devrait constater de façon certaine qu’elle ne contient aucune ambiguïté et qu’elle n’omet rien parmi les principales charges qui sont propres à l’ordre épiscopal.

Il proposait de comparer l’ancienne formule et la nouvelle en les mettant en colonnes parallèles, ce qu’il commença à faire pour les paroles essentielles et pour le passage qui indique le pouvoir de gouverner (« ut pascat gregem sanc-tum tuum » dans le nouveau rite). Et il s’interrogeait :

Il me vient un doute au sujet des paroles : « Spiritus principalis » : ont-elles une valeur significative suffisante du sacrement ? Et les paroles

pascere gregem tuum » ne peuvent-elles être interprétées uniquement du pouvoir d’enseigner et de sanctifier, en excluant le pouvoir de gouverner ?

Et il concluait en disant qu’on n’avait pas donné suffisamment d’éléments au Consilium pour juger une affaire aussi importante.

54 — La Secrétairerie d’État avait demandé, le 22 juin 1966, que soit adjoint au groupe de travail Mgr Lallier, archevêque de Marseille. Dom Botte fit du chantage : c’était ou lui, ou Mgr Lallier.

(Annibale BUGNINI, La Riforma liturgica, p. 690-691.)

55 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 117.

Traduction par nos soins.


La critique était grave, et appelait une réponse sérieuse. Nous ne savons si une telle réponse a été donnée, car nous n’avons rien trouvé dans les archives du secrétariat du Cœtus 20. En revanche, nous avons trouvé une lette datée du 21 octobre 1966 de dom Botte à l’abbé Kleinheyer, le secrétaire du Cœtus, d’une impardonnable légèreté. En voici quelques extraits :

Cher Monsieur le Professeur,

Ci-joint une remarque sur notre schéma par un évêque espagnol. Les théologiens sont des gens un peu obtus, qui n’ont aucune idée des genres littéraires. Il y a une différence entre un traité de théologie ou un décret de concile et un sermon. Quel prédicateur songera jamais à employer un mot aussi laid que « sacramentaliter 56 » ou sa traduction. Jamais, en français, je ne prononcerai le mot sacramentellement dans un sermon. Ce serait d’ailleurs incompréhensible pour le peuple. Les décrets du Concile ne sont pas des modèles d’éloquence et je ne vois aucun intérêt à faire des allocu-tions en jargon scolastique, pas plus en latin que dans une autre langue. Durand de Mende 57 avait plus de bon sens, et il s’inspirait plus des Pères que de la Somme de saint Thomas 58. […]

De fait, Dom Botte ne relève pas les questions posées par Mgr Hervas sur le nouveau rite de consécration épiscopale. Même si ces objections ne mettent pas en cause la validité du nouveau rite (comme nous le verrons), elles posent clairement le problème de la licéité et de l’opportunité d’un tel changement. La manière désinvolte et même méprisante avec laquelle Dom Botte traite le problème (« les théologiens sont des gens un peu obtus ») suffit à elle seule à condamner cette réforme.

La prière d’ordination de l’évêque (présentée dans le schéma 180) fut dis-cutée à la septième session du Consilium le 6 octobre 1966. Les seules opposi-tions vinrent du cardinal Felici 59 et de Mgr Hervas. Le père Lécuyer défendit la nouvelle prière avec succès. Elle fut approuvée le 7 octobre 1966 par 30 voix pour, 3 contre, et 2 « juxta modum ». Le Consilium approuva (par 34 voix pour

56 — Mgr Hervas regrettait l’omission de ce mot dans le rite d’ordination sacerdotale.

57 — Guillaume Durand, évêque de Mende de 1286 à 1296. Liturgiste réputé.

58 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 117.

59 — Le cardinal Felici commit une bévue que Dom Botte sut utiliser. Le cardinal déclara qu’il préférait l’allocution actuellement en usage à celle qui était proposée. Dom Botte lui répondit qu’il n’y avait pas d’allocution dans le rite actuellement en vigueur. Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 131. — Six ans après, dans ses Mémoires », Dom Botte savoure sa victoire : « J’avais à peine terminé que j’entendis prononcer d’un ton péremptoire : “L’ancienne allocution était meilleure.” Mon interlocuteur voulut développer sa pensée, mais je saisis le micro qui était devant moi et je lui coupai la parole en lui demandant où se trouvait cette allocution dans le Pontifical. Il voulut filer par la tangente, mais je le ramenai à la question. Il me regarda d’un air ahuri. J’ajoutai : “Ne cherchez pas, c’est inutile ; il n’y a jamais eu d’allocution pour le sacre d’un évêque dans le Pontifical.” On entendit fuser quelques rires discrets suivis d’un silence. Notre allocution fut approuvée sans difficulté. » (B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 159.)


et un vote blanc) que le schéma tout entier (y compris les ordinations de diacre et de prêtre) soit proposé à l’approbation du souverain pontife 60.

Le nouveau rite fut approuvé par la congrégation pour la Doctrine de la foi le 11 octobre 1967. Les seules remarques concernaient l’examen du candidat et la prière consécratoire, sur laquelle on disait : « Le texte d’Hippolyte est approuvé, avec les accommodations opportunes ajoutées 61. »

La congrégation des Sacrements demanda qu’on fasse précéder le nouveau rituel d’une présentation affirmant la sacramentalité de l’épiscopat, en conformité avec Lumen gentium . Sur le texte, elle ne faisait que des remarques de détail, trouvant par exemple que l’allocution était trop longue 62.

Enfin la congrégation des Rites (dont le père Bugnini était le sous-secré-taire) ne fit que des remarques de détail 63.

Avant de recevoir l’approbation définitive du pape, le rite réformé fut soumis à une commission mixte des congrégations de la Foi, des Sacrements et des Rites, qui se réunit les 1er et 2 février 1968 64.

Le pape approuva la réforme du rite le 10 juin 1968 65.

La validité du nouveau rite

Ayant ainsi exposé la genèse du nouveau rite, il nous faut maintenant répondre à la question : ce rite est-il valide ?

Comme nous l’avons vu, la prière d’ordination de l’évêque est tirée de la Tradition apostolique d’Hippolyte, appelée encore Diataxeis des saints Apôtres.

Voici comment la présente Marcel Metzger, professeur de la faculté de théologie de Strasbourg :

Les parentés entre le livre VIII des Constitutions apostoliques 66 et la Constitution de l’Église égyptienne 67, le Testament de Notre-Seigneur Jésus-

60 — Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 131.

61 — Ce document de la congrégation de la Foi est cité plus amplement dans le deuxième argument en sens contraire.

62 — Les feuilles que nous avons consultées aux archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), rayon « Pontificale Romanum », ne portent ni date ni signature.

63 — Les remarques furent remises par le secrétaire de la congrégation, Mgr Ferdinando Antonelli, au sous- secrétaire, le père Bugnini, le 16 décembre 1967. Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), rayon « Pontificale Romanum ».

64 — Annibale BUGNINI, La Riforma liturgica, p. 692.

65 — Pour donner une idée de la liberté que prenaient les réformateurs vis- à-vis des orientations du pape, signalons ce fait : le pape avait demandé explicitement que le chant du Veni Creator – que le père Bugnini et Dom Botte voulaient supprimer – soit conservé dans le rite d’ordination des évêques : il est prescrit dans la rubrique de 1968 qu’on le chante après l’homélie, « ou un autre hymne qui lui corresponde, selon la coutume du lieu », et la rubrique de 1990 dit simplement qu’« on peut le chanter, ou un autre hymne… ».
66 — Voir la note 39, p. 89.


Christ 68 et les Canons d’Hippolyte 69 ont conduit à leur supposer un ancêtre commun que plusieurs chercheurs ont tenté de reconstituer en le présen-tant comme une œuvre d’Hippolyte de Rome (✝ 235) : la Tradition apostoli-que. Cette identification a été contestée par d’autres chercheurs ; en nous appuyant sur les travaux de M. Richard et de J. Magne, nous donnons la préférence au titre Diataxeis des saints Apôtres : ce document forme la trame du livre VIII des Constitutions apostoliques et a déjà été amplement étudié et diffusé, en particulier dans l’essai de reconstitution de B. Botte 70. Il traite principalement des ordinations, de la célébration de l’eucharistie et du baptême, des repas communautaires, de la prière et du jeûne.

Origine, date et auteur : pour qui attribue ce document à Hippolyte, tout est simple il aurait été rédigé à Rome vers 215/218 71. Mais si l’on refuse cette attribution, dans l’état actuel des recherches, on ne peut que répéter avec J. Magne qu’il s’agit d’une « compilation anonyme contenant des éléments d’âges différents 72 » 73.

L’original grec est perdu, à part quelques passages. Nous disposons d’un texte latin du Ve siècle qui comporte une bonne moitié de l’ouvrage 74.

67 — Compilation en usage dans le patriarcat d’Alexandrie [du début du IIIe siècle ?]. C’est le document le plus ancien de cette collection dont dérivent tous les autres. Dom Botte identifie sa seconde partie à la Tradition apostolique. Voir R.-H. CONNOLLY, The So-Called Egyptian Church Order and Derived Documents, Cambridge, 1916. (N.D.L.R.)

68 — Voir la note 38, p. 89.

69 — Recueil alexandrin datant probablement de la seconde moitié du IVe siècle. Édition :

R.-G. COQUIN, Les Canons d’Hippolyte, « Patrologie orientale » XXXI, 2, Paris, 1966. (N.D.L.R.)

70 — B. BOTTE O.S.B., La Tradition apostolique de saint Hippolyte. Essai de reconstitution (LQF [Liturgiewissenschaftliche Quellen und Forschungen] 39), Munster Westfalen, 1963 ; édition allégée : Hippolyte de Rome : la Tradition apostolique d’après les anciennes versions (SC 11 bis), Paris, 1968. Sur les controverses à propos de ce document voir les dossiers suivants : J. MAGNE, Tradition apostolique sur les charismes et Diataxeis des saints Apôtres, Paris, 1975, p. 23-32 ; A. G. MARTIMORT, « La Tradition apostolique », dans L’Année canonique XXIII (1979), p. 159-173 ; A. FAIVRE, « La documentation canonico-liturgique… », RevSR (Revue des Sciences Religieuses) 1980, p. 279-286 ; G. KRETSCHMAR, « La liturgie ancienne dans les recherches historiques actuelles », dans La Maison-Dieu 149 (1982), p. 59-63. (Note de Metzger.)
71 — Voir B. BOTTE O.S.B., dans SC 11 bis, p. 14.
72 — J. MAGNE, Tradition apostolique sur les charismes…, p. 86 ; plus loin, p. 192, cet auteur parle même de « statuts pré-apostoliques ». J. M. HANSSENS, dans La liturgie d’Hippolyte, ses documents, son titulaire…, 2e éd., Rome, 1959, p. 250, tout en admettant l’attribution à Hippolyte, estime lui aussi que ce document contient des éléments plus anciens : c’était « à la fois un document apostolique et l’ouvrage personnel d’un auteur, Hippolyte », propos développés encore à la p. 500.
73 — Marcel METZGER, Les Constitutions apostoliques, t. 1, Cerf, SC 329, Paris, 1985, p. 17- 18. 74 — Ce document se trouve dans un recueil de textes découvert sur un palimpseste de Vérone et publié en 1900 par Hauler à Leipzig sous le titre de Didascaliæ apostolorum fragmenta Veronensia latina… — Un palimpseste est un manuscrit sur parchemin qui a été gratté pour servir de nouveau. Grâce à des techniques modernes, on peut arriver à lire le texte gratté. Toutefois, dans le cas de ce manuscrit, Hauler s’est servi d’un réactif de couleur blanche brillante qui rend impossible aujourd’hui l’utilisation de la lampe à ultra- violets. Dom Botte pense que, d’après ce qu’il a pu vérifier à l’œil nu ou à la loupe, le travail d’Hauler est soigneux et qu’on peut lui faire confiance pour ce qui est devenu aujourd’hui


D’autres versions orientales (copte, arabe, éthiopienne) permettent de recons-tituer le texte avec une assez grande fiabilité.

En plus de ces traductions, nous disposons d’adaptations libres qui n’ont pas la même valeur, notamment le VIIIe livre des Constitutions apostoliques et l’Épitomé 75 du VIIIe livre des Constitutions apostoliques.

Quant au prêtre du nom d’Hippolyte, à qui on attribue – sans certitude – cet ouvrage, nous savons peu de chose sur son compte : le pape Damase lui a consacré une inscription, preuve que son culte comme martyr était officiel à son époque (début du Ve siècle). Cependant le même pape nous dit qu’il fut schismatique. On pense qu’il s’est réconcilié avec le pape Pontien, en exil, mais sans en être sûr. Il est fêté comme martyr le 13 août, en même temps que saint Pontien.

La Tradition apostolique contient 42 chapitres (plus une conclusion) qu’on peut diviser en trois parties : la constitution de l’Église (ch. 1 à 14 : prescrip-tions concernant l’évêque, le diacre, le prêtre, les confesseurs, etc.), l’initiation chrétienne (ch. 15-21 : catéchuménat, baptême, confirmation, eucharistie) et les usages de la communauté (ch. 22-42 : instructions relatives aux repas, aux prières, etc.).

C’est dans la première partie, au chapitre 3 que se trouve la prière du sacre épiscopal, tandis que le chapitre 4 donne une prière eucharistique utilisée par l’évêque après son sacre : c’est cette prière qui est reprise (modifiée 76) dans la deuxième prière eucharistique de la Nouvelle Messe de Paul VI.

Si nous n’avions que ce livre (dont nous ne connaissons pas bien ni l’origine, ni même l’orthodoxie), il faudrait analyser de près la prière du sacre pour voir si elle peut donner validement l’épiscopat.

Toutefois, comme nous l’avons noté, Dom Botte fit remarquer que cette prière du sacre était reprise dans deux rites orientaux, ce qui détermina le Consilium à l’accepter. Les deux rites en question sont : le rite copte en usage en Égypte, et le rite syrien occidental, en usage notamment chez les maroni-tes 77.

Remarquons au passage que ces deux rites sont parfaitement catholiques. Il ne s’agit pas, comme le disait un « coomaraswamiste », dans un texte du 11 juillet 2005 diffusé par Internet, de « schismatiques et hérétiques abyssiniens ».. B. BOTTE O.S.B., La Tradition apostolique de saint Hippolyte. Essai de reconstitution, p. XVII.

75 — F. X. FUNK, Didascalia et Consitutiones Apostolorum, t. II, Paderborn, 1905, p. 72-96. Cet écrit, appelé aussi Constitution par Hippolyte, est un extrait des Constitutions apostoliques ; toutefois, pour certains chapitres, l’Épitomé donne un texte plus proche de la Tradition apostolique, notamment pour la prière d’ordination de l’évêque, dont le texte (grec) est très proche des versions latines et éthiopiennes de la Tradition apostolique.

76 — Voir Le Sel de la terre 52, p. 75.

77 — Le texte de ces deux rites était donné dans une traduction latine en appendice du schéma 180 du 29 août 1966.


Outre le fait que ni les maronites ni les coptes ne sont des abyssiniens 78, notre internaute ignore apparemment que les « schismatiques et hérétiques » orien-taux utilisent les même rites que les catholiques.

Pour s’assurer de la validité du rite de Paul VI, il nous suffira donc de mettre en parallèle la nouvelle prière du sacre avec les deux rites orientaux en question. La validité de ces deux rites ne saurait être remise en cause : sinon l’Église copte (catholique aussi bien qu’orthodoxe) et l’Église syriaque (dont font partie les maronites) n’auraient ni évêques ni prêtres, et cela depuis leur origine.

Nous avons donc composé un tableau en quatre colonnes : sur la première colonne se trouve le texte de la nouvelle prière de Paul VI 79, sur la deuxième colonne la version latine de la Tradition apostolique 80, sur la troisième colonne le rite copte, sur la quatrième le rite syrien. Pour ces deux derniers textes nous avons pris la traduction latine faite par Henri Denzinger 81. Les quatre textes étant transcrits dans la même langue, la comparaison est facile. (Voir les qua-tre pages intercalaires).

On peut trouver une comparaison plus complète entre toutes les prières d’ordinations épiscopales de cette même famille dans Dom Paul Cagin 82. L’auteur compare onze prières de consécration épiscopale dont – outre les deux que nous avons données – deux sont certainement valides : la prière de consécration du métropolitain maronite et celle du métropolite et du patriar-che copte. Il résume le tout dans un tableau d’assemblage qui prouve que toutes ces prières sont d’une seule famille. Tout cela était donc connu cin-quante ans avant la réforme de Paul VI, avant même la déviation du mouve-ment liturgique.

La comparaison entre ces diverses prières nous paraît suffisamment élo-quente par elle-même : le nouveau rite contient la substance des deux rites coptes et syriens. On ne peut mettre en doute sa validité sans Rayer de l’histoire de l’Église ces deux Églises qui ont fourni de grands saints et doc-teurs : saint Athanase et saint Cyrille d’Alexandrie (patriarches d’Alexandrie),

78 — L’Abyssinie est l’Éthiopie. Or les Éthiopiens ont leur rite propre, différent de celui des coptes d’Égypte.

79Pontificale Romanum, 1968. Le texte est le même dans la deuxième édition (1990). — Le texte qui a servi de base à l’élaboration du rite n’est pas la version latine (que nous donnons en colonne 2), mais une reconstitution faite à partir de la version latine, de la version éthiopienne et du texte grec de l’ Épitomé des Constitutions apostoliques (voir note 75, p. 99). Cela explique certaines différences entre les deux premières colonnes.

80 — HIPPOLYTE DE ROME, La Tradition apostolique d’après les anciennes versions, Introduction, traduction et notes par Bernard Botte O.S.B., 2e éd., SC 11 bis, Cerf, Paris, 1984. C’est la version qui se trouvait sur le palimpseste de Vérone et qui a été publiée par Hauler (voir note 74, p. 98).

81 — Henricus DENZINGER, Ritus orientalium coptorum, syrorum et armenorum in administrandis sacramentis, t. 2, Graz, Autriche, 1961.

82 — Dom Paul CAGIN O.S.B., L’Anaphore apostolique et ses témoins, Paris, Lethielleux,

1919, p. 274-293. — Voir annexe 2.


saint Jean Chrysostome et saint Jérôme (ordonnés prêtres à Antioche), etc. Faudra-t-il dire que ces personnages n’étaient que de pieux laïcs ?

Dans la réponse aux difficultés nous entrerons dans certaines discussions de détail, mais il nous semble que l’essentiel de la démonstration est faite par cette comparaison.

Remarquons cependant que nous ne parlons que de la validité du nouveau rite, tel qu’il a été publié par le Vatican.

Nous ne parlons pas de la légitimité de cette réforme (était-il bon de supprimer le rite romain pour le remplacer par un rite oriental ?), ni de la validité des différentes traductions et adaptations du rite officiel dans les divers cas par-ticuliers : en raison du désordre généralisé, tant au niveau liturgique que dogmatique, on peut avoir de sérieuses raisons de douter de la validité de certaines consécrations épiscopales.

A l’occasion du sacre épiscopal de Mgr Daneels, évêque auxiliaire de

Bruxelles, Mgr Lefebvre disait :

On a publié des petits livrets à l’occasion de ce sacre. Pour les prières publiques, voici ce qui était dit, et qui était répété par la foule : « Sois apô-tre comme Pierre et Paul, sois apôtre comme le patron de cette paroisse, sois apôtre comme Gandhi, sois apôtre comme Luther, sois apôtre comme Luther King, sois apôtre comme Helder Camara, sois apôtre comme Romero… » Apôtre comme Luther, mais quelle intention ont les évêques lorsqu’ils consacrent cet évêque, Mgr Daneels 83 ?

C’est effrayant… Est-ce que cet évêque est vraiment consacré ? On peut quand même en douter. Si c’est cela l’intention des consécrateurs, c’est inimaginable ! La situation est encore plus grave qu’on ne le croit 84.

Il faudrait examiner chaque cas. Devant la difficulté de la chose, l’usage semble prévaloir chez les traditionalistes de réordonner sous condition les prêtres issus de l’Église conciliaire qui reviennent à la Tradition. Cette mesure de prudence ne peut évidemment pas infirmer la conclusion de notre étude sur la validité du nouveau rituel en lui-même

83 — Mgr LEFEBVRE, conférence à Nantes, le 5 février 1983.

84 — Mgr LEFEBVRE, conférence à Écône, le 28 octobre 1988.


Solution des difficultés

Défaut de forme (1)


Il est clair que la nouvelle forme n’a rien de commun avec l’ancienne forme, puisque le nouveau rituel ne reprend pas la tradition de l’Église romaine, mais une tradition orientale.

Le pape Pie XII, dans sa constitution apostolique Sacramentum ordinis du 30 novembre 1947, a défini quelle était la forme de l’ordination dans le rite romain. Il n’a évidemment pas eu l’intention de déclarer nulles les formes du sacrement dans les rites orientaux.

L’expression « Spiritus principalis », pour désigner la grâce de l’épiscopat, se retrouve dans les deux rites que nous avons mis en parallèle avec la forme de Paul VI, mais aussi dans d’autres rites orientaux 85.

Voici comment Dom Botte l’expliquait :

L’expression « Spiritus principalis », employée dans la formule de l’ordination épiscopale, soulève quelques difficultés et donne lieu à des traductions diverses dans les projets de version en langues modernes. La question peut être résolue à condition d’employer une saine méthode.

Il y a en effet deux problèmes qu’il ne faut pas confondre. Le premier, c’est celui du sens de l’expression dans le texte original du psaume 50. C’est l’affaire des exégètes et des hébraïsants. Le second, c’est celui du sens de l’expression dans la prière du sacre, qui n’est pas nécessairement lié au premier. Supposer que les mots n’ont pas changé de sens après douze siè-cles est une erreur de méthode. Elle est d’autant plus grave ici que l’expression est isolée de son contexte psalmique. Rien n’indique que l’auteur de la prière ait songé à rapprocher la situation de l’évêque de celle de David. L’expression a, pour un chrétien du IIIe siècle, un sens théologi-que qui n’a rien de commun avec ce que pouvait penser un roi de Juda douze siècles plus tôt. Supposons même que principalis soit un contresens, cela n’a aucune importance ici. Le seul problème qui se pose est de savoir quel sens l’auteur de la prière a donné à l’expression.

La solution doit être cherchée dans deux directions : le contexte de la prière et l’usage de hègemonicos [le mot grec correspondant au mot latin principalis] dans la langue chrétienne du IIIe siècle. Il est évident que l’Esprit désigne la personne de l’Esprit-Saint. Tout le contexte l’indique : tout le monde garde le silence à cause de la descente de l’Esprit. La vraie

85 — Par exemple pour la consécration du patriarche d’Alexandrie (« effunde super eum in spiritu tuo hegemonico scientiam tuam »), de l’évêque syrien (« mitte super servum tuum istum Spiritum tuum Sanctum et principalem ») et du métropolitain maronite (« effunde virtutem præfecturæ Spiritus tui super hunc famulum tuum ») : Henricus DENZINGER, Ritus orientalium coptorum, syrorum et armenorum in administrandis sacramentis, t. 2, p. 48, 97 et 200.

question est celle-ci : pourquoi, parmi les épithètes qui pouvaient convenir, a-t-on choisi principalis ? Il faut ici élargir un peu la recherche.

Les trois ordres comportent un don de l’Esprit, mais il n’est pas le même pour tous. Pour l’évêque, c’est le Spiritus principalis ; pour les prê-tres, qui sont le conseil de l’évêque, c’est le Spiritus consilii ; pour le diacre, qui est le bras droit de l’évêque, c’est le Spiritus zeli et sollicitudinis. Il est évident que ces distinctions sont faites selon les fonctions de chaque ministre. Il est donc clair que principalis doit être mis en relation avec les fonc-tions spécifiques de l’évêque. Il suffit de relire la prière pour s’en convain-cre.

L’auteur part de la typologie de l’ancien Testament : Dieu n’a jamais laissé son peuple sans chef, ni son sanctuaire sans ministre ; il en est de même pour le nouvel Israël, l’Église. L’évêque est à la fois le chef qui doit gouverner le nouveau peuple, et le grand-prêtre du nouveau sanctuaire qui est établi en tout lieu. L’évêque est le chef de l’Église. Dès lors, le choix du terme hègemonicos se comprend : c’est le don de l’Esprit qui convient à un chef. La meilleure traduction française serait peut-être : l’Esprit d’autorité. Mais, quelle que soit la traduction adoptée, le sens paraît certain. Cela avait été excellemment démontré par un article du père J. Lécuyer :

Épiscopat et presbytérat dans les écrits d’Hippolyte de Rome », Rech. sciences relig. 41 (1953) 30-50 86.

On peut conclure : la formule est certainement valide, car elle est utilisée depuis la plus haute antiquité dans de nombreux rites orientaux ; son sens est : le don du Saint-Esprit qui crée l’évêque 87.

Remarquons au passage que cela détruit l’objection de Rore sanctifica (p. 86) qui prétend que la forme essentielle contient une hérésie monophysite, une hérésie « anti-filioque », une hérésie anti-trinitaire, et qu’elle est kabbaliste et gnostique (excusez du peu…), car elle affirmerait que le Fils reçoit du Père le Saint-Esprit à un moment de sa vie. En réalité, il s’agit ici d’un don du Saint-Esprit, accordé à la nature humaine de Notre- Seigneur. Ce don (créé) est conféré par les trois personnes divines, comme toute œuvre extérieure à la Trinité, mais il est attribué au Père (voir Jc 1, 17), selon les règles tout à fait classiques et catholiques de l’appropriation

86 — Dom Bernard BOTTE O.S.B., « “Spiritus principalis” (formule de l’ordination épiscopale) », Notitiæ 10 (1974), p. 410-411.

87 — Les dons du Saint-Esprit dans la sainte Écriture sont appelés « spiritus ». Voir Is 11, 2 : « spiritus sapientiæ et intellectus, spiritus consilii et fortitudinis, … » désignent les sept dons du Saint-Esprit.


Défaut de forme (2)

La prière consécratoire de l’évêque chez les syriens d’Antioche que donne le Dr Coomaraswamy est effectivement fort différente de celle du rituel de Paul VI 88.

Mais ce n’est pas à cette prière que se réfère la constitution apostolique Pontificalis Romani approuvant le nouveau rite. Comme nous l’avons expliqué, il fallait comparer le nouveau rite avec le rite de consécration du patriarche maronite. Le Dr a simplement confondu deux rites.

Par ailleurs, le Dr Coomaraswamy n’a pas pris la peine de regarder le rite copte, le deuxième rite auquel se référait Paul VI. Comme nous le faisions remarquer à un « coomaraswamiste », il nous fut répondu que le rite copte était fort proche du rite syrien et que cela ne pouvait pas modifier la démons-tration.

Cela vaut un double zéro, et suffit à montrer que le travail des

coomaraswamistes », même s’il peut impressionner (notamment par son volume), est en réalité sans valeur.

Défaut de forme (3)

L’utilisation de la forme dans deux rites orientaux certainement valides assure sa validité. La difficulté posée par l’objectant ne peut mettre en cause le fait de la validité, mais demande une explication sur le « comment » de cette validité.

Pour répondre à la difficulté, on peut proposer deux solutions :

Soit la désignation du pouvoir épiscopal par une de ses propriétés (la capacité de recevoir la juridiction 89) est suffisamment claire ; dans ce cas la partie essentielle suffit 90.

88 — Cela dit, même la prière de consécration de l’évêque en rite maronite contient l’expression « Spiritus principalis » dans la partie essentielle, du moins dans la traduction donnée par Henri Denzinger, qui utilise la version de Renaudot sur un manuscrit de Florence : « Mitte super servum tuum istum Spiritum tuum Sanctum et principalem… » (Ritus orientalium, t. 2, p. 97). Le Dr Coomaraswamy donne la traduction du Pontifical des syriens d’Antioche, 2e partie, Sharfe, Liban, 1952, p. 204 -205 : « Envoyez sur votre serviteur que voici votre souffle saint et spirituel… » (Le Drame anglican… p. 49). Il semble qu’il y ait des variantes dans le rite syriaque.

89 — Comme nous l’avons dit dans l’introduction, nous nous plaçons dans l’hypothèse la plus défavorable pour la validité du nouveau rite, à savoir la sacramentalité de l’épiscopat.

90 — Dans l’extrême-onction, la forme du sacrement est une prière pour obtenir le pardon des péchés commis par les divers sens et les divers organes. Ce n’est pas là l’essence du sacrement (laquelle est une grâce qui fortifie l’âme pour le moment de la mort), mais une propriété.


Soit la partie essentielle, insuffisamment déterminée, est précisée par le contexte, notamment par l’expression « summum sacerdotium » qui se trouve après. Nous serions dans le cas de la « significatio ex adjunctis » : une forme mal déterminée en son sens est précisée par les prières et les rites qui l’accompagnent. Ainsi dans la messe traditionnelle, l’offertoire précise l’aspect propitiatoire de la messe, et sa suppression dans le nouveau rite est une grave omission.

Il faut toutefois remarquer que le rite copte ne mentionne nulle part le

souverain sacerdoce », que ce soit d’une manière ou d’une autre. Il est fait seulement mention indirecte du pouvoir d’ordre au degré suprême dans l’expression : « Qu’il ait le pouvoir […] de constituer des clercs selon son commandement pour le sanctuaire (ut sit ipsi potestas […] constituendi cleros secundum mandatum ejus ad sanctuarium. »)

Défaut de forme (4)

Ce qui compte dans la forme, c’est sa signification. Or, il est clair que les diverses modifications introduites ne changent pas la signification.

— « Spiritum principalem », à l’accusatif, désigne un don du Saint-Esprit, comme nous l’avons expliqué plus haut. Ce qui explique qu’on puisse trouver le mot Spiritus au génitif (c’est alors la personne qui donne), comme dans le texte latin de la Tradition apostolique, ou à l’accusatif (c’est alors le don) comme dans les Canons d’Hippolyte, qui portent « tribuens virtutem tuam et spiritum efficacem », et comme dans le nouveau rite.

— il est vraiment puéril de penser que l’ajout de « super hunc electum » change le sens de la formule. D’ailleurs on retrouve une formule analogue dans la formule de consécration du métropolitain maronite 91.

D’une façon générale, quand on compare les divers rites, on voit que les différences sont importantes. Cela prouve que Notre-Seigneur n’a pas donné la forme avec une grande précision, comme il l’a fait pour le baptême ou pour

91 — Voir Dom Paul CAGIN, L’Anaphore apostolique, p. 280 : « super hunc famulum tuum ». Dans plusieurs autres rites, on a « super eum ». — Rore sanctifica soupçonne que l’emploi du mot « electus » est une allusion au manichéisme : « Or, étant donné la nature gnostique du système dont relève cette forme, il est permis, au nom de ce contexte, de s’interroger si le rite d’ordination épiscopale de Paul VI ne serait pas un rite conférant des pouvoirs à un élu manichéen ? » (Rore sanctifica, p. 98) : c’est proprement ridicule. L’emploi du mot « electus » est constant dans les rites d’ordination depuis les textes les plus anciens : il suffit de se reporter à la page 22 de Rore sanctifica pour voir qu’il est employé dans un texte que Rore sanctifica date d’avant l’an 300. — Quant à l’objection sur l’emploi de « Filius » au lieu de puer » (voir la note 10, p. 77), on peut répondre simplement que le mot grec pai`~, « puer », a été traduit par « filius » dans la version latine et dans … la traduction de Ludolf de la version éthiopienne : voir Dom Paul CAGIN, L’Anaphore apostolique, p. 275. Rore sanctifica ne donne pas même sa source. Ce n’est pas un travail sérieux.

l’eucharistie (où les diverses formules sont très semblables). Il a laissé une certaine marge à son Église, et il est futile d’ergoter sur des changements mineurs qui n’affectent pas la signification.

Défaut de matière

Le nouveau rite affirme nettement que la matière du sacrement est l’imposition des mains : « Enfin dans l’ordination de l’évêque, la matière est l’imposition des mains par les évêques consécrateurs, ou au moins par le consécrateur principal, faite en silence sur la tête de l’élu avant la prière consé-cratoire 92. »

Voyons maintenant le point qui fait difficulté : l’imposition des Évangiles qui se fait sur la tête, entre l’imposition des mains et la prière consécratoire.

Dans la deuxième édition du Pontifical (1990), il a été ajouté des prænotanda assez abondants. Une explication est donnée du rite d’imposition des Évangiles au nº 26 :

Par l’imposition du livre des Évangiles sur la tête de l’ordinand pen-dant la prière d’ordination, et par sa tradition dans les mains de l’ordonné, on met en lumière la prédication fidèle de l’Évangile comme une charge principale de l’évêque.

Commençons par voir comment les réformateurs expliquent le changement qu’ils ont opéré. La Maison-Dieu a publié en 1969 un numéro sur les « Les nouveaux rituels du baptême des enfants et des ordinations », dans lequel on lit :

La première addition fut l’imposition du livre des Évangiles durant la prière d’ordination. C’était un usage ancien dans le patriarcat d’Antioche. Il est difficile de dire quand il s’introduisit à Rome, mais il fut pratiqué pour l’ordination du pape au témoignage du Liber diurnus 93 : deux diacres tenaient l’Évangile ouvert sur la tête du candidat. Le même rite fut intro-duit en Gaule, sous l’influence des Statuta ecclesiæ antiqua 94, mais avec une

variante : l’Évangile n’était plus tenu par deux diacres, mais par deux évêques 95.

92 — PAUL VI, constitution apostolique Pontificalis Romani, 18 juin 1968. Cela est affirmé aussi dans les rubriques. Par exemple, dans l’édition de 1990, au nº 25 : « Par l’imposition des mains des évêques et par la prière d’ordination, le don du Saint-Esprit est donné à l’élu pour sa charge épiscopale. »

93 — Le Liber diurnus est un recueil de formules de la chancellerie romaine. Le rituel d’ordination du pape qu’il contient a été repris dans la collection des Ordines romani édités par M. Andrieu sous deux formes XL A et XL B. La plus ancienne remonte probablement au VIe siècle. [Note de Dom Botte.]

94 — Les Statuta sont un recueil apocryphe composé en Gaule vers la fin du Ve siècle, probablement par Gennadius de Marseille ; voir C. MUNIER Les Statuta ecclesiae antiqua, Paris, 1960. [Note de Dom Botte.]

95La Maison-Dieu 98, 2e trimestre 1969, p. 113
.

Voici le texte du Liber diurnus donné par la Patrologie de Migne 96 :

Post litaniam ascendunt ad sedem, simul episcopi et presbyteri. Tunc episcopus Albanensis dat orationem primam : deinde episcopus Portuensis dat orationem secundam : postmodum adducuntur Evangelia, et aperiuntur, et tenentur super caput electi a diaconibus. Tunc episcopus Ostiensis consecrat eum pontificem.

Après les litanies, les évêques et les prêtres montent ensemble au siège. Alors l’évêque d’Albano dit la première prière 97 ; puis l’évêque de Porto la seconde 98 ; puis on apporte les Évangiles 99, on les ouvre, et ils sont tenus sur la tête de l’élu par les diacres. Alors l’évêque d’Ostie le consacre pontife 100.

Puisque la seconde prière se dit après l’imposition des mains, on voit que l’imposition des Évangiles avait lieu entre l’imposition des mains et la prière consécratoire 101.

Quant au texte des Statuta Ecclesiæ Antiqua, le voici :

Episcopus cum ordinatur, duo episcopi ponant et teneant evangeliorum codicem super cervicem eius et uno super eum fundente benedictionem, reliqui omnes episcopi qui adsunt, manibus suis caput eius tangant.

Lorsqu’un évêque est ordonné, que deux évêques posent et tiennent le livre des Évangiles sur sa nuque, et tandis qu’un prononce sur lui la béné-diction, que les autres évêques présents touchent sa tête avec leurs mains 102.

Dom Botte, dans l’article de La Maison-Dieu déjà cité, ajoutait encore à ce propos :

96Liber diurnus romanorum pontificum, titre VIII (Ritus ordinandi pontificis), PL 105, 38D-

39A.

97Adesto supplicationibus nostris omnipotens Deus, etc. Dans le Pontifical de 1962, cette prière se dit avant les litanies. C’était déjà le cas dans le Pontifical romain au XIII e siècle, antérieur à Durand de Mende (Le Pontifical de la Curie romaine au XIIIe siècle, « sources liturgiques » 4, Cerf, Paris, 2004, p. 80. (NDLR.)

98Propitiare, Domine, supplicationibus nostris , etc. Dans le Pontifical de 1962, cette prière se dit après l’imposition des mains, juste avant la prière consécratoire. C’était déjà le cas dans le Pontifical romain au XIIIe siècle (ibid., p. 82.) (NDLR.)

99 — Migne indique en note : « Dans l’ordination de l’évêque, l’Ordo romanus dit que les Évangiles sont tenus sur la tête de l’élu non par les diacres, mais par les évêques. »

100 — La prière commence par les mots : « Deus honorum omnium ». La prière consécratoire actuelle : « Deus honor omnium ». Il est dit qu’il faut ajouter une formule propre au pape dans la phrase : « Et idcirco famulo tuo N. quem ad summi sacerdotii ministerium elegisti, hanc, quæsumus, Domine, gratiam largiaris » et cette phrase se trouve mot pour mot dans le rituel de 1962. Ceci confirme que la prière de consécration du rituel romain est très ancienne, puisque le Liber diurnus est daté du VIIe ou VIIIe siècle, et reprend des formulaires de saint Gélase (492-496) et de saint Grégoire le Grand (590-604).

101 — Voir les notes précédentes (notamment la note 97).

102 — Charles MUNIER, Les Statuta Ecclesiæ Antiqua, PUF, 1958, p. 95.


L’imposition des mains est suivie de l’expansion du livre des Évangiles sur la tête ou les épaules de l’élu 103. Comme je l’ai dit plus haut, ce geste est attesté très anciennement en Syrie. Il s’est introduit à Rome pour l’ordination du pape, puis a été généralisé en Gaule par les Statuta ecclesiæ antiqua, mais selon ceux-ci l’évangéliaire devait être tenu par deux évê-ques. On est revenu à la tradition ancienne : l’évangéliaire est tenu par deux diacres. Quant au sens du geste, il n’est donné par aucune formule. Seul le rite byzantin fournit une explication : l’évêque doit se soumettre au

joug de l’Évangile. C’est le seul commentaire autorisé que nous ayons, et il est cohérent 104.

Dans une étude parue en 1957, Dom Botte disait :

Aucune formule ne souligne la signification du rite. Le Pontifical fait imposer le livre super cervicem et scapulas [sur la nuque et les épaules] ; mais les documents anciens le font imposer sur la tête. […]

[Ce rite] représente certainement un usage réel de l’Église d’Antioche, car saint Jean Chrysostome y fait allusion et, plus tard, le Pseudo-Denys. Il se retrouve dans tous les rites de type syrien 105.

De fait, ce rite est commun dans les rites syriens actuellement en vigueur. Nous l’avons trouvé dans les rites suivants : ordination des évêques syriens (selon Morin 106 et selon Renaudot 107), ordination du patriarche maronite 108, ordination de l’évêque et du métropolite maronite 109.

En résumé, l’imposition des mains sur la tête de l’ordinand pendant la consé-cration épiscopale est une pratique qui existe encore actuellement dans les rites orientaux, et qui s’est pratiquée à Rome autrefois.

L’imposition de l’évangéliaire située entre l’imposition des mains et la prière consécratoire est attestée à Rome dans le Liber diurnus 110.

103 — Les coomaraswamistes ont cru voir un début de prise en considération de leurs réclamations dans le fait que, dans une ordination épiscopale récente, l’imposition des Évangiles a été faite sur les épaules et non sur la tête. On voit que cette variante est admise par Dom Botte dès 1969.
La Maison-Dieu, 98, 2e trimestre 1969, p. 119.
— B. BOTTE O.S.B., « L’ordre d’après les prières d’ordination », dans Études sur le sacrement de l’ordre, Paris, Cerf, coll. « Lex Orandi » 22, 1957, p. 20 et 22.
— DENZINGER, Ritus Orientalium, t. 2, p. 75.
— DENZINGER, Ritus Orientalium, t. 2, p. 97.
— DENZINGER, Ritus Orientalium, t. 2, p. 219-220.
— DENZINGER, Ritus Orientalium, t. 2, p. 199.
— Dans tous les schémas préparatoires du nouveau rituel, jusqu’au schéma 270 du 1er février 1968, l’imposition de l’évangéliaire avait lieu avant l’imposition des mains, comme dans le rite ancien. Dans le texte promulgué par Rome le 18 juin, l’imposition de l’évangéliaire avait lieu après l’imposition des mains. Aucune explication n’a été donnée de ce changement. Dom Botte ne l’a pas proposé, mais il l’a admis, puisqu’il en parle comme d’une chose naturelle dans son article La Maison-Dieu 98, paru l’année suivante. — A notre avis, c’est une question purement pratique : il est difficile d’imposer les mains sur le candidat quand l’évangéliaire est placé sur sa tête… Pour remédier à la difficulté, les rituels orientaux prévoient tout un système d’élévation et de descente de l’évangéliaire. On aura trouvé plus simple de placer l’imposition de l’évangéliaire après l’imposition des mains, comme c’était déjà le cas dans le Liber diurnus.
— Pie XII, constitution apostolique Sacramentum ordinis, DS 3860.
— C’est l’explication donnée par M. Metzger dans Les Constitutions Apostoliques II (livres III-VI), SC nº 329, Introduction, texte critique, traduction et notes par Marcel METZGER, p. 78-79 [dans l’Introduction]. C’est comme cela qu’il explique que dans les Constitutions Apostoliques il ne soit pas fait mention « d’une imposition des mains, mais d’un geste de même portée et dont on peut penser qu’il en est comme une extension : les diacres tiennent les Évangiles ouverts sur la tête de l’ordinand (VIII, 4, 6) au moment de la prière d’ordination. »

— Selon un texte de Sévérien de Gabala (IVe-Ve siècle) : « La présence des langues sur leurs têtes [des Apôtres] est donc le signe d’une ordination. En effet, comme la coutume l’exige jusqu’à nos jours, puisque la descente du Saint-Esprit est invisible, on impose sur la tête de celui qui doit être ordonné grand-prêtre le livre des Évangiles ; et quand on fait cette imposition, il n’y faut voir rien d’autre qu’une langue de feu qui repose sur la tête ; une langue à cause de la prédication de l’Évangile ; une langue de feu à cause des paroles : Je suis venu jeter le feu sur la terre. » (Traduction de J. LÉCUYER, Note sur la liturgie du sacre des évêques, dans Ephemerides liturgicae, t. 66, 1952, p. 370). —Remarquons que dans le rite traditionnel, l’imposition des mains est accompagnée de la prière « accipe Spiritum Sanctum (reçois le Saint-Esprit) ». (Pontificale Romanum, 1962, p. 69.)

— C’est le sens donné dans le rite romain traditionnel, déjà connu de saint Jean Chrysostome : « C’est pour cela que, dans l’Église aussi, au cours des ordinations des prêtres, on place le livre de l’Évangile sur la tête de celui qui est ordonné ; afin qu’il apprenne aussi que, bien qu’il soit la tête de tous, il est pourtant soumis à ces lois ; commandant à tous, mais commandé lui-même par la Loi ; légiférant sur tout, mais légiféré lui-même par la parole (de Dieu)… Par conséquent l’imposition de l’Évangile sur le grand-prêtre signifie qu’il est soumis à une autorité. » (P. G., t. 54, col. 404.)


Comment expliquer que cette imposition ne rompt pas l’unité entre la matière et la forme ? Voici deux justifications qu’on peut donner de ce fait (chacune d’elle suffit) :

L’imposition de l’Évangile ne rompt pas l’unité morale entre l’imposition des mains et la prière consécratoire.

Il faut se rappeler que l’union entre la matière et la forme d’un sacrement est une union morale (ils concourent à signifier la même chose) et non pas une union physique (comme l’âme et le corps dans un homme). Il peut donc y avoir un décalage dans le temps entre les deux, du moment que la forme vient clai-rement s’appliquer à la matière. Ainsi dans le sacrement de pénitence, un certain temps peut s’écouler entre la confession et l’absolution.

De même dans le rite romain traditionnel d’ordination des prêtres, la matière est la première imposition des mains qui se fait en silence, tandis que la forme est la prière consécratoire qui a lieu un certain temps après 111. Entre les deux est intercalée l’oraison au Saint-Esprit, faite les mains jointes.

Quel que soit le sens qu’on donne au rite d’imposition de l’Évangile dans le nouveau rite (extension de l’imposition des mains 112, envoi du Saint-Esprit 113, soumission au joug de l’Évangile 114, munus prædicandi confié à l’évêque 115), ilnest clair qu’il s’intègre dans une cérémonie d’ordination d’un évêque et ne manifeste pas une intention d’interrompre la collation du sacrement : cela est d’autant plus évident que, dans le rite ancien, l’évangéliaire est maintenu sur la nuque de l’élu pendant toute la préface consécratoire.

L’évêque consacrant éleve les mains au début de la prière consécratoire : cela équivaut à une imposition des mains, puisque le contact moral suffit pour conférer validement le sacrement 116.

Quant au fait que l’ordinant, dans le nouveau rite, doit joindre les mains en disant les paroles essentielles du rite (aucune explication n’est donnée), on peut le regretter, mais cela n’empêche certainement pas la validité du rite : dans le rite traditionnel, seul le consécrateur principal avait les mains étendues

ce moment 117. Or il est certain que les co-consécrateurs consacraient validement.

Défaut d’intention (1)

Nulle part nous n’avons vu que le nouveau rite ait été fait dans une pers-pective d’œcuménisme avec les anglicans.

L’argument « œcuménique » visait les orientaux. Relisons le texte de Dom Botte :

Si je m’étais arrêté à ce texte [de la Tradition apostolique], ce n’était pas parce que je venais d’en faire une édition critique, mais parce que, en étu-diant les rites orientaux, j’avais constaté que la formule était toujours vivante sous des formes plus évoluées. Ainsi dans le rite syrien, la prière pour l’ordination du patriarche n’était autre que celle du Testament de Notre-Seigneur, remaniement de la Tradition apostolique. De même dans le rite copte, la prière pour l’ordination de l’évêque est proche de celle des Constitutions apostoliques, autre remaniement du texte d’Hippolyte. On retrouvait partout les idées essentielles de la Tradition apostolique. En repre-nant le vieux texte dans le rite romain, on affirmerait l’unité de vue de

115 — La charge de prêcher, comme l’insinue la rubrique 26 des prænotanda de la deuxième édition du Pontifical (voir ci-dessus).

116 — « Pour prévenir toute occasion de doute, Nous ordonnons que dans la collation de chaque ordre, l’imposition des mains se fasse en touchant physiquement la tête de l’ordinand, bien que le contact moral suffise aussi pour conférer validement le sacrement. » (PIE XII, constitution apostolique Sacramentum ordinis, DS 3861.) — Quant à prétendre que l’imposition de l’Évangile sur la tête de l’élu empêcherait le contact moral entre la main de l’officiant et la tête de l’élu, il suffit de faire remarquer qu’un prêtre qui oublie d’ouvrir un ciboire consacre validement, ou encore qu’on peut absoudre à travers une cloison opaque, etc.

117Consécration des Évêques, Angers, Richer, 1920, p. 52 : « Étendant seul les mains sur l’élu, le consécrateur continue [et dit la prière consécratoire]. »


l’Orient et de l’Occident sur l’épiscopat. C’était un argument œcuménique.

Il fut décisif 118.

Nous sommes dans une situation bien différente de celle de la nouvelle messe, dans laquelle nous voyons clairement affichée par les réformateurs une volonté d’œcuménisme avec les protestants qui participent à l’élaboration du nouveau rite. Un tel rapprochement et une telle collaboration avec des héréti-ques étaient un danger pour l’orthodoxie de la foi, et, de fait, ont abouti à une nouvelle messe qui est « favens hæresim » (favorisant l’hérésie).

Ici, il s’agit d’un rapprochement avec des rites qui sont utilisés en Orient tant par les catholiques que par les schismatiques. Le fait de vouloir se rappro-cher de ces rites ne manifeste a priori aucune intention dangereuse pour la foi. Et, de fait, le nouveau rite ne mérite pas le qualificatif de « favens hæresim », même si, par ailleurs, on peut avoir des raisons valables de le refuser 119.

S’il se trouve que des anglicans ont adopté (ad libitum) une liturgie semblable à celle de Paul VI, on peut en fournir diverses explications :
les anglicans peuvent douter de leur rite (même s’ils ont corrigé le rite déclaré invalide par Léon XIII), et par conséquent avoir le désir de recourir à un rite certainement valide.

comme il leur serait humiliant de reprendre le rite de l’Église romaine qu’ils ont rejeté, c’est pour eux une solution peu compromettante de prendre un rite inspiré de la Tradition apostolique dont on sait qu’il est valide du fait de son utilisation dans des rites orientaux.

ce nouveau rite étant moins explicite que le rite romain anté conciliaire (auquel, au cours des âges, des ajouts ont été faits pour préciser la vraie nature de l’épiscopat contre les erreurs), il leur est plus facile de l’accommoder à leurs idées, quitte à lui faire subir quelques modifications. Un exemple d’accueil favorable est donné dans cette lettre de Oscar Cullman à l’abbé Bruno Klein-heyer, datée du 19 mars 1968, après la première consécration épiscopale dans le nouveau rite, celle de Mgr Hänggi, évêque de Bâle : « Je considère que l’ordination à l’occasion de la consécration de Mgr Hänggi est un très beau fruit des efforts du Concile en matière de liturgie. En tant que protestant, je peux dire seulement que je pouvais participer complètement à cette liturgie (mis à part quelques passages) et que celle-ci pourrait être aussi un exemple pour l’investiture de ministres protestants de l’Église 120. »

Par conséquent, rien ne permet d’affirmer que la Rome conciliaire a adopté ce nouveau rite parce qu’elle partagerait les idées des anglicans sur l’épiscopat

— B. BOTTE O.S.B., Le Mouvement liturgique, p. 167-168.

— Voir ce que nous avons dit à la fin de la « Réponse à la question », p. 105.
— Archives du Deutsches Liturgisches Institut (Trèves), fond Kleinheyer, B 130. Traduction par nos soins.


et leur intention non catholique, même si le nouveau rite est plus facilement acceptable par les protestants que l’ancien.

Défaut d’intention (2)

Le point de doctrine le plus contestable du concile Vatican II – concernant l’épiscopat – est la collégialité. On sait que Paul VI lui-même fut obligé d’insérer une nota explicativa prævia (note explicative préliminaire) 121 à la constitution dogmatique sur l’Église afin d’éviter une interprétation hétéro-doxe du texte conciliaire.

Voici le passage de cette note qui nous concerne spécialement :

On devient membre du collège en vertu de la consécration épiscopale et par la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres (voir n° 22, § 2 à la fin). Dans la consécration est donnée la participation ontologique aux fonctions (munera) sacrées comme il ressort de façon indubi-table de la Tradition et aussi de la tradition liturgique. De propos délibéré on emploie le terme de fonctions (munera) et non pas celui de pouvoir (potes-tas), parce que ce dernier pourrait s’entendre d’un pouvoir apte à s’exercer en acte. Mais pour qu’un tel pouvoir apte à s’exercer existe, doit intervenir la détermination canonique ou juridique de la part de l’autorité hiérarchique. Cette détermination du pouvoir peut consister dans la concession particu-lière d’une fonction ou dans l’assignation de sujets, et elle est donnée selon les normes approuvées par l’autorité suprême. Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doi-vent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique. Il est évident que cette « communion » a été appliquée dans la vie de l’Église suivant les circonstances des temps avant d’avoir été comme codifiée dans le droit. — C’est pourquoi on dit expressément qu’est requise la communion hiérarchique avec le chef et les membres de l’Église. La communion est une notion tenue en grand honneur dans l’ancienne Église (comme aujourd’hui encore, notamment en Orient). On ne l’entend pas de quelque vague sentiment, mais d’une réalité organi-que, qui exige une forme juridique et est animée en même temps par la charité. Aussi, d’un consentement presque unanime, la commission a-t-elle décidé qu’il fallait écrire : « En communion hiérarchique » (voir modus 40 et aussi ce qui est dit de la mission canonique au n° 24). Les documents des souverains pontifes récents au sujet de la juridiction des évêques doivent être interprétés d’après cette détermination nécessaire des pouvoirs. » 122.

121 — Curieusement cette note préliminaire est publiée à la suite de la constitution Lumen gentium dans l’édition du Centurion (1965).
Documents conciliaires, t. I, Éditions du Centurion, Paris, 1965, p. 119-120.


Dans le Concile, la collégialité est enseignée dans la constitution dogmati-que Lumen gentium au nº 22 et 23. Ces paragraphes ne sont pas cités dans la constitution apostolique Pontificalis Romani du 18 juin 1968 promulguant le nouveau rite, ni dans les rubriques de la première édition (1968). La deuxième édition (1990), qui contient des rubriques beaucoup plus développées, se réfère à la collégialité de Lumen gentium dans les passages suivants des præno-tanda :

Nº 12 : Par le moyen de l’ordination épiscopale et de la communion hiérarchique avec la tête du collège et avec ses membres, on est constitué membre du collège épiscopal.

L’ordre des évêques succède au collège des Apôtres dans le magistère et le gouvernement pastoral ; bien plus, le corps apostolique se perpétue en lui 123. En effet, les évêques « en tant que successeurs des Apôtres, reçoi-vent du Seigneur, à qui tout pouvoir a été donné dans le ciel et sur la terre, la mission d’enseigner toutes les nations et de prêcher l’Évangile à toute créature, afin que tous les hommes, par la foi, le baptême et l’accomplissement des commandements, obtiennent le salut (voir Mt 28, 124 ; le collège épiscopal réuni sous l’unique tête du pontife romain, suc-cesseur de Pierre, exprime l’unité, la variété et l’universalité du troupeau du Christ 125.

Dans le nouveau rite de consécration lui-même, il est question de la collé-gialité dans l’allocution du consécrateur :

Au sein de l’Église catholique, qui tient dans l’unité par le lien de la charité, n’oubliez jamais que vous êtes membre du collège épiscopal : c’est pourquoi vous devez avoir le souci de toutes les Églises et apporter volon-tiers votre aide à celles qui en ont besoin.

Les erreurs propres de la collégialité (l’affirmation d’un deuxième pouvoir suprême dans l’Église ou l’existence d’un réel pouvoir de juridiction avant même la mission canonique) ne sont pas exprimées dans ces passages. Il n’y a donc pas de preuve qu’on a voulu modifier le rite avec l’intention de faire autre chose que ce que l’Église a toujours fait en ordonnant des évêques.

Toutefois, on pourrait dire que la volonté d’affirmer la doctrine de Vati-can II sur l’épiscopat constitue un motif supplémentaire de refuser ce nouveau rite : sans en nier la validité, on peut en nier la légitimité.

123 — Voir Lumen gentium, nº 22.

124 — Voir Lumen gentium, nº 24.

125 — Voir Lumen gentium, nº 22.


Réponses aux arguments en sens contraire

Comme nous l’avons signalé en donnant ces arguments, ils ne sont pas sans reproche.

Il n’y a pas de preuve que Mgr Lefebvre ait étudié personnellement la réforme de l’ordination épiscopale.

Un ancien séminariste a même prétendu que Mgr Lefebvre aurait été trompé par un faux rapport qui lui aurait présenté la réforme de Paul VI comme conforme aux rites orientaux.

De fait, il est possible qu’on ait montré à Mgr Lefebvre la ressemblance entre le rite de Paul VI et les rites orientaux, mais en cela il n’y a pas de trom-perie. L’ancien séminariste dont nous parlons a lui-même été trompé par R. Coomarswamy et n’a pas noté cette ressemblance.

En conséquence on ne peut pas tirer grand chose de ce silence de Mgr Lefebvre, sinon une certaine probabilité : il est vraisemblable que, si le nouveau rite était certainement invalide, comme l’affirment certains

coomaraswamistes », la Providence n’aurait pas permis qu’un fait d’une telle importance échappât à celui qui a été manifestement suscité de Dieu pour guider les catholiques fidèles dans ce temps de confusion.

Du fait que la réforme ait été examinée par la commission du Saint-Office alors que le cardinal Ottaviani en était le préfet, on ne saurait non plus tirer un argument définitif.

D’une part, nous l’avons vu, Dom Botte s’est arrangé pour que le représentant du Saint-Office soit écarté des réunions de la commission d’examen.

D’autre part, il faut se rappeler que le cardinal Ottaviani a perdu la vue dans les derniers temps de sa charge. C’est sans doute la raison pour laquelle il a commencé par « laisser passer » la nouvelle messe. Il a fallu que Mgr Lefebvre vienne le voir et insiste pour obtenir qu’il revienne sur sa décision et signe le Bref examen critique.

De même que pour la nouvelle messe, le cardinal Ottaviani aurait pu lais-ser passer d’éventuelles déficiences du nouveau rite de consécration des évê-ques.

Sans doute si le nouveau rite était systématiquement invalide, l’Église catholique serait dans un piteux état. Toutefois elle ne serait pas sans aucune hiérarchie.

En effet il resterait les évêques de rites orientaux qui continueraient de bénéficier d’une ordination valide.

Et dans l’Église romaine, il resterait les évêques de la Tradition et – pour combien de temps ? – quelques vieux évêques ordonnés selon l’ancien rite, tous évêques non résidentiels.

L’Église, si le nouveau rite était invalide, ne serait pas absolument sans hiérarchie : toutefois il y aurait une déficience quasi totale de la hiérarchie dans l’Église romaine ce qui semble difficilement compatible avec l’assistance spé-ciale de la Providence sur cette Église, mère et maîtresse de toutes les Églises.

*

Conclusion

Nous pensons avoir montré que les raisons de douter de la validité du nouveau rite de l’ordination épiscopale, tel qu’il a été promulgué par Rome en 1968, n’ont rien de sérieux.

Par ailleurs, on ne saurait remettre en cause la validité de ce nouveau rite sans remettre en cause la validité de plusieurs rites orientaux reconnus depuis toujours dans l’Église.

Cela dit, comme nous le notions à la fin de la « Réponse à la question » (p. 105), si le nouveau rite « en soi » est valide, il est fort possible que dans cer-tains cas particuliers, suite à de mauvaises traductions, ou à une adaptation du rite qui s’éloignerait grandement de l’original, ou encore à un défaut d’intention du célébrant, nous ayons dans tel ou tel cas une cérémonie inva-lide.

Annexes

Annexe 1

Les textes de la prière consécratoire

Avant 1968
*
— D’après la traduction donnée dans : Consécration des Évêques, Angers, Richer, 1920.

Il est vraiment digne, juste, équitable et salutaire de te rendre grâces, partout et toujours, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, honneur de toutes les dignités qui par les saints ordres servent ta gloire, ô Dieu qui, dans l’inspiration de secrets entretiens familiers, as, entre autres enseignements visant le culte divin, chargé Moïse de régler le vêtement sacerdotal, et as ordonné ensuite que ton élu Aaron fût revêtu dans les sacrifices d’un vêtement mystique, voulant ainsi, pour assurer la continuité de ton enseignement, que chaque âge en reçût de ses devanciers la compréhen-sion et aussi, que les signes des réalités futures étant respectées dans l’ancien Testament, la réalité nous fût plus sûre que les énigmes des figu-res. Le vêtement de ce sacerdoce précédent représente en effet l’ornement de nos âmes et ce n’est plus l’honneur des vêtements mais bien la splen-deur des âmes qui nous rend recommandable la gloire des pontifes, puis-que ce qui charmait alors les yeux avait pour but de faire comprendre les vérités qui y étaient contenues. Aussi à ton serviteur, que tu as élu pour le ministère du sacerdoce parfait, accorde, nous t’en prions, Seigneur, cette grâce que tout ce que signifiaient ces vêtements dans l’éclat de l’or et le brillant des pierres et la variété d’un travail précieux, reluise en ses mœurs et ses actes. Réalise en ce prêtre la perfection de ton ministère, revêts-le des orne-ments de toute ta gloire et sanctifie-le de la rosée de ta céleste onction.

Ici a lieu l’onction de la tête pendant le chant du Veni Creator.

Que cette rosée, Seigneur, coule abondamment sur sa tête : qu’elle coure sur son buste ; qu’elle descende jusqu’à l’extrémité de son corps afin que la vertu de ton Esprit le remplisse au-dedans et le protège au-dehors. Qu’en lui abondent la constance de la loi, la pureté de la charité, la sincé-rité de la paix. Qu’ils soient beaux, par ton don, ses pieds qui doivent prêcher la paix, annoncer tes biens. Charge-le, Seigneur, du ministère de la réconciliation par la parole et par les actes, par la puissance des miracles. Qu’il parte et prêche, non avec les habiletés oratoires de la sagesse humaine, mais en montrant ton esprit et ta force. Donne-lui, Seigneur, les clés du royaume des cieux, pour qu’il se serve, sans s’en glorifier, du pou-voir que tu lui octroies pour édifier et non pour détruire. Que tout ce qu’il liera ou déliera sur la terre, soit lié ou délié au ciel. Que les péchés de ceux

qui il les retiendra, soient retenus ; remets-les à ceux à qui il les aura remis. Que celui qui le maudira, soit maudit ; et béni, celui qui le bénira. Qu’il soit ce serviteur fidèle et sage que tu établis, Seigneur, sur ta famille pour qu’il la nourrisse en temps opportun et rende tout homme parfait. Qu’il soit actif, prudent, qu’il haïsse l’orgueil, aime l’humilité et la vérité, ne la trahisse jamais, dominé qu’il serait par la louange ou la peur. Qu’il ne fasse pas des ténèbres la lumière, ni la lumière des ténèbres, le mal du bien ni le bien du mal. Qu’il se donne aux sages et aux simples, afin qu’il pro-fite du progrès de tous. Place-le, Seigneur, sur le siège épiscopal, pour régir ton Église et le peuple à lui confié. Sois son autorité, son pouvoir, sa force. Multiplie sur lui tes bénédictions et ta grâce, afin que toujours ton don le rende apte, ta grâce, empressé à implorer ta miséricorde.

Le consécrateur termine à demi-voix en joignant les mains : Per D.N.J.C

: Amen.

Après 1968 *
— D’après le Pontifical Romain, Desclée-Mame, Paris, 1977. Pour le texte latin, voir les pages intercalaires (p. 101 et sq.).

126 Le consécrateur principal pose les mains sur la tête de l’ordinand, sans rien dire. Les autres évêques consacrants font de même après lui.

Après l’imposition des mains, le consécrateur principal place le livre des Évangiles, ouvert, sur la tête de l’ordinand ; puis deux diacres (un diacre) tiennent (tient) le livre des Évangiles au-dessus de la tête de l’ordinand jusqu’à la fin de la prière d’ordination.

Alors le consécrateur principal, les mains étendues, chante ou dit la prière d’ordination :

Dieu et Père de Jésus-Christ Notre-Seigneur, Père plein de tendresse, Dieu de qui vient tout réconfort, toi qui es au plus haut des cieux et qui prends soin de notre terre, toi qui connais toutes choses avant même qu’elles soient, tout au long de l’ancienne Alliance tu commençais à donner forme à ton Église 127 ; dès l’origine, tu as destiné le peuple issu d’Abraham à devenir un peuple saint ; tu as institué des chefs et des prê-tres et toujours pourvu au service de ton sanctuaire, car, depuis la création du monde, tu veux trouver ta gloire dans les hommes que tu choisis.

La partie suivante de la prière est chantée, ou dite, par tous les évêques consacrants, les mains jointes :

Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, l’Esprit que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ, celui qu’il a donné lui-même aux saints Apôtres qui établirent l’Église en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton nom 128.

126 — Dans ces trois paragraphes sont données les traductions des rubriques de la première édition du rituel (1968), avec leurs numéros.

127 — Cette phrase est un exemple de traduction assez libre. Le texte latin porte : « tu qui dedisti in Ecclesia tua normas per verbum gratiæ tuæ (vous qui avez fixé des lois dans votre Église par la parole de votre grâce) ». Le « traducteur » a transformé « par la parole de votre grâce » en « tout au long de l’ancienne Alliance », supposant sans doute que « la parole de votre grâce » signifiait la Révélation de l’ancien Testament. Lors de la consécration épiscopale de Mgr Jean-Louis Bruguès, dans la cathédrale d’Angers, le 30 avril 2000, on a dit : « Tout au long de l’ancienne Alliance tu commençais à donner forme à ton Église par ta parole de grâce. »

128 — Lors de la consécration épiscopale de Mgr Jean-Louis Bruguès, on a remarqué quelques variantes : « Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit souverain, l’Esprit que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ, l’Esprit qu’il a lui-même communiqué aux saints Apôtres qui établirent l’Église en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton nom. »


Le consécrateur principal poursuit seul :

Père, toi qui connais le cœur de l’homme, donne à celui que tu as choisi pour l’épiscopat de remplir sans défaillance la fonction de grand prêtre et de pasteur de ton peuple saint en te servant jour et nuit.

Qu’il s’emploie sans relâche à intercéder auprès de toi et à te présenter l’offrande de ton Église.

Par la force de l’Esprit-Saint qui donne le sacerdoce 129, accorde-lui, comme aux Apôtres, le pouvoir de remettre les péchés, de réconcilier les pécheurs et de répartir les ministères, ainsi que tu l’as disposé toi-même.

Que sa bonté et la simplicité de son cœur fassent de sa vie un sacrifice qui te plaise.

Par ton Fils, Jésus-Christ, par qui te sont rendus, à toi, notre Père, la gloire, l’honneur et la puissance, avec l’Esprit et dans l’Église, maintenant et pour les siècles des siècles.

L’assemblée : Amen.

Annexe 2

Comparaison des formules d’ordination épiscopale

faite par Dom Paul Cagin, moine de Solesme


Dom Paul Cagin a fait, dès 1919, une comparaison entre le texte de la prière consécratoire de la Tradition apostolique et dix autres textes antiques, dont quatre sont des rites orientaux encore en vigueur 130.

A la page suivante, se trouve le tableau d’assemblage qui termine la repro-duction des onze textes.

La Tradition apostolique (V comme « manuscrit de Vérone ») est à gauche, la consécration de l’évêque copte (Cc) est la 7e à partir de la gauche après celle du métropolitain maronite (MM) et des Constitutions apostoliques (A.C. VIII), celle du patriarche maronite (MP) toute à droite, après le Testamentum Domini (T).

129 — Le texte latin dit : « le souverain sacerdoce ». La traduction est gravement fautive.

130 — Dom Paul CAGIN L’Anaphore apostolique et ses témoins, Paris, Lethielleux, 1919, p. 274-

291.


Annexes 3

Deux autres textes


Nous donnons ici les textes des prières d’ordination épiscopales du Testa-ment de Notre-Seigneur et des Constitutions apostoliques.
Ceci permettra de vérifier l’assertion de Dom Botte que nous avons citée :

Dans le rite syrien, la prière pour l’ordination du patriarche n’était autre que celle du Testament de Notre-Seigneur, remaniement de la Tradition apostolique. De même dans le rite copte, la prière pour l’ordination de l’évêque est proche de celle des Constitutions apostoliques, autre remaniement du texte d’Hippolyte 131. »

Note 1 :

— pour l’ordination du métropolite et du patriarche copte : « Pater miseri-cordiarum et Deus omnis consolationis. »

— pour l’ordination du métropolitain maronite : « Qui es Pater misericordiarum et Deus totius creaturæ. »

Note 2 :

— pour l’ordination du métropolite et du patriarche copte : « Qui elegisti Abraham dilectum tuum ad hæreditatem fidei, et Enoch sanctum transtulisti ad thesauros lucis, propterea quod tibi placuit, qui donasti Moysi mansuetudinem et Aaron plenitudinem sacerdotii, qui unxisti reges ab initio et principes, ut judicarent popu-lum tuum in veritate. »

— pour l’ordination du métropolitain maronite : « Abelem et Seth et Enos et Caïnan et Malalaïelem et Jared et Henoch et Matusalem et Lamech et Noe et Sem et Melchisedech et Job. Qui apparuisti Abrahamo, Isaaco, Jacobo, Moysi, et reliquis patriarchis cum illis fidelibus et tibi placentibus, Aaron sacerdote et Eleezaro et Phi-nees, ex quibus constitit sacerdotium et lex testimonii ; qui Samuelem elegisti sacerdo-tem et prophetam. »

Note 3 :

— pour l’ordination du métropolitain maronite : « Ut ministerium exhibeat Filio tuo dilecto Domino nostro Jesu Christo. »

Note 4 :

— pour l’ordination du métropolite et du patriarche copte : « per quem gloria et honor et potestas et adoratio te decet cum ipso et Spiritu sancto vivificante et consubstantiali tecum nunc, etc. »

— pour l’ordination du métropolitain maronite : « per Filium tuum Jesum Christum, Deum Salvatorem nostrum, per quem tibi convenit gloria et honor et adoratio et Spiritui sancto æqualiter. »
C'est le cheval de bataille de certains sédévacantistes pour affirmer qu'il n'y a plus de hiérarchie catholique. On devine les conséquences !
nizkings likes this.
Oui un livret est publié aux éditions de Chiré
Des années de travail sûrement ! Merci aux pères dominicains .
Cette étude correspond bien à la pensée et à la pratique de Mgr Lefebvre. Il avait des doutes sur l'ordination des prêtres essentiellement.
A t il été publié en livret ? Ce serait mieux pour étudier !