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Église, épouse du Christ, que fais-tu de tes justes ? (sur l'affaire Jean Vanier)

Psaume 62
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Chronique de Clotilde Brossollet Diffusée sur Radio Espérance radio-esperance.fr/…/jdis-ca-jdis-ri…# le 28 février 2020More
Chronique de Clotilde Brossollet
Diffusée sur Radio Espérance radio-esperance.fr/…/jdis-ca-jdis-ri…# le 28 février 2020
Psaume 62
Église, épouse du Christ, que fais-tu de tes justes ?

La stupéfaction a laissé place à une immense tristesse et parfois à une profonde colère. Jean Vanier ? Lui aussi ? La chose paraît impensable à celui qui n’avait pas eu vent de l’enquête commanditée par l’Arche à la fois sur les liens entre son fondateur, Jean Vanier et son père spirituel le Père Thomas Philippe, frère aîné de Marie-…More
Église, épouse du Christ, que fais-tu de tes justes ?

La stupéfaction a laissé place à une immense tristesse et parfois à une profonde colère. Jean Vanier ? Lui aussi ? La chose paraît impensable à celui qui n’avait pas eu vent de l’enquête commanditée par l’Arche à la fois sur les liens entre son fondateur, Jean Vanier et son père spirituel le Père Thomas Philippe, frère aîné de Marie-Dominique Philippe et sur les agissements de Jean Vanier lui-même.

C’est un peu comme si la lèpre du péché le plus immonde pouvait atteindre tous les cœurs même celui de ceux qui semblaient avoir une place toute particulière au sein du Royaume. Celui qui fut à l’origine de l’Arche avait non seulement connaissance de la condamnation par Rome de son père spirituel le dominicain Thomas Philippe mais il est lui aussi l’auteur d’abus spirituels et sexuels sur six femmes, à ce que l’on sait aujourd’hui.

Cela semble incompréhensible. Celui qui nous a appris que le plus fragile pouvait nous édifier, que le soin du corps souffrant de l’autre, que la vie quotidienne aux côtés de ceux qui regardent le monde avec simplicité sont un avant-goût du Royaume, a lui aussi abusé de la fragilité humaine.

Seule sa relation à son père spirituel peut expliquer une telle faille dans la personnalité de Jean Vanier. Le Père Thomas Philippe condamné en 1956 par Rome, a fait de Jean Vanier son disciple de perversion. Jean Vanier le reconnaîtra lui-même. Quelques mois avant sa mort, au responsable de l’Arche en France qui lui demandait comment il abordait sa fin de vie, l’homme répondait « Je suis angoissé, parce que je suis encore le fils spirituel du père Thomas. » Jean Vanier a donc reproduit les comportements qu’il a appris. Mais de victime, il est devenu responsable comme le souligne Stephan Posner, responsable international de l’Arche.

En 1956, le Père Thomas Philippe est condamné par le Saint- Siège suite à un procès pour abus sexuels sur deux femmes. Il lui est alors interdit d’enseigner, d’exercer tout ministère et d’administrer les sacrements. L’homme en déployant une fausse mystique pour convaincre ses victimes a associé à l’abus sexuel l’abus spirituel. Thomas Philippe a aussi interdiction de fréquenter tout le petit groupe qui le soutient depuis le début des années 1950 et dont fait partie Jean Vanier. Interdiction qu’il n’a pas respectée au point qu’en 1963, il retourne à Trosly où il reprend ses activités de prêtre… Un an plus tard, l’Arche naîtra dans ce petit village de l’Oise. Comment Thomas Philippe a-t-il pu ainsi se soustraire à sa condamnation, poursuivre ses abus et maintenir ainsi son emprise sur Jean Vanier ? Celui-ci a, sans équivoque, adopté certaines pratiques déviantes de son père spirituel mais rien n’a été fait pour les éloigner l’un de l’autre alors que le procès canonique du prêtre avait souligné l’ascendant trop grand qu’il avait sur l’ancien officier de marine. Il ne s’est trouvé personne dans l’institution ecclésiastique pour protéger tous ceux qui vivaient autour de Thomas Philippe et exiger que la peine du procès canonique soit appliquée.

Pourquoi Jean Vanier ? Pourquoi celui qui nous a appris à chérir la fragilité a-t-il été celui qui a profité de la fragilité de ses victimes. Mais pourquoi le mal a-t-il choisi Jean Vanier ? Certainement parce que la chute du médiocre que personne ne regarde ne fait point de fracas. La chute du juste nous fait vaciller car elle emporte avec elle toute l’admiration stimulante que nous avions pour celui qui nous a pu nous montrer le chemin. Si celui qui nous précède faute, le troupeau est perdu. Le Malin a l’intelligence de savoir choisir ses proies avec efficacité. Mais alors pourquoi l’Eglise ne prend-elle pas assez soin de ceux qui brillent par leurs talents, par leurs charismes et par leurs œuvres ? Elle semble gênée par ces personnalités hors normes et ne parvient pas souvent à leur imposer un accompagnement solide doublé d’une obligation de rendre-compte. Laisser ainsi les fortes personnalités, les initiateurs, les surdoués, les médiatiques à la solitude du succès, c’est prendre le risque de les rendre encore plus fragiles, encore plus vulnérables.

Je ne fais pas partie de ceux qui se flagellent parce que nous aurions fait de Jean Vanier et de tant d’autres des idoles qui nous auraient détournés du Christ, les canonisant de leur vivant. Que ceux-là se taisent ! Nous avons appris aux côtés de ces grandes figures, nous avons grandi dans notre foi en les regardant agir, en les écoutant parler. Nous ne sommes que des hommes et nous avons besoin de modèles, certes imparfaits. Mais je me refuse à devenir suspicieuse, à ne plus faire confiance. Je préfère être trahie que de vivre une foi qui n’aurait rien à apprendre des autres, une foi qui ne s’incarnerait pas aussi dans les actions des autres.

Et à ceux qui douteraient des fruits de l’arbre, je répondrais par les mots mêmes de Jean Vanier : « Pour qu’une fondation vive et grandisse, il faut que le fondateur meure. » Jean Vanier est mort et aujourd’hui l’Arche vit à travers ses 154 maisons dans 138 pays. C’est peut-être là que réside le mystère de Dieu, d’avoir permis que, même à travers Jean Vanier, pêcheur parmi les pêcheurs, son action de miséricorde infinie se fasse.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Mais le Catéchisme de l’Église catholique rappelle à l’article 312 :

« Avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causés par ses créatures. […] Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu par la surabondance de sa grâce, a tiré le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien. »