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Que penser de la pensée de Mgr Fellay ?

Même si la chose est pénible, il n'est pas facultatif pour les catholiques de la tradition de se pencher quelques instants sur la pensée de Mgr Fellay. Voilà près de 20 années que l'évêque suisse prêche et écrit en plusieurs langues à tous les fidèles de la tradition catholique. On peut donc dire qu'il a façonné une génération entière de catholiques qui ne ressemblent plus aux catholiques traditionalistes des années 70/80. Cette influence spirituelle est d'autant plus grave si l'on considère que la pensée profonde de Mgr Fellay n'est plus celle de Mgr Lefebvre mais celle d'un homme d'Eglise dont le souci majeur fut d'abord de ramener la tradition dans le giron de la nouvelle église.

Ce souci "d'unité" ou "d'oecuménisme avec Rome" ressort nettement dans le dernier entretien publié sur le salon beige suite au livre publié par l'évêque ("Pour l'amour de l'Eglise").

Sans être exhaustif et rigoureux, la pensée de l'évêque suisse gravite toujours autour de quelques points dont tous sont l'antithèse de l'esprit de Mgr Lefebvre :

- L'église conciliaire en tant que structure totalitaire et libérale n'existe pas pour Mgr Fellay. Pour Mgr Lefebvre cette église conciliaire existe et s'oppose à la Tradition.
- A Rome et dans l'église conciliaire il y a des évêques intéressants (conservateurs). Mgr Lefebvre a toujours considéré les ralliés et les conservateurs comme des gens très dangereux et des attrape-nigauds.
- Une opposition trop doctrinale finit par entraîner au schisme (Mgr Fellay en vient à dire dans ses propos divers que Mgr Williamson est schismatique par exemple !). Mgr Lefebvre fustigeait de son temps les catholiques libéraux qui préféraient s'adapter aux circonstances et à taire les vérités gênantes.
- Benoît XVI était un pape doctrinal, François ne l'est pas donc on peut avancer en pratique avec lui.
- L'opposition à la Tradition vient plus de l'entourage que du pape lui-même. Mgr Lefebvre a toujours dit que la crise venait de Rome et des papes en particulier.
- Les gestes de Rome à l'égard de la tradition doivent être acceptés sous peine d'être d'esprit schismatique. Mgr Lefebvre a posé des conditions doctrinales non équivoques.
- Les années qui passent voient un rapprochement d'un grand nombre de clercs vers la tradition. Mouvement lent mais certain. Mgr Lefebvre voyait au contraire l'apostasie s'étendre dans les hommes d'église et les fidèles.
- Il n'est jamais question de la conversion du Pape et de la curie romaine. Pour Mgr Lefebvre c'était le point clé au point qu'il a exigé que les 4 évêques attendent la conversion du pape à la tradition pour remettre leur épiscopat entre ses mains.

Tous ces points ressortent régulièrement de la pensée de Mgr Fellay. Aussi bien dans ses sermons que ses écrits. Vous pouvez vérifier. Le plus grave est que cette pensée a fini par réellement contaminer les catholiques de la Tradition puisque Mgr Fellay n'a cessé de le répéter pendant près de 20 ans. Le dernier chapitre a d'ailleurs intégré cette pensée libérale. Cette facilité de pénétration des idées libérale dans la tradition ne s'explique pas seulement par Mgr Fellay mais aussi par le climat d'esprit libéral et maçonnique qui règne dans le monde entier.
Cette pensée correspond aussi à un état d'esprit anti doctrinal : on peut se demander si Mgr Fellay (et les supérieurs de la FSSPX ) li(sen)t et étudie(nt) encore ? Le modernisme des hommes d'Eglise ne semble plus l'effrayer du tout au point de se réjouir de la multiplication des contacts avec eux. Au point de devenir l'ennemi féroce d'un évêque doctrinal (Mgr Williamson) et l'ami intime des évêques et prêtres à demi teinte. La nomination de jeunes prêtres un peu mous comme supérieurs (y compris le nouveau supérieur général) va dans également dans ce sens.

On remarquera au passage ce même état d'esprit dans la FSSPX : il n'est plus question de lire, de réfléchir et de prier pour rester prudent mais d'obéir, de se taire, de multiplier des œuvres qui accaparent et empêchent de prendre du recul sur la situation doctrinale de l'Eglise et de la Tradition.

Marcel de Corte avait mille fois raisons de dire que "L'intelligence est en péril de mort".

Citation:

A l’occasion de la sortie du livre “Pour l’amour de l’Eglise” qui consiste en une série d’entretiens avec Mgr Bernard Fellay réalisés avec Robert Landers de 2016 jusqu’au début de l’année 2019, le Salon Beige a obtenu l’autorisation des éditions Via Romana d’en publier quelques extraits.

R. L. : S’agissant du rapport à l’autorité, il semblerait qu’il y ait eu de la part de certains une volonté d’empêcher Monseigneur Lefebvre d’établir un rapport serein avec les autorités romaines. Comment analysez-vous cela ?

Mgr B. F.: Après le concile, Monseigneur Lefebvre remarquait que les évêques conservateurs ne pouvaient plus approcher le pape. Il citait des exemples de prélats qui n’avaient plus accès au pape, notamment l’archevêque de Madrid et le primat d’Irlande. Sans aucun doute, après le concile, il y a eu une sorte de purge dans l’Église. Les conservateurs ont été mis de côté. Monseigneur Lefebvre et la Fraternité ont été durement traités. Paradoxalement, avec le recul, je pense que cette situation de marginalisation a favorisé le développement de notre œuvre.

Ne pensez-vous pas qu’une telle attitude d’opposition au Saint-Siège risquait de faire diminuer dans l’esprit des fidèles et des prêtres l’amour d’une Église à la fois humaine et divine ?

Il y a un immense danger, c’est vrai ! Une grande prudence s’impose dans cette attitude d’opposition. Regardons saint Paul, quand il a résisté à saint Pierre… Résister à l’autorité consiste à dire simplement : « Attention, l’Église a déjà parlé sur ce point, vos propos ou vos décisions sont problématiques ». Une telle réaction est bonne, car d’une certaine manière elle protège l’autorité contre elle-même. Cependant, une telle démarche est délicate. Le danger est d’aller trop loin et d’émettre des critiques infondées ou exagérées, voire de faire des demandes inconsidérées, comme les donatistes. Il n’est pas juste d’exiger la sainteté parfaite de tous les membres de l’Église et de vouloir une Église de purs, à la manière des cathares. L’Église est sans péché, mais dans ce monde elle est composée de pécheurs… Il convient de ne jamais perdre de vue cette réalité. La réponse à la crise actuelle se trouve dans la tradition. Là nous avons des repères sûrs. Il ne faut pas les lâcher…

Visiblement vos choix pastoraux, liturgiques, doctrinaux, ne sont pas les mêmes que ceux de beaucoup d’évêques ou de prêtres. Dans le cadre d’une reconnaissance, comment envisagez-vous de collaborer avec eux ? La Fraternité vit actuellement clairement « à part ». Est-ce que ce sera toujours le cas ?

La question de la collaboration avec les évêques diocésains reste problématique. Il est difficile de donner une réponse générale, car l’unité de l’Église actuellement est passablement morcelée. Dans certains endroits, la tendance conservatrice est très forte, alors qu’ailleurs le modernisme est si développé que l’on peine à reconnaître le visage de l’Église catholique. Un nonce en fonction me disait que, dans un pays proche, les catholiques faisaient tout pour aller plus loin que Luther.

En revanche, ailleurs, il y a des évêques qui déjà maintenant nous demandent de prêcher pour leur clergé ou même qui envoient des sœurs, des religieux, des séminaristes recevoir une formation spirituelle chez nous. Ce mouvement est sans doute appelé à se développer dans les années à venir, mais franchement, je crois que le processus sera lent. En outre il requerra de notre part beaucoup de prudence, car nous devons rester vigilants. De fait, la question de cette collaboration reste dépendante de la situation générale de l’Église et de ses développements à venir. Il est raisonnable de penser que durant une période assez longue, nous resterons une communauté à part avec ici et là des actes de collaboration ponctuelle.

Devenu pape, Benoît XVI a manifesté une attention particulière vis-à-vis de la Fraternité, dans la continuité de son action comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Pourquoi une normalisation ne s’est-elle pas faite sous son pontificat ?

Je crois qu’il y a plusieurs éléments. Benoît XVI a posé des gestes forts en faveur de la tradition et nous lui en sommes très reconnaissants. Il a publié le motu proprio Summorum Pontificum qui est un acte courageux. Par ailleurs, il a entrouvert la porte à une discussion sur certains aspects du concile. Dans plusieurs discours, le pape évoque la mauvaise interprétation et réception erronée de Vatican II. Il dénonce un concile des médias et un para-concile qui a occulté le vrai concile. Cette démarche est un grand pas en avant. Cependant, elle reste pour nous insuffisante, car un tel discours pose plus de questions qu’il n’en résout. N’est-ce pas à l’autorité de donner l’exacte interprétation du concile ? Si pendant quarante ans, un para-concile s’est imposé dans l’Église, n’y a-t-il pas un problème ? Je crois qu’il faudra reprendre les textes du concile pour en préciser le sens, voire parfois en corriger le contenu. C’est à l’autorité et non aux simples fidèles d’accomplir ce travail. Dans cette œuvre, je pense que Monseigneur Lefebvre aura un rôle à jouer, post mortem…

Revenons à Benoît XVI et aux raisons pour lesquelles la réconciliation de la Fraternité ne s’est pas faite sous son pontificat…

Personnellement, je suis persuadé que le blocage n’est pas venu du pape. Des forces extérieures se sont opposées au rapprochement envisagé. Elles ont gagné contre les intentions et les désirs du pape.

Qu’est ce qui a changé avec le pape François ?

Plusieurs éléments ont changé. Le pape François accorde assez peu d’importance à la doctrine. Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les hommes. Le pape est extrêmement humain. Ce nouveau climat permet une grande ouverture dans nos discussions avec Rome. Dès lors, il y a un contraste incroyable. D’un côté, le pape est un homme profondément moderne, qui lance régulièrement des critiques cinglantes sur tout ce qui touche à la tradition ; d’un autre côté, ce pape nous connaît suffisamment, pour dire que nous sommes catholiques et que nous faisons un apostolat authentiquement catholique. Pour le pape François, contrairement à son prédécesseur, il n’y a pas besoin d’attendre que toutes les questions doctrinales soient résolues pour dire que nous sommes catholiques. La différence avec Benoît XVI est considérable. Y a-t-il une relativisation du concile ? Non et oui ! D’un côté non, parce que le pape actuel est un homme du concile. Vatican II est pour lui tellement une telle évidence qu’il n’a pas besoin d’en parler comme Jean-Paul II et Benoît XVI. Pour François, le concile est un acquis. Et pourtant d’un autre côté, oui. Désormais, il est possible d’exprimer des réserves sur certains textes du concile que nous ne pouvons pas recevoir tels quels. Monseigneur Pozzo reconnaît que notre opinion est acceptable. C’est un changement assez radical par rapport à ce que nous pouvions entendre il y a encore peu de temps…

Dans un monde qui s’est détourné de Dieu comme le nôtre, ne vaut-il pas mieux unir les forces vives plutôt que de se diviser ?

Oui. Nous n’avons jamais voulu rester dans notre coin. Nous cherchons et nous voulons l’unité dans la vérité. Je suis sûr que nous allons y arriver. Je n’ai aucun doute là-dessus. Seulement, je ne sais combien de temps il faudra pour y parvenir. Le pape François m’a dit : « J’ai des problèmes, parce que je suis bon avec vous ». Ensuite, il m’a dit : « Vous aussi, vous avez des problèmes de votre côté ». Dès lors, ne nous pressons pas, avançons lentement. Je trouve ce discours réaliste et très raisonnable. Avant lui, déjà le pape Benoît XVI m’avait dit : « Il faut avancer, de manière raisonnable ». Aujourd’hui, le pape nous regarde comme catholiques. C’est un grand pas en avant, bien que certains, y compris à Rome, continuent d’affirmer que nous sommes schismatiques ou seulement en communion imparfaite.

Vous contestez cela ?

Évidemment. Si la Fraternité est catholique, il n’est pas juste de dire qu’elle n’est « pas en pleine communion » avec Rome. L’expression n’est pas adéquate. Pour la plupart des gens, « être en communion » signifie être dans l’Église, confesser la foi catholique et reconnaître l’autorité du pape. Ne pas être en pleine communion, signifie ne pas être catholique. Par conséquent, je n’accepte pas que cette expression soit utilisée pour évoquer notre situation.
Parce qu'il a une pensée ?
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dmargot
Où est le discours clair, sans ambiguïtés de Mgr Lefebvre ? Ceux qui l'ont entendu ne devaient pas se poser de question pour bien comprendre ce qu'il voulait dire.

Mgr Fellay recherche "l'unité dans la vérité" avec François "qui n'attend pas que les questions doctrinales soient résolues". Doctrine, vérité, n'est-ce pas une même chose ?
Il y a un fait troublant concernant cet évêque successeur de Mgr Lefebvre : pourquoi s'est-il réjouit de la levée de son excommunication mais n'a t-il jamais demandé à Rome celle de Mgr Lefebvre ? Bizarre .....
Les tièdes c'est comme cela , mois les autre ...
Difficile de travailler sur la pensée d'un libéral : on est dans la fluctuation perpétuelle.
Il serait bien de faire une analyse plus détaillée si c'était possible.
On se demande si Mgr Fellay a vraiment compris le combat de Mgr Lefebvre. C'est avant tout un suisse, avec un attachement quelque peu désordonnée au Pape, avec un goût légèrement germanique pour l'ordre et la normalisation, c'est aussi un habile comptable. Il faut aussi sans doute prendre en compte l'influence de l'abbé Schimdberger. C'est un réaliste pragmatique : "Le pape François m’a dit : « …More
On se demande si Mgr Fellay a vraiment compris le combat de Mgr Lefebvre. C'est avant tout un suisse, avec un attachement quelque peu désordonnée au Pape, avec un goût légèrement germanique pour l'ordre et la normalisation, c'est aussi un habile comptable. Il faut aussi sans doute prendre en compte l'influence de l'abbé Schimdberger. C'est un réaliste pragmatique : "Le pape François m’a dit : « J’ai des problèmes, parce que je suis bon avec vous ». Ensuite, il m’a dit : « Vous aussi, vous avez des problèmes de votre côté ». Dès lors, ne nous pressons pas, avançons lentement. Je trouve ce discours réaliste et très raisonnable. Avant lui, déjà le pape Benoît XVI m’avait dit : « Il faut avancer, de manière raisonnable ». Aujourd’hui, le pape nous regarde comme catholiques' Mais il ne se pose pas du tout la question du catholicisme de François, bien qu'il ait signé la Correctio fillialis. Je ne suis pas sûr qu'il est conscience d'avoir trahi le Fondateur et je ne crois pas qu'il ait étudié vraiment les auteurs antilibéraux, ce n'est pas un doctrinaire, il parle même d'une tentation donatiste qui n'existe sans doute que dans son imagination. En fait pour lui c'est simple, il n'y a qu'une église, celle qu'il voit, un point c'est tout et il est tout heureux que François le considère comme catholique, comme les patriotes chinois. Ceci étant dit à partir du moment où il considère François comme le Souverain Pontife, il est logique qu'il cherche la pleine communion, et même pour lui elle existe déjà, il fait abstraction du "cheminons, cheminons...." de François. C'est tout le problème hérité de Mgr Lefebvre qui ne c'est pas prononcé solennellement au sujet de ces papes conciliaires, complices de la maçonnerie, modernistes, libéraux, antichrists, .....mais toujours papes.