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Psaume 62

Histoire des épidémies : quand la peste semait la panique et la mort

De Jean Vitaux, médecin et gastro-entérologue (dans La Vie)

La Méditerranée a été depuis l’aube des temps une voie de communication majeure permettant les migrations des hommes, le commerce des marchandises, l’échange des idées, l’expansion des civilisations, mais aussi la diffusion des maladies. Elle relie trois continents – l’Europe, l’Afrique, l’Asie – et sa partie orientale est depuis l’Antiquité le point d’aboutissement occidental de la route de la soie, qui reliait la Chine à Trébizonde, puis à Constantinople, à la cité nabatéenne de Pétra et à Alexandrie.

Due à la bactérie Yersinia pestis, identifiée par le pastorien Alexandre Yersin en 1894 à Hongkong, la peste, est originaire de Chine. La route de la soie l’a véhiculée vers la Méditerranée, qui l’a propagée sur ses côtes européennes et nord-africaines. Les conséquences démographiques, sociologiques et religieuses de cette terrible maladie ont été considérables. Plusieurs pandémies (épidémies touchant plusieurs continents) ont frappé tous ses rivages.


Deux effroyables épidémies

La première pandémie, ou « peste de Justinien », prit naissance en Égypte, à Péluse et Alexandrie, en 541, et gagna la Syrie puis Constantinople en 542, où elle sema la mort, tuant jusqu’à 10 000 personnes par jour. Le diagnostic de peste est certain car le chroniqueur Évagre et le médecin Procope décrivirent les bubons caractéristiques de la maladie, et il fut confirmé par les analyses modernes de l’ADN de la bactérie.

Suivant les routes terrestres et maritimes, la peste dévasta Rome, et Marseille fut contaminée par un bateau arrivant d’Espagne en 543. L’évêque et historien Grégoire de Tours évoqua dans son Histoire des Francs cette « épidémie incendiaire » qui frappa à plusieurs reprises la cité phocéenne, puis atteignit Clermont, Paris et la vallée du Rhin, mais épargna les campagnes à distance. Une quinzaine d’épidémies de peste survinrent jusqu’en 767, dernière poussée de cette pandémie.

Le Mongol Djanisberg inaugura la guerre bactériologique en faisant catapulter des malades lors d'un siège.

La deuxième pandémie, ou « peste noire », précédée par une grande épidémie en Chine, débuta en 1346 avec le siège du comptoir génois de Caffa par le Mongol Djanisberg, un khan de la Horde d’Or. Contraint de lever le siège en raison de la peste, ce dernier fit catapulter les cadavres des malades dans la forteresse, inaugurant la guerre bactériologique. Les Génois s’enfuirent sur leurs galères et répandirent l’infection au fil de leurs escales : Constantinople, Messine, Gênes, Marseille et Majorque. Pour la deuxième fois, Marseille fut contaminée par la mer. De là, la maladie gagna Avignon en janvier 1348, Paris en juin, et l’Europe entière en 1351. La mortalité fut effroyable, touchant toutes les classes de la société, les villes et les campagnes, rayant de la carte des villages entiers.

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