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Les Inventions de la Vie, une série de Jean-Pierre CUNY, musique originale de Joël FAJERMAN

CordisZetes
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[1:36] Certains êtres vivants pourraient faire penser, en paraphrasant Coluche, que Dieu a dit : Dans la vie, il y aura des durs, il y aura des mous. Et pour celui qui sera petit et mou, ce sera très dur. Mais la "moulitude", ainsi qu'on devrait dire, c'est quoi ? Le comte de Buffon, naturaliste et écrivain français, avant de mourir en 1788,
en a donné cette admirable définition digne d'être gravé dans du mou : "Tout ce qui est humide est en même temps, mou, c'est-à-dire moins dur que ce qui est sec". Voici un mou, très humide et plutôt petit, pour qui, en effet, la vie est très dure. Holothurie ou Concombre de mer. C'est un cousin des équinodermes, c'est-à-dire de ces animaux à peau hérissée que sont aussi, notamment, les étoiles de mer. Anatomie peu enthousiasmante : une bouche à l'avant, un anus à l'arrière. Entre les deux : du mou, à peine renforcé, à l'intérieur par de minuscules pièces de calcaire même pas solidaires, éparpillées dans le mou. Longueur moyenne : de vingt à trente centimètres allant jusqu'à deux mètres. Le Concombre de mer voyage peu : on en a vu rester deux ans au même endroit. Il pèche du plancton à la ligne avec les tentacules qu'il a dans la bouche ; et s'il décide bouger, pas de quoi alerter les médias. S'aidant de ses molles aspérités, il fait du quinze à vingt centimètres à l'heure.

[3:26] Le champion du monde a parcouru un mètre en un quart d'heure. Pour aggraver les choses : marche arrière impossible. Le concombre coincé, doit négocier un virage en épingle à cheveux ; ce qui peut lui demander trois heures. Signalons un modèle particulier : le Concombre adhésif. C'est son vrai nom. En latin, Ptosilapta inerans. On le trouve collé au sable ; et le lendemain, il n'est plus là. C'est que, la nuit, celui-là, ... il nage.

[4:12] Mais en quoi, pour ce mou, la vie est-elle très dure ? D'abord, une foule de protozoaires vit dans la bouche du Concombre de mer ; et aussi à l'arrière, dans ses poumons, lesquels communiquent avec son anus, puisque c'est par là que respire le Concombre de mer ; en aspirant de l'eau fraîche, oxygéné par le rectum. Passons. Dans son intestin, vivent d'autres squateurs minuscules, passe encore. Mais voici que des mollusques bivalves s'installent sur le capot du Concombre de mer. Une espèce japonaise s'est carrément fabriquer un pied pour se faire trimballer ; et lui vole au passage le plancton qu'il essaye de faire circuler vers sa bouche en agitant d'inombrables cilles pour créer un courant. D'ailleurs comme il en aspire aussi par l'anus, des vers marins en profitent pour s'enfiler dans son anus. Croyez vous que ce soit tout ? Des petits crabes, et allez donc, s'enfournent aussi dans son anus, et s'installent à demeure dans son rectum ; ce qui commence à faire du monde. Pendant ce temps, des petits crustacés pénètrent dans sa bouche pour y jeter un œil ; le seul qu'ils ont, c'est pourquoi on les appelle des cyclopes ; et ils mangent du plancton par la bouche. Du monde à l'avant, du monde à l'arrière, du monde à l'intérieur, du monde sur le pont. Et puis quoi encore ?

[5:48] Un poisson, de la famille des ouverins, pénètre aussi le Concombre de mer par l'anus ; comme le ver marin et comme le crabe. Après quoi, il perfore les intestins, mange une partie des poumons, et les parties génitales de son hôte. Lequel n'étant plus que l'ombre d'un concombre pourrait penser que, cette fois, c'est le comble. Et bien, non. Quand le poisson est petit, il pénètre en marche avant. A l'intérieur, il a la place pour faire demi-tour. Mais si c'est un gros, il se gare en marche arrière, pour se mettre à l'abri de ses prédateurs. Le Concombre de mer, à ce stade, n'est plus qu'un garage à poisson.
[6:34] Et pourtant. A part cette foule d'invités, le concombre encombré se charge de ses ennemis. Il a, ici, près du rectum, une cinquantaine de filaments de deux à trois millimètres d'épaisseur. En cas danger, il projette le tout. Les filaments sont collants et peuvent s'allonger de vingt à trente fois leur longueur. C'est la "dissuasion spaghetti".

[7:00] Certains concombres menacés, envoient même promener tout leurs tubes digestifs, empoisonné à loloturine, un poison capable de dissuader un requin. Dans les cas graves, ils abandonnent même tout leur arrière train et tout le saint-frusquin des squateurs ; et en deux semaines, ils refont le tout. Ainsi, ce mou, décourage-t-il ses prédateurs. Les requins, oui. Les chinois, non. Ils désempoisonnent le Concombre de mer en le faisant bouillir ; et en mangent trois mille tonnes par an.

[7:38] Et si vous croyez que le coup du poisson qui se gare en marche arrière dans le Concombre de mer a été rajouté, pour faire un gag dans le dessin-animé, sachez que jamais nous n'inventons rien, la preuve. (Pause)
[8:25] Enfin, si vous ne croyez pas non plus au coup de la dissuasion spaghetti, le voici - document rare - en images réelles. (Pause)
Ainsi donc, aussi mou qu'il soit, un mou peut toujours être …
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CordisZetes
"Au départ, je suis un poète", lance tout de go Jean-Pierre Cuny, chasseur de singularités naturelles. "Mais moi, c’est la poésie de la vie qui m’intéresse." Le réalisateur des Inventions de la vie est surtout un passionné, un "amateur de tout, si vous voulez", qui a mis du temps à trouver sa voie. A l’école, en licence de lettres, journaliste au Maroc... le jeune Jean-Pierre s’ennuie partout, …More
"Au départ, je suis un poète", lance tout de go Jean-Pierre Cuny, chasseur de singularités naturelles. "Mais moi, c’est la poésie de la vie qui m’intéresse." Le réalisateur des Inventions de la vie est surtout un passionné, un "amateur de tout, si vous voulez", qui a mis du temps à trouver sa voie. A l’école, en licence de lettres, journaliste au Maroc... le jeune Jean-Pierre s’ennuie partout, même s’il s’adonne avec bonheur à l’écriture. De retour en France, ce Méditerranéen dans l’âme accepte sans hésiter de collaborer avec Jacques Antoine sur Télé Monte Carlo.
Mais la rencontre avec Jean Giono, sur les hauteurs de Manosque, bouleverse tout. "On parlait de nature, de garrigue, des plantes du maquis, des oiseaux et je disais à Giono: "Il se passe des tas de choses intéressantes dans les buissons, mais les gens ne le savent pas!" Et il m’a répondu: "On va dans les étoiles, mais on ne sait même pas ce qui se passe sur les talus."" Persuadé que "pour être compris par tous, tout doit pouvoir être dit dans une langue souple, claire et simple, dans un bon style et avec humour", Jean-Pierre Cuny se lance dans la réalisation de documentaires sur la faune et la flore des Alpes-de-Haute-Provence, puis sur L’aventure des plantes (1980) et Les inventions de la vie. La voie est trouvée, le public aime.
Depuis, ce passionné d’écriture et de parole court le monde pour tourner des images, trouver des films scientifiques, rencontrer des spécialistes, avant de se plonger avec délices dans les livres sur le sujet choisi, écrits parfois dans "un vrai pathos"! Alors que, pour écrire ensuite le fameux commentaire, "il faut avoir le ton du conteur, comme si vous lisiez en public un roman policier".
A soixante-quatre ans, Jean-Pierre Cuny prépare la suite des Inventions pour Canal+ et une série sur les Archéospaces, où il raconte la vie des civilisations anciennes... Encore une vieille passion.

GERALDINE L., 1994. Portrait : Jean-Pierre Cuny. La Vie n°2554, 11 août. [www.lavie.fr/…/jean-pierre-cun…