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Protection des âmes du Purgatoire (http://le-petit-sacristain.blogspot.com/)

Protection des âmes du Purgatoire

Posted: 27 Nov 2019 08:00 PM PST

Extrait de « Les Merveilles Divines dans les Âmes du Purgatoire » par le P. G. Rossignoli, de la Compagnie de Jésus :

Ses ennemis ont été repoussés par la crainte qu'il leur inspirait. (I Macch. III, 6)

Dans l'Ancien-Testament, le valeureux Judas Macchabée, qui ne manquait jamais dans ses combats d'invoquer le secours du Ciel, mérita d'être défendu visiblement par des anges : Machaboeum medium habentes, armis suis circumspectum, incolumem habebant. Depuis l'Évangile, on a vu quelque chose de semblable en plus d'une circonstance, et spécialement dans celle que nous allons rapporter.
Il s'agit d'un simple soldat, pieux, régulier dans ses devoirs, uni de cœur à DIEU dans chacune de ses actions, et mettant en lui sa confiance plutôt que dans son propre courage. Parmi ses œuvres ordinaires de piété, il s'était imposé pour règle inviolable, par une sorte de vœu, de ne jamais passer dans un cimetière, en se rendant à l'église ou autrement, sans s'arrêter quelques instants à prier pour les morts qui y étaient enterrés. En aucune circonstance il n'y manquait. Or, un jour qu'il se promenait seul et sans armes, dans un temps où régnait la violence, quelques ennemis qui le détestaient mirent à profit cette occasion de se jeter à sa poursuite. Il s'enfuit de toutes ses forces, n'ayant aucun moyen de résister à ces furieux, si bien qu'il arriva au pied d'un mur, et d'un saut hardi se lança de l'autre côté, mettant cet obstacle entre les agresseurs et lui. Il allait reprendre sa course, lorsqu'il s'aperçut qu'il était au milieu des tombes, dans un cimetière. Sa promesse lui revint à l'esprit ; mais comment faire? S'il s'arrêtait un seul moment à prier, il perdait l'avantage qu'il venait de conquérir ; s'il ne priait pas, il manquait à un engagement sacré. La délibération ne fut pas longue :
il lui sembla que la protection du Bon-DIEU valait mieux que toutes les fuites du monde, et, à tout risque, il se mit à genoux et récita le De profundis. Le Seigneur ne permit pas que cette confiance tournât contre lui.
Les ennemis l'avaient suivi ; eux aussi avaient escaladé la muraille, et cherchaient des yeux leur victime. Ils l'aperçurent prosternée et priant dans un vrai recueillement. Aussitôt, ils s'approchent sans bruit, résolus de profiter de la circonstance pour le tuer sans danger. Ne comprenant pas ce qu'il pouvait faire dans un pareil moment, ils s'imaginèrent que la peur l'avait cloué à cette place, et qu'il en était devenu comme fou ; ils se regardaient l'un l'autre avec cet étonnement dont on ne peut se défendre devant l'imprévu, et se demandaient s'ils achèveraient leur crime. La réponse fut qu'il fallait ne pas perdre une si bonne occasion, qu'on ne retrouverait certainement plus ; et là-dessus, ils s'avancent. Le lecteur comprend bien que tout cela avait duré à peine quelques secondes. Au moment où ils allaient décharger leur épée et en finir, on voit surgir comme un escadron de guerriers qui entourent le soldat, le protègent, et finalement repoussent les assaillants ; ils se sauvent à leur tour, frappés de terreur. Le soldat avait entendu quelque chose derrière lui, mais sans deviner tout le péril ; en sorte que, sa prière achevée, il se leva avec précipitation, pour s'assurer de la situation ; il ne vit personne, et se remit en route, ne comprenant pas de quelle manière ses ennemis avaient ainsi perdu sa trace.
Quelque temps après, des amis communs ménagèrent une réconciliation. On se donna le baiser de paix, on se promit oubli du passé et amitié pour l'avenir. Quand tous les serments eurent été faits, les assaillants demandèrent au soldat de leur expliquer quelle était cette troupe inconnue qui l'avait si vaillamment protégé pendant qu'il se tenait à genoux, immobile comme une statue. Il ne savait que répondre, n'ayant aucune connaissance de ce fait. Il raconta comment il avait dit sa prière ordinaire pour les morts, malgré le danger qui le pressait, et personne ne doute que les âmes du purgatoire ne fussent accourues à son secours, par une permission de DIEU, et pour récompenser sa dévotion. Le bruit s'en répandit dans tout le pays et au-delà ; chacun, dit l'historien que nous suivons, en prit un nouveau motif d'intercéder en faveur de ces âmes si dignes de pitié, et en même temps si reconnaissantes de ce qu'on fait pour elles.

(V. Alex. Ségala, Triumph. anz‘murum. 3e p., Historia virorum illustr. cisterciens, ex. 4)