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Saint du jour - Saint Antoine-Marie Zaccaria confesseur (✝ 1539) . Fête le 5 juillet

Vers le milieu de l'année 1503, mourait à Crémone un jeune gentilhomme nommé Lazare Zaccaria. Il laissait une veuve de dix-huit ans, Antoinette Pescaroli, et un orphelin de quelques mois, qui portait les noms d'Antoine-Marie. Sa mère, malgré sa jeunesse, refusa de contracter une nouvelle union, tout entière appliquée à l'éducation de son fils. Elle avait une profonde piété qu'elle s'efforça d'inspirer au petit Antoine-Marie, à peine fut-il en état de comprendre, et elle réussit merveilleusement. L'enfant joignait à un tendre amour de Dieu, qu'il manifestait par son zèle à la prière et sa naissante austérité, une charité extrême envers le prochain. Pour secourir les pauvres, il ne regardait à rien : un jour il se dépouilla de son riche vêtement afin de couvrir un misérable ; et déjà, estimant le bien des âmes au-dessus de tout autre, il répétait aux domestiques les instructions chrétiennes qu'il avait entendues.
Quand il eut terminé à Crémone ses études littéraires, il alla faire sa philosophie à Pavie ; puis il se rendit à Padoue pour y suivre les cours de médecine. Cette carrière était alors fort estimée de la noblesse ; il l'avait choisie cependant non pour acquérir la richesse, — il jouissait d'une belle fortune, — mais parce qu'il croyait y trouver l'occasion d'exercer la miséricorde spirituelle aussi bien que la miséricorde corporelle. Mais, comme il avait constamment pratiqué, au cours de sa vie d'étudiant et dans des villes livrées au plaisir, les plus nobles vertus, Dieu lui fit la grâce de sentir peu à peu l'attrait et de .désirer le bonheur de la vocation sacerdotale. Sous la direction d'un Père dominicain, il commença donc à étudier les sciences sacrées, tout en se donnant à quelques œuvres apostoliques : des catéchismes d'enfants, une réunion d'adolescents.
En 1528 probablement, il fut ordonné prêtre. Il était dès lors en usage d'environner les premières messes d'une pompe solennelle. Antoine-Marie estimait que ces chants, cette musique, ces lumières, cette nombreuse assistance n'aboutissaient qu'à diminuer le charme intime, la dévotion du nouveau célébrant :
il n'en voulut point. Mais Dieu se chargea de solenniser la fête : les rares assistants virent avec admiration une auréole lumineuse ceindre la tête de l'heureux prêtre et une troupe nombreuse d'anges environner respectueusement l'autel.
Dès lors Antoine-Marie se livra à tout son zèle et lâcha bride à tous ses désirs de perfection. Visite des malades et des prisonniers, confessions assidues, prédications fréquentes, catéchismes, réunions pieuses, rien n'était trop à son gré. Sa parole simple, presque négligée, était brûlante d'amour de Dieu et pénétrait au plus profond des âmes. Aussi le nommait-on l'Ange de Dieu. Austère jusqu'à l'excès, il gardait une abstinence continuelle, jeûnait fréquemment, usait de la discipline et du cilice :
il savait que les Saints ont toujours estimé nécessaire l'union de la pénitence, de la prière et de l'apostolat.
Cependant l'heure était mauvaise. Il y avait dans l'Église de graves désordres que le clergé trop souvent, loin de les combattre, partageait. Déjà Luther en avait pris occasion de prêcher ses erreurs. Antoine-Marie, qui gémissait de ce mal terrible, conçut le désir de travailler à la réforme des mœurs, principalement cléricales, par la fondation d'une congrégation de prêtres voués à la pénitence et à la prédication. Ce désir venait de Dieu ; la Providence fournit les moyens de le réaliser. En 1530, — l'année même de la diète d'Augsbourg, — une pieuse dame la comtesse Louise Torelli, princesse de Guastalla, voulant confier à Antoine-Marie sa conscience et celle de sa maison, l'appela à Milan. Il résista d'abord, puis se rendit compte que cette situation favoriserait ses projets ; il accepta. A Milan, en effet, il ne tarda pas à trouver ses deux premiers compagnons, Barthélémy Ferrari et Jacques-Antoine Morigia, laïques encore tous deux, mais fervents. Bientôt deux autres, prêtres ceux-là, se joignirent à la petite troupe. Dès lors, Antoine-Marie crut qu'il était temps d'obtenir du pape l'autorisation d'établir un Ordre nouveau. Clément VII l'accorda sans peine.
La congrégation, qui prit le nom de Clercs réguliers de Saint-Paul, commençait de vivre. Les huit premiers religieux, hommes d'une admirable ferveur, se livraient à des actes publics d'une si extraordinaire humilité, montraient un zèle si ardent, qu'ils émurent, non point l'émulation, mais la jalousie, la critique, la malveillance de quelques ennemis, laïcs et prêtres, et ceux-ci soulevèrent contre les saintes gens une telle rumeur, que leur chef trembla un instant de voir s'écrouler toute son œuvre.
Mais une enquête menée à la fois par le sénat, le vicaire général et le préfet de l'Inquisition établit l'injustice des accusations et la sainte vie des inculpés. De ce moment, approuvés de nouveau par Paul III en 1535, ils purent développer en paix leur institut. Il s'établissait, d'une part, sur une pauvreté telle que, quelques années après, il parut nécessaire de la modérer, une pénitence austère qui multipliait les jeûnes et prohibait sévèrement l'usage de la viande, et une abnégation continuelle entretenue par une humilité jalouse de saisir toutes les occasions de s'abaisser ; d'autre part, sur un culte très particulier du saint Nom de Jésus et de la sainte Eucharistie. Antoine-Marie et ses fils furent d'ardents propagateurs de la communion fréquente et de l'exposition du saint Sacrement dite des quarante heures.
Du reste le saint fondateur, défiant de lui-même et demandant au temps et à l'expérience la confirmation de ses règles, ne voulut jamais les promulguer capitulairement. Elles ne le furent que longtemps après sa mort, en 1579. Il se refusa aussi à accepter la charge de supérieur général ou prévôt, quand il devint nécessaire d'y pourvoir, et fit nommer à ce poste son premier disciple Jacques-Antoine Morigia. Du reste il garda toujours, quoique sans titre, une grande part à l'administration de son Ordre. Et en particulier il y adjoignit une congrégation de femmes qui s'appela les Angéliques de Saint-Paul et qui devait rendre aux autres instituts féminins les services que rendaient aux hommes les Clercs réguliers.
Ces derniers s'étaient établis d'abord dans une petite maison voisine de l'église Sainte-Catherine. Mais bientôt, trop à l'étroit et surtout n'ayant qu'un oratoire fort insuffisant, ils obtinrent la cession d'une église qui était dédiée à saint Barnabé . C'est de là qu'ils reçurent l'appellation populaire de Barnabites.
Cependant, tout jeune qu'il fût, Antoine-Marie, brisé par les travaux et les pénitences, touchait à sa fin. Une mission qu'il alla, en 1537, donner à Vicence, sur le désir du cardinal Ridolfi, évêque de cette ville, lui porta un coup funeste. Il acheva de s'épuiser à celle de Guastalla, entreprise à la fin de mai 1539 :
il ne put même la mener à terme. A bout de forces, il se fit transporter, pour y mourir, à Crémone, dans la maison de sa mère. Antoinette Zaccaria vivait encore ; c'est entre ses bras que le fils qui lui devait les premiers éléments de sa sainteté rendit doucement son âme à Dieu, le 5 juillet. Il n'avait que trente-sept ans.
Vénéré publiquement comme un saint dès l'instant de sa mort, Antoine-Marie, par suite de circonstances défavorables qui entravèrent le procès de sa canonisation, n'a été inscrit au Martyrologe romain que par le pape Léon XIII le 27 mai 1897.