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L'espérance dans la nuit (de la poétesse Marie Noël, 1883-1967)

« Ô mon Dieu, Tu donnes la lumière, la joie de Toi pendant le jour, mais pendant la nuit, simplement, fidèlement, sans joie ni lumière, Tu es là. Dans ma fatigue à ras de terre, quand je suis trop faible pour aimer Dieu ni homme. Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Dans mon usure, quand je ne vois plus clair, que mon cœur se refroidit, que ma dernière vertu à bout de forces s'assoupit et somnole comme une vieille femme. Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Dans ma nuit la plus noire, dans le gouffre terrible où Dieu se renverse, où la foi s'écroule comme un château de nuages, où il n’y a plus trace d'espérance sur la terre comme au ciel. Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Dans la mort où tout disparaît, dans la nuit de la mort où l'âme n'a plus ni espace, ni temps, dans le rien où je ne trouverai plus moi ni personne. Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Amen. » (Prières)

« L’Espérance, je l’avais… ou je ne l’avais plus… trop blessée pour vivre, trop inquiète pour mourir. L’Espérance je l’ai nourrie à la sueur de mon front. Elle a bu tout mon courage sans me nourrir elle-même. Tous les jours je l’ai portée. Toutes les nuits, je l’ai pansée. Et quand je tombais de faiblesse, le Mal du monde la chassait de moi avec un cri si grand que Dieu Lui-même en semblait renversé. Alors, pour l’amour de Lui, j’essayais encore de la sauver et Lui, par pitié pour moi, arrivait enfin à mon aide. » (Notes intimes)