Le testament de Pierre le Grand ou la clef de l'avenir (Mgr Gaume, 1876) - Les voyants : NAPOLÉON

I. Plusieurs fois, Napoléon s'est exprimé au sujet de la Russie, de manière à ne laisser aucun doute sur les craintes que lui inspirait, pour l'avenir de l'Europe occidentale, l'agrandissement démesuré de cette puissance. On connaît son mot célèbre : Dans cinquante ans, l'Europe sera république ou cosaque. Il aurait pu dire : Dans cinquante ans, l'Europe occidentale sera d'abord république, et ensuite cosaque. La première partie du pronostic est accomplie. L'Europe occidentale est républicaine, c'est-à-dire ingouvernable ; foulant aux pieds toutes les lois vitales des sociétés ; professant l'athéisme légal et ne reculant dans la pratique devant aucune de ses conséquences, pas même la spoliation sacrilège de l'Église, l'emprisonnement du pape et les enfouissements solidaires. Comme l'aimant attire le fer, le crime attire le châtiment. Parce qu'elle est république dans le sens qui vient d'être dit, l'Europe occidentale deviendra cosaque, c'est la seconde partie du pronostic.

II. D'une manière plus explicite encore, Napoléon a plusieurs lois (fois ?) exprimé ses vues sur la Russie et ses craintes pour l'avenir de l'Europe. Voici, entre autres, ce qu'en 1817 il disait, à Sainte-Hélène, au docteur O'Méara : D'ici à quelques années la Russie s'emparent de Constantinople, de la plus grande partie de la Turquie et de toute la Grèce. Je regarde cela comme aussi certain que si la chose était déjà faite. Presque toutes les cajoleries d'Alexandre à mon égard, avaient pour but de me faire consentir à l'exécution de ce projet. Je m'y opposai, prévoyant que l'équilibre de l'Europe serait détruit.

III. «D'après le cours naturel des choses, la Turquie tombera au pouvoir de la Russie : une grande partie de sa population est composée de Grecs, et l'on peut dire que les Grecs sont Russes. «Les puissances à qui cet agrandissement peut nuire, et qui pourraient s'y opposer, sont : l'Angleterre, la France, la Prusse et l'Autriche. «Quant à l'Autriche, il sera très facile à la Russie d'obtenir son alliance, en lui donnant la Servie (2) et d'autres provinces limitrophes des États autrichiens, qui s'étendent jusque près de Constantinople. Si jamais l'Angleterre s'allie de bonne foi avec la France, ce sera pour empêcher l'exécution de ce projet. Mais cette alliance même ne suffirait pas (3). La France, l'Angleterre et la Prusse réunies ne sauraient s'y opposer. La Russie et l'Autriche, pourront l'effectuer en tout temps.

IV. Une fois maîtresse de Constantinople, la Russie a tout le commerce de la Méditerranée, devient une grande puissance maritime ; et Dieu sait ce qui en résultera ! «Elle vous cherche querelle, fait marcher sur l'Inde une armée de soixante-dix mille bons soldats, ce qui n'est rien pour la Russie ; y joint cent mille canailles de Cosaques et autres barbares, et l'Angleterre perd l'Inde. De toutes les puissances, la Russie est la plus redoutable, surtout pour vous, Anglais. Ses soldats sont plus braves que les Autrichiens, et elle peut en lever autant qu'il lui plaît. En bravoure, les soldats français et anglais sont les seuls qu'on puisse leur comparer. Tout cela je l'avais prévu : Je vois dans l'avenir plus loin que vous (1)

V. «Aussi, je voulais opposer une barrière à ces barbares en rétablissant le royaume de Pologne et en mettant sur le trône Poniatowski ; mais vos imbéciles de ministres ne voulurent jamais consentir. «Dans cent ans, on m'encensera ; et l'Europe, surtout l'Angleterre, regrettera que mon projet n'ait pas réussi. Quand on verra l'Europe envahie, DEVENUE LA PROIE DES BARBARES DU NORD, on dira : NAPOLÉON AVAIT RAISON»

(Mémoires du docteur O’Méara, t. II, p. 75, édit. in-12, 1822).

Notes de bas de page :

(2) Aujourd'hui, depuis Sadowa, l'Autriche est tellement affaiblie, que la Russie, pouvant se passer de son alliance, s'empare de la Servie.

(3) Napoléon n'avait pas prévu le règne de son neveu, qui devait amener les désastres de l'Autriche et de la France, avec la création de l'empire d'Allemagne. Au reste, cet empire n'est qu'un accident. Préparé par la ruse, formé par la violence, composé de populations de race et de religion différentes, réciproquement hostiles les unes aux autres, il manque d'homogénéité: c'est la statue aux pieds d'argile.

(1) Effrayé comme Napoléon des agrandissements de la Russie, Frédéric le Grand disait : «Si les Russes sont à Constantinople, on les verra huit jours après à Kœnigsberg».

Source : LE TESTAMENT DE PIERRE-LE-GRAND OU LA CLEF DE L’AVENIR PAR MGR GAUME, 1876 (au format PDF) : C347_Mgr-Gaume_Testament-de-Pierre-le-Grand_20p.pdf (catholicapedia.net)