“(…) Alors que l’affaire aurait pu se régler par quelques rappels à l’ordre et, au pis, une amende, l’hystérie médiatique et policière qu’elle a déclenchée n’est pas sans évoquer l’affaire des “dîners clandestins”. Certes, le contexte, comme leur organisateur, Pierre-Jean Chalençon, sont bien plus frivoles. Mais il a bel et bien, lui aussi, été mis en garde à vue pour quelques manquements à la …More
“(…) Alors que l’affaire aurait pu se régler par quelques rappels à l’ordre et, au pis, une amende, l’hystérie médiatique et policière qu’elle a déclenchée n’est pas sans évoquer l’affaire des “dîners clandestins”. Certes, le contexte, comme leur organisateur, Pierre-Jean Chalençon, sont bien plus frivoles. Mais il a bel et bien, lui aussi, été mis en garde à vue pour quelques manquements à la règle passibles d’une amende ; et que les médias aient été obnubilés, des jours entiers, par le fait que quelques personnes ont passé outre les directives gouvernementales pour dîner ensemble a de quoi halluciner. Ce qui, il y a seulement un an, s’appelait “dîner entre amis” a été rebaptisé “mise en danger délibérée de la vie d’autrui”. Il est permis de trouver cela plus inquiétant que les risques supposés pris par M. Chalençon ou par le curé de Saint-Eugène – aucun des deux événements incriminés n’a d’ailleurs suscité de fatal “cluster”.

« Je ne veux pas d’une République de la délation », disait naguère Emmanuel Macron. Or ces deux affaires ont éclaté, justement, à la suite d’une dénonciation – quand bien même celle-ci serait camouflée, sous forme de caméra cachée, en pratique journalistique. La République de la délation, nous y sommes bel et bien, et comment s’en étonner quand le président lui-même a contribué à instaurer un climat de peur, propice à toutes les dérives ?

L’autre aspect désolant de l’affaire Saint-Eugène est qu’elle a souligné, une fois de plus, une certaine faillite épiscopale. On aurait pu s’attendre à ce que le diocèse, tout en rappelant l’importance des mesures sanitaires, appelât aussi à raison garder et dénonçât la garde à vue manifestement disproportionnée de deux de ses prêtres.

Il a préféré hurler avec les loups, relayant dans un premier temps les approximations médiatiques sur la vigile pascale, enclenchant dans un second temps à l’encontre de la paroisse une rarissime procédure d’enquête canonique : on l’épargne le plus souvent, par exemple, à des paroisses où l’on massacre allègrement la liturgie, quand on n’y prêche pas des hérésies diverses ou qu’on n’y fait pas la promotion de l’avortement, sujets a priori plus centraux dans le droit canon que les gestes barrières…

En réalité, cette affaire renforce le malaise ressenti, depuis le début de la pandémie, devant l’attitude d’une grande partie de l’épiscopat, plus soucieuse de légalisme que de profondeur spirituelle. À la traîne de leurs fidèles pour la défense de la liberté de culte, beaucoup ont donné l’impression que l’obéissance à l’État était plus importante que la défense de la messe – au point que Jean-Marie Guénois a pu écrire dans le Figaro que cette affaire a révélé que certains évêques ne croient plus à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie.

Plus généralement, là où, depuis un an, on attend que l’Église proclame à temps et à contretemps que la vie ne se réduit pas une donnée biologique, que l’obsession sanitaire prospère sur l’oubli de la vie spirituelle et que le critère d’une vie bonne n’est pas la longévité mais la relation d’amour, on n’aura eu, le plus souvent, que des proclamations répétées de loyauté sanitaire républicaine. Comme si une bonne partie de l’Église avait tendance à oublier sa vocation prophétique pour n’être plus que l’alibi spirituel d’une morale hygiénique laïque. Mais peut-on à vrai dire s’en étonner quand on constate qu’au sommet même de la pyramide ecclésiale, l’impératif de vaccination semble souvent prendre le pas sur le souci de l’évangélisation ?”
Tesa

Le virus qui rend fou - Valeurs actuelles

Quelques jours après la célébration des fêtes pascales, deux prêtres parisiens, le curé de Saint-Eugène-Sainte-Cécile et son vicaire, ont été mis en …