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Qu’y a-t-il de bon dans tout cela, O moi, O la vie ? Extrait du film : Le cercle des poètes disparus (1989)More
Qu’y a-t-il de bon dans tout cela, O moi, O la vie ?

Extrait du film : Le cercle des poètes disparus (1989)
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O moi ! O la vie !
Les questions sur ces sujets qui me hantent,
Ces cortèges sans fin d’incroyants, Ces cités peuplées de sots,
Moi-même qui constamment me fais des reproches, (car qui est plus sot que moi et qui plus incroyant ?)

Les yeux qui vainement réclament la lumière, les buts méprisables, la lutte sans cesse recommencée,
Les pitoyables résultats de tout cela, les foules harassées et sord…More
O moi ! O la vie !
Les questions sur ces sujets qui me hantent,
Ces cortèges sans fin d’incroyants, Ces cités peuplées de sots,
Moi-même qui constamment me fais des reproches, (car qui est plus sot que moi et qui plus incroyant ?)

Les yeux qui vainement réclament la lumière, les buts méprisables, la lutte sans cesse recommencée,
Les pitoyables résultats de tout cela, les foules harassées et sordides que je vois autour de moi,
Les années vides et inutiles de la vie des autres, des autres à qui je suis indissolublement lié,
La question, O moi ! si triste et qui me hante – qu’y a-t-il de bon dans tout cela, O moi, O la vie ?

Réponse :

Que tu es ici
Que la vie existe
Et l’identité,
Que le merveilleux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime.

Walt Whitman (1872) poète, humaniste américain. (1819/1892)

N. B Ce poème est reprit en partie dans le film " Le cercle des poètes disparus" par le Professeur Kitting joué par Robin Williams devant ses élèves alors regroupés autour de lui.
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Poèmes
Walt Whitman
Traduction par Léon Bazalgette
F. Rieder et Cie., Paris, 1914

Sortie de la foule, océan qui roule

Sortie de la foule, océan qui roule, une goutte s’est doucement approchée de moi,
Et m’a murmuré : Je t’aime, je mourrai bientôt,
J’ai accompli un long voyage uniquement pour te contempler, te toucher,
Car je ne pourrais pas mourir avant de t’avoir une fois contemplé,
Et j’aurais eu peur de te perdre plus tard
.

A présent que nous nous sommes rencontrés, que nous nous sommes regardés, nous pouvons être tranquilles,
Retourne en paix à l’océan, ma bien-aimée,
Moi aussi je fais partie de cet océan, ma bien-aimée, nous ne sommes pas tellement séparés,
Regarde le grand globe terrestre, la cohésion de tout, comme tout cela est parfait!
Quant à moi et à toi, si la mer irrésistible doit nous séparer,
Et pour une heure nous emporter vers des points contraires, elle ne peut cependant nous tenir à jamais éloignés l’un de l’autre ;
Ne sois pas impatiente—un petit moment—sache-le, je salue l’air, l’océan et la terre,
Chaque jour au coucher du soleil, pour ta chère vie, mon aimée.

Je vous ai entendus, doux et solennels chants de l’orgue

Je vous ai entendus, doux et solennels chants de l’orgue, dimanche dernier comme je passais le matin devant l’église,
Vents d’automne, j’ai entendu en traversant les bois à la brune vos soupirs qui se prolongeaient là-haut si désolés,
J’ai entendu à l’opéra chanter l’absolu ténor italien, j’ai entendu chanter le soprano au milieu d’un quartette ;
Cœur de mon aimée ! Toi aussi je t’ai entendu murmurer tout bas à travers l’un de ses poignets passé autour de ma tête,
J’ai entendu cette nuit, lorsque tout était silencieux, ton battement faire tinter des clochettes à mon oreille.

En ce moment ou je suis seul

En ce moment où je suis seul, gros de pensées et de désirs,
Il me semble qu’il y a d’autres hommes en d’autres contrées pareillement gros de pensées et de désirs,
Il me semble qu’en promenant mes regards au loin je puis les apercevoir en Allemagne, en Italie, en France, en Espagne,
Ou là-bas loin, très loin, en Chine ou en Russie ou au Japon, parlant d’autres dialectes,
Et il me semble que si je pouvais connaître ces hommes-là, je m’attacherais à eux comme je le suis aux hommes de mon pays,
Oh! je sais que nous serions frères et amis,
Je sais que je serais heureux avec eux.

Aux riches qui donnent

Ce que vous me donnez je l’accepte de bon cœur,
Une modeste pitance, une cabane et un jardin, un peu d’argent, lorsque je rassemble mes poèmes,
Une chambre de voyageur et un déjeuner lorsque je voyage à travers les Etats—pourquoi rougirais-je de reconnaître ces dons ? pourquoi les quémander ?
Car je ne suis pas un homme qui n’offre rien aux hommes et aux femmes,
Car à chacun et à chacune je confère l’accès à tous les dons de l’univers.

L’étrange veillée qu’une nuit j’ai passée sur le champ de bataille

L’étrange veillée qu’une nuit j’ai passée sur le champ de bataille…
Lorsque toi, mon fils et mon camarade, tu tombas à mon côté, ce jour-là,
Je ne te jetai qu’un seul regard, auquel tes chers yeux répondirent d’un regard que je n’oublierai jamais,
Et la main que tu soulevas de terre où tu gisais, ô enfant, ne fit que toucher la mienne ;
Ensuite je m’élançai en avant dans la mêlée, où le combat se disputait avec des chances égales,
Jusqu’à ce que, relevé de mon poste tard dans la nuit, je pus enfin retourner vers l’endroit où tu étais tombé,
Et te trouvai si glacé dans la mort, camarade chéri, je trouvai ton corps, fils des baisers rendus, (jamais plus rendus sur cette terre),
J’exposai ton visage à la lueur des étoiles,—singulière était la scène, le vent nocturne passait frais et léger,
Et longtemps je demeurai là à te veiller, sur le champ de bataille qui s’étendait autour de moi confusément;
Veillée prodigieuse, veillée délicieuse, là, dans la nuit muette et parfumée,
Mais pas une larme ne tomba de mes yeux, pas même un soupir profond ne m’échappa,— longtemps, longtemps, je te contemplai,
Puis, m’étendant à demi sur la terre, je me tins à ton côté, le menton appuyé sur les mains,
Passant des heures suaves, des heures immortelles et mystiques, avec toi, camarade chéri, —sans une larme, sans un mot ;
Veillée de silence, de tendresse et de mort, veillée pour toi, mon fils et mon soldat,
Pendant que là-haut les astres passaient en silence et que vers l’est d’autres montaient insensiblement,
Veillée suprême pour toi, brave enfant, (je n’ai pu te sauver, soudaine a été ta mort,
Vivant je t’ai aimé et entouré de ma sollicitude fidèlement, je crois que nous nous reverrons sûrement) ;
Et lorsque traînaient les dernières ombres de la nuit, au moment précis où pointa l’aube,
J’enroulai mon camarade dans sa couverture, j’enveloppai bien son corps,
Je repliai bien la couverture, la bordai soigneusement par-dessus la tête et soigneusement sous les pieds,
Et là, baigné dans le soleil levant, je déposai mon fils dans sa tombe, dans sa tombe sommairement creusée,
Terminant ainsi mon étrange veillée, ma veillée nocturne sur le champ de bataille enveloppé d’ombre,
Veillée pour mon enfant des baisers rendus, (jamais plus rendus sur cette terre),
Veillée pour mon camarade soudainement tué, veillée que je n’oublierai jamais, ni comment, lorsque le jour vint à luire,
Je me levai de la terre glacée et enroulai bien mon soldat dans sa couverture,
Et l’ensevelis là où il tomba.

Remerciements dans ma vieillesse

Des remerciements dans ma vieillesse—des remerciements avant que je m’en aille,
Pour la santé, le soleil de midi, l’air impalpable—pour la vie et rien autre,
Pour les précieux souvenirs qui toujours me hantent, (souvenirs de vous, ma mère chérie —de vous, mon père, de vous, frères, sœurs, amis),
Pour tous les jours de mon existence—non seulement les jours de paix—les jours de guerre pareillement,
Pour les douces paroles, les marques d’affection, les présents venus de pays étrangers,
Pour l’abri, le pain et la viande—pour les suaves témoignages d’appréciation,
(Vous, lecteurs bien-aimés—lointains, inconnus, perdus dans l’ombre—jeunes ou vieux— lecteurs innombrables, non spécifiés,
Nous ne nous sommes jamais vus et nous ne nous verrons jamais,—et pourtant nos âmes longuement s’étreignent, étroitement et longuement);
Des remerciements pour les êtres, les groupes, l’affection, les actes, les paroles, les livres —pour les couleurs et les formes,
Pour tous les hommes vigoureux et braves—les hommes dévoués et audacieux—ceux qui ont bondi au secours de la liberté dans tous les siècles et dans tous les pays,
Pour d’autres hommes, plus vigoureux encore, plus braves, plus dévoués— (des lauriers spéciaux, avant que je disparaisse, aux élus des batailles de la vie,
Les canonniers de la poésie et de la pensée—les grands artilleurs—la tête de l’avant-garde, les capitaines de l’âme) ;
Et comme un soldat revenu d’une guerre terminée—comme un voyageur parmi des myriades d’autres voyageurs, je dis à la longue procession passée :
Merci — joyeux merci ! — le merci d’un soldat, d’un voyageur.