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LA CONFESSION : QUALITÉS QU'ELLE DOIT AVOIR

LA CONFESSION

QUALITÉS QU'ELLE DOIT AVOIR

Les qualités requises pour une bonne confession peuvent se réduire à trois : L'intégrité, la sincérité, et la simplicité.
L'intégrité consiste à se confesser et du nombre de ses péchés, et de toutes les circonstances qui changent l'espèce du péché : car tout cela doit diriger le ministre dans le jugement qu'il forme de la conscience d'un pécheur. Pour ce qui est du nombre, il faut le déclarer à peu près comme on le pense, après un sérieux examen, en ajoutant ces paroles : plus ou moins. Si l'on a été dans une longue habitude, on marque le temps qu'elle a duré, et combien on y tombait de fois par semaine. Quant à ce qui regarde les circonstances, on doit les déclarer, lorsqu'elles changent l'espèce du péché, ou qu'elles en augmentent la malice. Car vous devez vous faire connaître aussi criminel que vous l'êtes : or, vous l'êtes plus ou moins, selon la sainteté du lieu où vous avez péché ; selon votre caractère, ou le caractère de la personne à l'égard de qui vous avez péché ; selon la connaissance et la volonté délibérée, avec laquelle vous avez péché ; selon les motifs que vous vous êtes proposés en péchant, ambition, haine, vengeance ; selon les suites et les pernicieux effets que vous avez causés, scandales, dommages ; selon les moyens que vous avez employés, mensonges, calomnies, violences. Au reste, le défaut d'intégrité ne rend point la confession nulle ou sacrilège, si l'oubli est involontaire ; car dès-lors les péchés sont pardonnés : reste seulement l'obligation de les confesser, lorsqu'ils reviendront à la mémoire, dans les confessions suivantes.
La sincérité vous oblige, dans l'aveu que vous faites de vos fautes, à n'en retenir aucune volontairement ; ce qui serait mentir au Saint-Esprit. Pour vous précautionner contre cette malheureuse honte, dont il n'y a qu'un esprit faible qui soit capable, et qui peut être la source de bien des sacrilèges, faites les considérations suivantes. La personne à qui vous vous confessez est un homme sujet aux mêmes faiblesses, ou à d'autres aussi grandes : si c'est un homme de bien, il ne l'a peut-être pas toujours été, et dès-lors il sait le besoin qu'il eut autrefois lui-même de compassion : s'il l'a toujours été, l'esprit de Dieu, dont il est rempli, ne lui peut inspirer que bonté et miséricorde. C'est un homme accoutumé à entendre des pécheurs, pour qui par conséquent il n'y a rien de nouveau et d'extraordinaire ; un homme qui, sachant la faiblesse qui entraîne dans le péché, et la honte qu'on éprouve lorsqu'il faut accuser une faute, admirera plus la force de la grâce dans votre aveu, qu'il ne sera indigné de votre fragilité. Le ministre même de la pénitence peut assurer que, si quelque chose est propre à lui inspirer de l'affection pour un pénitent, c'est que celui-ci le juge capable d'une confidence, que longtemps il n'a pas eu le courage de faire à tout autre. Enfin, c'est un homme obligé au secret par toutes les lois naturelles, divines et humaines ; sans que jamais nulle raison, ni de près, ni de loin, puisse l'autoriser à manifester la moindre de vos fautes. D'ailleurs, qu'on exagère tant qu'on voudra la peine de se confesser, celle où jette le parti contraire est encore plus grande : en effet, quel état plus triste que celui d'une personne qui a encore de la religion, et qui cache ses fautes au sacré tribunal ? « Je suis mal avec Dieu, et je n'en puis douter. Voilà toutes mes confessions et mes communions, faites depuis ce jour-là, qui sont autant d'énormes sacrilèges, et toutes mes bonnes œuvres perdues. Encore si j'évitais la nécessité de confesser ce péché ; mais il faudra en venir là ; et, outre l'embarras d'une revue de tant de temps, qu'aurai-je gagné, qu'une nouvelle honte ? car, et ce péché dissimulé, et tant d'autres que j'ai eu l'humiliation de dire, il faudra de nouveau les accuser tous ensemble. » Ne vaut-il pas mieux s'armer de courage, et secouer ce poids énorme, sous lequel on cache un triste désespoir ? Ah ! qu'on est alors soulagé ! qu'on est bien dédommagé de sa peine ! on ne craint plus rien ; on n'a plus à revenir sur le passé. Tous ceux qui en ont fait l'expérience en conviennent.
La simplicité de la confession n'est autre chose que l'attention à retrancher tout ce qui est inutile, et le soin de s'expliquer nettement, dans l'exposition de ses fautes. Point de ces longues narrations, où l'on perd le temps en de vains discours ; point de ces accusations qui intéressent la réputation du prochain ; point de ces déclarations ambiguës, où l'on enveloppe et l'on adoucit son péché. Ne nommer ni ne désigner personne, sans nécessité ou utilité ; parler ingénument, n'ajouter, ne retrancher rien ; accuser comme certain, ce qui est certain, et confesser comme douteux, ce qui est douteux ; enfin, répondre avec beaucoup de simplicité à toutes les interrogations d'un confesseur sage et discret : telle a toujours été la disposition des saints, et c'est aussi la voie la plus sûre pour acquérir une paix véritable.
Ici il faut résoudre une question importante, pour les âmes timorées, à cause des suites d'une pénible perplexité.
Si elles n'accusaient que des fautes légères, sans avoir regret d'aucune de ces fautes, qu'arriverait-il ? Elles rendraient le sacrement nul, faute de matière sur laquelle tombât l'absolution ; et il n'y aurait que la bonne foi avec laquelle elles se confesseraient, qui pût empêcher le sacrilège. Or, pour obvier aux scrupules que ceci pourrait faire naître, dans le doute si on a eu la contrition des fautes légères, les docteurs et les maîtres de la vie spirituelle conseillent de ne manquer jamais d'accuser en général, ou, si l'on veut, en particulier, à la fin des confessions ordinaires, quelque faute grave de la vie passée, dont on puisse être comme certain d'avoir un vrai regret, avec une résolution forte et déterminée de ne jamais y retomber. Ces péchés déjà confessés, sans être une matière nécessaire, sont toujours une matière suffisante de l'absolution ; ou, si l'on aime mieux, l'absolution présente est une confirmation de la première absolution qu'on a reçue. Mais il faut faire, sur cette accusation des fautes graves déjà confessées, trois remarques qui méritent attention.
La première, que nous venons d'indiquer, c'est qu'il n'en faut point confesser de la sorte, qu'on ne puisse vraisemblablement s'assurer qu'on en est repentant ; ainsi les péchés les plus graves, et ceux dont le souvenir cause plus de peine et de confusion, sont ordinairement ceux qu'il faut confesser.
La deuxième, qu'il est bon de s'accuser tantôt des uns, tantôt des autres. Par ce moyen, dans l'espace d'une année, après plusieurs confessions, on aura fait comme une revue de toute la vie, et on en aura moins de besoin dans des temps de maladie, et aux approches de la mort.
La troisième, qu'il ne faut pas que ces accusations du passé empêchent de s'exciter, autant qu'il se peut, à la douleur des péchés présents ; car on doit toujours se souvenir que les péchés, dont on n'a pas un regret proportionné à leur nature et à leur matière, ne sauraient être pardonnés, même dans le sacrement ; de sorte que le sacrement se trouverait sans effet, à l'égard de tous les péchés commis depuis peu, que l'on doit principalement avoir en vue, quand on vient souvent à confesse, afin de s'en repentir et de s'en corriger.

(Extrait de Manuel du Pénitent ou conduite pour la Contrition)

tiré du blog : le-petit-sacristain.blogspot.com