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De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin

Le Petit Sacristain De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin

Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :

De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection

Quelles sont ces industries ?

Ce sont certains moyens qui dans leur simplicité renferment beaucoup de choses. On peut les comparer à ces sentiers qui accourcissent le chemin, et qui en demi-heure conduisent où l'on ne pourrait arriver qu'en deux heures par le chemin ordinaire. Ces industries sont au nombre de six.

Quelle est la première industrie ?

Elle suppose qu'on a déjà formé le dessein de sa perfection, et qu'on a la volonté d'y travailler ; et elle consiste à se maintenir dans une résolution ferme et habituelle d'éviter tout ce qui pourrait nuire le moins du monde à ce dessein, tout ce qui pourrait faire tomber dans la moindre imperfection, tout ce qui n'est pas parfaitement conforme à la volonté de Dieu. Ces occasions sont fréquentes, elles surprennent ceux qui ne sont pas extrêmement sur leurs gardes pour s'en éloigner dès qu'elles se présentent. C'est l'avis que donne saint Vincent Ferrier dans son Traité de la Vie spirituelle : Fuyez celui qui pourrait vous être occasion de la moindre imperfection, comme si c'était un Démon. Ce qui ne doit pas s'entendre des personnes avec qui on est obligé de converser, ni des occupations auxquelles notre état nous engage, ni des occasions auxquelles notre devoir nous expose ; mais de toutes les autres qu'il faut fuir ou quitter, dès qu'on s'aperçoit de quelque danger. Une personne qui s'est fait une loi de cette vigilance, et qui garde constamment cette loi, peut dire qu'elle a trouvé le secret d'arriver bientôt à la perfection, et de couper court à mille difficultés qui retardent beaucoup les autres hommes, et qui leur allongent le chemin.

Quelle est la seconde industrie ?

C'est de ne point se contenter des résolutions générales, et d'une bonne volonté, qui propose en gros tout le bien que l'on peut faire ; mais de descendre dans le détail, prenant à tâche de se corriger de quelque vice en particulier ; par exemple, de combattre le respect humain, de retrancher les inutilités de l'esprit, ou de guérir l'intempérance de la langue. On ne saurait montrer plus de bonne volonté, qu'en s'appliquant ainsi à des sujets particuliers ; outre qu'on est assuré de ne pas travailler en vain, et même de faire des progrès considérables. Il faut dire de l'acquisition des vertus, ce que nous avons dit du combat contre les vices : on doit les entreprendre l'une après l'autre, et s'adonner, par exemple, à la recollection, ou à la conformité à la volonté divine. On ne saurait tenir longtemps une telle conduite, sans se trouver beaucoup avancé. Et c'est ce que nous appelions un secret et une industrie ; parce qu'en effet il y a peu de gens qui connaissent l'utilité de cette pratique, et que parmi ceux qui la connaissent, il y en a encore moins qui aient le courage d'y persévérer.

Quelle est la troisième industrie ?

C'est de faire grand cas des petites choses, soit en matière de mal, soit en matière de bien : de compter pour beaucoup les moindres défauts ; d'exagérer dans son idée les plus petites imperfections, plutôt que de les traiter de fautes légères et sans conséquence. C'était la maxime du dévot Berchman, Religieux de la Compagnie de Jésus. Il est à propos, disait-il, de faire de grandes pénitences, pour expier les plus petites fautes. Pro parvis defectibus, magnas agere poenitentias decet. Il en est de même de la pratique du bien ; il ne faut rien négliger de tout ce qu'on peut faire pour Dieu, quelque peu important qu'il paroisse ; et il faut être persuadé que le moindre acte de vertu, que la fidélité à remplir le moindre de ses devoirs, et à se mortifier jusques dans les moindres choses, est une occupation très-noble et très avantageuse. Une personne qui est dans cette disposition, fait en peu de temps et sans beaucoup de travail, un grand fonds de vertu et de richesses spirituelles.

Quelle est la quatrième industrie ?

C'est de choisir un bon Directeur, et de se soumettre à ses lumières avec une entière déférence. Au sentiment de saint Vincent Ferrier, il n'est point de voie plus courte ni plus sûre pour mener à toute sorte de vertu et de perfection ; et l'expérience nous fait voir que ceux qui s'abandonnent ainsi à la conduite d'autrui, font en très peu détenu ce que d'autres ne sauraient faire en plusieurs années. Mais comme il y a peu de gens qui prennent ce moyen, on peut dire que c'est un secret et une industrie cachée. Nous avons traité cette matière dans le Chapitre troisième de la quatrième Partie.

Quelle est la cinquième industrie ?

C'est d'avoir une dévotion particulière à la sainte Vierge et à saint Joseph. L'expérience de tous ceux qui ont eu recours à leur intercession, nous prouve que c'est là comme un trésor caché, d'où l'on tire de grandes richesses. Nous avons parlé ailleurs de la dévotion à la sainte Vierge. Ce qu'on doit à saint Joseph, se réduit à avoir une haute idée de ses mérites, une grande confiance en sa bonté, et un amour tendre pour sa personne.

D'où tirez-vous les preuves des mérites de saint Joseph ?

De sa qualité d'Époux de la sainte Vierge, et de Père putatif de Jésus-Christ. Car quoiqu'il n'eût point de part à la naissance du Messie, il avait sur lui tous les droits de Père, étant chargé de le nourrir et de le conduire : ce qui suppose en lui de grands talents et des vertus éminentes. Dieu l'a choisi, dit S. Bernard, pour être le nourricier de sa sainte humanité ; pour servir de soutien et de soulagement à sa Mère ; et pour être sur la terre son unique Ministre dans l'exécution du grand dessein de la Rédemption. Que de vertus ne demandent pas un tel ministère ! Quel discernement et quelle prudence pour conduire la plus grande affaire du monde, où il ne s'agissait de rien moins que des actions et de la vie de J. C. et de la sainte Vierge qui lui étaient soumis pour leur conduite extérieure ? Quelle pureté et quelle fidélité tout ensemble, pour converser familièrement avec cette Vierge, dont il était l'Époux ; et cependant pour la regarder constamment comme un dépôt dont il n'était que le gardien !
Ce qui prouve encore bien l'excellence de ses mérites, ce sont les privilèges singuliers dont il a été favorisé. Le premier est d'avoir vécu en la compagnie de deux personnes dont la présence dans le Ciel fait la joie et la gloire des Anges mêmes. Le second, est d'avoir eu Jésus et Marie pour l'objet de sa dévotion, c'est-à-dire, deux personnes qui naturellement lui étaient infiniment chères ; en quoi son bonheur était extrême : parce que, quoiqu'il les aimât d'un amour très-pur, et par un principe de grâce, il lui étroit aussi doux et aussi agréable de les aimer, qu'à un Père d'aimer son Fils, et à un Époux son Épouse, outre qu'il les voyait continuellement de ses yeux ; ce que nul autre que lui n'a jamais pu dire de l'objet de sa dévotion. Le troisième est d'être mort entre les bras de Jésus et de Marie. Comme la mort est le passage du teins à l'Éternité, on peut dire que cette faveur qui lui est particulière, renferme toutes les autres, et prouve seule son bonheur et son mérite, parce qu'elle couronne en lui une sainte vie par une très-sainte mort.

Sur quoi est fondée la confiance que nous devons avoir en ce grand Saint ?

Sur l'expérience d'un très-grand nombre de personnes qu'il a puissamment aidées, et qui doivent à son intercession la perfection éminente où elles sont arrivées.

Par où mérite-t-il notre tendresse ?

Par le caractère de sa sainteté, lequel est très-aimable et fort touchant. Il est difficile de faire attention aux communications intimes qu'il a eues avec Jésus-Christ et la sainte Vierge, à la familiarité surprenante dont ils ont usé envers lui, et aux services qu'il leur a rendus, sans être porté à l'aimer, et à l'aimer avec tendresse.

Par quelles saintes pratiques peut-on honorer saint Joseph ?

En l'invoquant souvent, en recourant à lui dans le besoin, et en s'occupant à méditer sur ses vertus et sur les événements de sa vie. On peut réduire tout ce qui regarde ce grand Saint à ces chefs ; savoir, sa naissance, son mariage avec la sainte Vierge, sa fidélité à soutenir l'épreuve où le mit la grossesse de son Épouse, les fatigues qu'il endura dans sa fuite en Égypte, sa douleur lorsque l'Enfant Jésus demeura perdu pendant trois jours, et son heureuse mort ; à quoi on peut ajouter sa Résurrection avancée: car il est très probable qu'il fut du nombre de ceux qui ressuscitèrent à la mort de J. C.

Quelle est la sixième industrie ?

C'est la pratique de la conformité à la volonté de Dieu, laquelle consiste à faire ce que Dieu veut, à le faire comme il veut, et parce qu'il le veut, ne se proposant jamais d'autre motif que celui de le contenter. Nous avons parlé de cette pratique en plusieurs endroits ; mais surtout au Chapitre second de la troisième Partie. Au sentiment des Saints, il n'y a rien de plus utile et de plus excellent dans la vie spirituelle ; c'est un secret merveilleux. Qui l'a découvert, et sait s'en servir, arrivera bientôt à l'union divine.
On peut mettre, au nombre des industries qui conduisent à la perfection, ce que nous avons dit de l'amour des souffrances au dernier Chapitre de la quatrième Partie. Épouser la Croix, c'est-à-dire, ne pouvoir vivre sans souffrance, mettre son plaisir dans la douleur, sa gloire dans le mépris, ses richesses dans la pauvreté ; c'est sans contredit le plus grand secret de la vie spirituelle; c'est une source inépuisable de mérites, et un moyen infaillible pour faire de continuels progrès. Il n'y a nulle comparaison à faire entre les personnes qui sont dans cette disposition, avec celles qui n'y sont pas.

Tiré du blog : le-petit-sacristain.blogspot.com