Elie M.
Un conte : "Le « grand reset » des Aliens"

Le 2 février 2222, tous les médias du monde annoncèrent à la population, dans toutes les langues, que des Aliens avaient pris le contrôle de la terre, forçant les autorités à leur faire allégeance sous peine d’anéantissement. On signala çà et là quelques politiciens corrompus retrouvés morts mystérieusement, ainsi que quelques journalistes, et l’…More
Un conte : "Le « grand reset » des Aliens"

Le 2 février 2222, tous les médias du monde annoncèrent à la population, dans toutes les langues, que des Aliens avaient pris le contrôle de la terre, forçant les autorités à leur faire allégeance sous peine d’anéantissement. On signala çà et là quelques politiciens corrompus retrouvés morts mystérieusement, ainsi que quelques journalistes, et l’affaire avait été entendue : les Aliens gèreraient la terre en plus de leurs planètes. Au reste, la presse ne tarissait pas d’éloges sur la manière dont la population était gérée dans leur galaxie : la perspective d’être gérés par eux ne pouvait que susciter l’approbation enthousiaste.

Certes, il y avait une condition : pour assurer la sécurité, les nouveaux maîtres de la terre exigèrent que les terriens portent une sorte de casque, un cercle de métal interconnecté, avec caméra et micros tellement miniaturisés qu’ils en étaient invisibles à l’œil nu. Il fallait garder ce casque partout, sauf à la salle de bains ou au lit. Seuls les enfants en dessous de cinq ans en étaient exemptés. Grâce à ce dispositif, les Aliens pouvaient donc assurer la gestion rationnelle des terriens, pour leur plus grand bien : leurs déplacements, leurs rencontres, et même leur compte en banque.
Les caméras ne suffisant pas toujours à assurer l’observation rigoureuse du port du casque et des interdictions (des voisins pouvant convenir de sortir ensemble de chez eux en le délaissant), les habitants de la terre étaient invités à s’épier les uns les autres et à se dénoncer, moyennant une récompense. Cependant, celle-ci était souvent inutile, car le civisme concitoyen le plus élémentaire enseigne que les récalcitrants qui mettent en péril le bien de tous doivent être punis. Au reste, les Aliens avertirent qu’ils puniraient de mort les récidivistes ainsi que leur famille et leurs voisins.

Bientôt, sous le contrôle des Aliens et de leurs intelligences artificielles, chacun se vit attribuer un quota de nourriture à prendre quotidiennement, les magasins d’alimentation étant supprimés ; clairement, ceux-ci constituaient un luxe inutile et non rationnel pour la majorité, les assujettis, qui, auparavant, se nourrissent mal ‒ ils ne tenaient pas compte de l’avis des experts. Seule la caste supérieure, conservait l’accès aux magasins, devenus très rares. Avec la nourriture, un quota individuel de distractions était également distribué rationnellement, et il en allait de même pour les autres produits nécessaires à une vie heureuse.

Nombre de terriens s’étonnaient de la disparition soudaine de certaines de leurs connaissances. Des rumeurs inquiétantes circulaient concernant l’endroit où étaient parqués les vieux, les handicapés et les enfants malades, mais il était difficile d’en savoir davantage à travers les seuls contacts par écran qu’ils étaient autorisés à avoir, les rencontres non professionnelles étant prohibées. Certains, que la terreur ne paralysait pas complètement, se demandaient même pourquoi les Aliens étaient invisibles, mais, en même temps, n’était-ce pas normal pour des extra-terrestres ? Ceux-ci pouvaient être partout sans se faire voir. En fait, ils inspiraient une grande terreur à la majorité.

Après plusieurs années, les médias du pouvoir planétaire indiquèrent un jour, dans un petit communiqué, que le port du casque était désormais inutile, d’autres systèmes de surveillance plus sophistiqués ayant été trouvés. Et surtout, le communiqué indiquait qu’il était désormais interdit de parler des Aliens, qu’on n’en avait même jamais parlé, et qu’en fait il n’y en avait jamais eu ‒ les photos floues qui avaient été publiées étant de simples erreurs. Les habitants de la terre étaient invités à se réjouir du coup de génie de leurs dirigeants qui, ainsi, les avaient fait entrer dans une nouvelle normalité sécuritaire, en les délestant de leurs libertés, de leurs biens si encombrants et de leur vie personnelle si difficile à gérer. De la sorte, la terre, avec une humanité réduite en nombre, avait progressé d’un pas de géant vers le bonheur, spécialement celui de ceux qui assument la tâche si noble mais si ingrate d’assujettir les autres, de tout posséder et d’éliminer ceux qui ne méritent pas de vivre. Le « grand reset » a été accompli.