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Derniers temps et Fin des temps

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Le millenium de saint Irénée est le temps du « relèvement des justes » qui auront été « laissés » (AH, V, 30, 4) et vivifiés. Ce millenium fait réellement passer « à travers le jugement eschatologiqu…More
Le millenium de saint Irénée est le temps du « relèvement des justes » qui auront été « laissés » (AH, V, 30, 4) et vivifiés. Ce millenium fait réellement passer « à travers le jugement eschatologique », il ne prétend pas accomplir l’espérance messianique avant le jugement, c’est pourquoi il ne tombe pas dans la condamnation du magistère.
Il est possible de penser le mystère de la Royauté du Christ manifesté dans la gloire comme une évidence de lumière qui apparaîtra dans les conditions de la vie culturelle et politique, et qui unira les hommes dans un même dessein.
Joachim de Flore (1135-1202) avait rêvé de ce temps où la volonté de Dieu sera désormais « faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10) et où les doux « possèderont la terre » (Mt 5, 4), mais pour son époque, avant la venue glorieuse et sans le passage par le Jugement. Il était tombé dans l’idéologie, en imaginant faire advenir le royaume de Dieu sur terre, et ses partisans se crurent supérieurs aux autres hommes. L’idéologie commence dès que l’on imagine la réalisation du royaume de Dieu avant la venue glorieuse du Christ.
Il y a des précautions pour prévenir ce genre de dérives : gardons le sens de l’adoration et du Jugement à venir, et ne nous imaginons jamais supérieurs aux autres. C’est devant tous que le Fils de l’homme apparaîtra dans la gloire –« comme l’éclair qui part de l’orient brille jusqu’à l’occident, ainsi se produira la venue du Fils de l’homme » (Mt 24, 27)–, et tous ceux qui l’accueilleront pourront participer à sa puissance.
Il existe d’autres tentations encore.
L’erreur du quiétisme est celle d’un excès de passivité, excès lié à une minimisation du Jugement. Attendre la Venue glorieuse du Christ ne signifie pas attendre sans rien faire. Cette tentation, présente au XVIII° ou XIX° siècle, fait place de nos jours à d’autres genres de tentations.
La tentation de nos sociétés sécularisées est de ne rien attendre de Dieu. Or, ne pas attendre que le Christ chasse l’Antichrist et instaure son royaume, c’est risquer de vouloir, tôt ou tard, arracher soi-même l’ivraie ; notre monde est plein de ces dérives totalitaires pleines de belles intentions. C’est une autre erreur, potentiellement très dangereuse.
On peut encore imaginer, comme dans l’islam, que le Christ revienne régner matériellement et directement sur le monde ; c’est s’exposer à la tentation de sacraliser les autorités humaines… Avec tout le risque dictatorial qui s’en suit…
Comprendre correctement la Venue glorieuse du Christ permet de se réjouir de tout ce qui peut préparer le règne de Dieu (saints rois de l’histoire de France, personnages politiques providentiels, chefs religieux charismatiques…), mais sans confondre une certaine préparation ou préfiguration avec la prétention de faire déjà régner Dieu sur la terre.
Comprendre la Venue glorieuse nous fait envisager nos possibilités d’action avec douceur et humilité. Savoir que la Venue glorieuse sera précédée de l’Antichrist, c’est savoir que l’on peut certes dès maintenant juger et combattre ceux qui font le mal mais se souvenir aussi que, lorsqu’elle évoque les deux témoins investis du pouvoir temporel et spirituel, l’Apocalypse nous révèle aussitôt qu’ils sont aussi martyrs (Ap 11)… Ce n’est pas être défaitiste que de dire cela, c’est simplement être réaliste. Ce n’est pas déprimant non plus, car les saints martyrs apparaîtront avec le Christ glorieux et régneront avec lui.
Comprendre la Venue glorieuse, c’est vivre dans une ferme espérance, car la Royauté du Christ sera spirituelle en même temps qu’efficace, s’exerçant par l’attrait (ou finalité) et non par le pouvoir. C’est ainsi que règne l’amour. Et alors, sur la terre l’organisation politique humaine se fera dans une adéquation parfaite au Christ, dans la liberté des enfants de Dieu. Une telle espérance nous vivifie déjà, et nous donne le désir de travailler à préparer le plus possible cette organisation humaine enfin « juste », car totalement dans la lumière de l’amour du Christ !

F. Breynaert, La Venue glorieuse du Christ, édition du Jubilé.
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