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Une visite étrange

Ce fait émouvant se passa dans une ville de l'Orne, pendant l'occupation. Un vicaire zélé vivait avec son curé et quatre autres vicaires.
Un soir, après une journée d'apostolat particulièrement pénible, notre bon vicaire n'en pouvait plus de fatigue. Et pourtant il y avait encore le bréviaire à finir. Minuit allait bientôt sonner...
Soudain, un long coup de sonnette retentit à la porte. Le prêtre sursauta. Qui cela pouvait être à pareille heure ?
Il descendit ouvrir et découvrit sur le seuil du presbytère une femme d'une quarantaine d'années environ... Elle lui dit :
- Monsieur l'Abbé, je vous en supplie, venez vite, c'est pour un jeune homme qui va mourir.
- Madame, c'est impossible tout de suite, lui répond le vicaire, mais dans quelques heures, au point du jour, je serai à son chevet.
- Dans quelques heures il sera trop tard ! Je vous en supplie, venez tout de suite."
Voyant qu'il n'y échapperait pas, le bon vicaire soupira intérieurement vers le Seigneur qui permettait cette épreuve.
- Dans vingt minutes, je serai près de lui, madame. Marquez-moi l'adresse exacte sur mon agenda. Et il lui tendit son petit carnet. La femme s'avança alors dans le vestibule et son visage douloureux apparut en pleine lumière. Elle marqua : 37, rue Descartes, second étage. Le vicaire glissa rapidement le carnet dans sa poche et rassura la messagère en lui promettant sa venue sur l'heure.
L'étrange visiteuse le remercia et demanda à Dieu de le bénir pour cette charité...
Le bon vicaire remonta, muni de son nécessaire pour l'Extrême Onction, arriva au 37 rue Descartes. S'éclairant de sa lampe de poche, il monta les deux étages, et sonna résolument.
Il attendit un instant. Puis, un déclic de serrure se fit entendre. Dans l'embrasure de la porte apparut un jeune homme d'une vingtaine d'années, visiblement surpris de cette visite. Le prêtre parla le premier :
- C'est bien ici qu'il y a un jeune homme en danger de mort ?
L'interlocuteur eut un haut le corps. Il regarda le prêtre avec des yeux écarquillés. enfin, devant l'évidente méprise, son visage se détendit et un sourire apparut sur ses lèvres. Il expliqua au vicaire qu'il était le seul jeune homme habitant à cet étage et qu'il était en excellente santé !
Stupéfait, le prêtre sortit alors son agenda de sa poche et montra au jeune homme l'adresse précise écrite par la messagère.
- C'est bien ici, en effet, dit le jeune homme, et je connais cette écriture. elle ressemble à celle de... ( Il s'arrêta net ) mais c'est impossible ! Il parlait doucement, comme pensivement. Puis, sortant de sa torpeur :
- Entrez, monsieur l'Abbé, vous êtes transi... Je vous prépare tout de suite un grog bien chaud.
Le prêtre ne se fit pas prier deux fois. Il entra dans un élégant salon, et sur un geste de son hôte, s'assit dans un confortable fauteuil de cuir.
Quelques minutes plus tard, le jeune homme apportait un grand "lait-rhum" tout fumant. Il riait à présent :
- Certainement que cette dame a voulu écrire " Rue Despartes". Dans sa précipitation, elle se sera trompée.
Puis il y eut un court silence...
- Monsieur l'Abbé, dit-il, il y a deux ans que je désire vous rencontrer, mais je n'ai jamais osé... et vous voici chez moi. Vraiment le hasard fait bien les choses. Me permettez-vous de vous parler de moi ? ( un instant de silence ). Je viens de loin, Père...
Et assit tout près du prêtre, il commença à raconter sa vie. Lorsque le bon vicaire quitta le 37 rue Descartes, il laissa une âme toute à la joie d'être réconciliée avec son Dieu. Joie immense que seuls les enfants prodigues qui lisent ces lignes comprennent à sa vraie dimension.
Maintenant le prêtre marchait vite. Il avait passé une heure avec le jeune homme. Que dirait-on de lui et de sa promesse d'être près du mourant dans vingt minutes ?
Qui sait si la messagère, inquiète de ne pas le voir arriver, n'était pas retournée au presbytère ? Mais toutes ces inquiétudes ne lui retiraient pas de l'esprit le souvenir de cette étrange visite. Encore un coup de la Sainte Vierge, pensait-il. C'est elle qui permit l'erreur d'orthographe dans le nom de la rue.
Soudain, le prêtre s'arrêta, figé, la sirène retentit ; un bombardement ! ...
Au pas de course il arriva rue Despartes. Les numéros défilaient. Stupeur ! La rue s'arrêtait au numéro 16. Pas question de chercher la clef de l'énigme. Il s'agit de sauver sa peau. La première cave fut pour notre homme. pendant trois quarts d'heure, le bombardement se poursuivait sans arrêt.
Lorsqu'enfin, le vicaire sortit de son retranchement, il vit une immense lueur écairer la ville, la plupart des maisons étaient en flammes. De partout des cris de douleurs et de désespoir s'élevaient de derrière les façades écroulées. Le bon vicaire en avait le coeur serré.
Sans perdre une seconde, il fut à son devoir, au poste de secours le plus proche. Les blessés et les morts arrivaient par dizaines. Que d'enfants parmi eux ! L'homme de Dieu allait de l'un à l'autre, donnant réconfort et absolution. Soudain, il sentit son coeur défaillir... Pétrifié d'émotion, il fixait le cadavre du jeune homme du 37 de la rue Descartes. Il y a une heure à peine, il lui avait donné l'absolution de ses fautes dans un flot de larmes. Et maintenant, il revoyait son sourire étonné, lorsqu'il lui avait demandé si c'était bien là qu'habitait un jeune homme qui allait mourir, et il n'en savait rien alors. Il souriait à la vie, quand il était au bord de la mort.
Ayant repris ses esprits, le vicaire chercha dans la poche de la victime des papiers susceptibles de lui permettre de l'identifier... Il trouva un portefeuille qui contenait, en plus de se papiers d'identité, une photo. En la regardant de plus près, il sursauta, il reconnaissait la messagère qui était venue la veille au soir. Au dos de la photo, il lut : Maman, 1898-1939 . A côté de la photo, une lettre jaunie, soigneusement pliée. Elle était signée "maman". L'écriture était la même que celle tracée sur l'agenda par la mystérieuse personne.
Pour l'homme de Dieu, il n'y avait aucun doute, c'était bien la mère du jeune homme qui était venue la veille au soir. Le Seigneur de Miséricorde avait permis à cette mère de s'occuper de l'âme de son fils avant qu'Il ne le rappelle pour l'éternité.

Le Sourire de Marie, n°18.
Alaincatho
Bonjour,

Merci pour cette histoire.
Turenne
une très belle histoire véridique qui m'a donné "la chair de poule".
Suscipe
Magnifique conte !
Ne nous laissez pas sucomber
@apvs ,Si vous saviez ce que j'ais ressenti de ma maman en cette action de notre Seigneur ,c'est doux cela tressaille dans tout le corps et on pleur de joie .Merci a vous Merci a notre Dieu Jésus Christ ,si vous saviez.