Lettre pastorale : Considérations sur l’application des documents promulgués par le Concile œcuménique Vatican II
Extrait du recueil « Por um cristianismo autêntico » (Éd. Vera Cruz, São Paulo, 1971, p. 269-300) :
Aspects peu étudiés de la crise religieuse contemporaine : hérésies latentes et répandues – leur rapport avec les courants procommunistes, tels que l’extrémisme de gauche au sein de la Démocratie chrétienne.
Note de notre site concernant cette récente traduction française (août 2026) de cette lettre pastorale : Le professeur Roberto de Mattei a écrit dans son ouvrage « Le croisé du XXe siècle : Plinio Corrêa de Oliveira » (avec une préface de S. Ém. le cardinal Alfons Maria Stickler S.d.B., Piemme, 1996) :
« Antonio de Castro Mayer naquit à Campinas, dans l’Etat de São Paulo, le 20 juin 1904. Il obtint son doctorat en théologie à l’Université Grégorienne de Rome (1924-1927) où il fut ordonné prêtre le 30 octobre 1927. Assistant général de l’Action Catholique de São Paulo (1940), puis vicaire général de l’archidiocèse (1942-1943), il fut sacré évêque le 23 mai 1948 et nommé coadjuteur, avec droit de succession, de l’évêque de Campos. Il gouverna en tant qu’évêque le diocèse de Campos jusqu’en 1981. Mgr de Castro Mayer rompit avec Plinio Corrêa de Oliveira et avec les TFP en décembre 1982. Le fait devint public (“Folha da Tarde”, 10 avril 1984 ; “Jornal do Brasil”, 20 août 1984) et peut être rattaché au rapprochement progressif de l’ex-évêque de Campos aux positions de Mgr Marcel Lefebvre, qui culmina avec la participation de Mgr. de Castro Mayer lui-même, aux consécrations épiscopales de Ecône le 30 juin 1988, qui lui valurent l’excommunication latae sententiae. Il mourut à Campos le 25 avril 1991 » (cf. op. cit., L’Age d’Homme, 1997, Lausanne, Suisse, page 66).
Table des matières
Présentation
I – Objectifs du Concile : renouveau, adaptation et œcuménisme
Hiérarchie des fins. Primauté du renouveau spirituel
Église militante
Stratégie actuelle de l’ennemi
L’adaptation et la croissance de l’Église
Renouveau et croissance
Les erreurs actuelles. Le relativisme
II – Dogmes, préceptes, coutumes
Importance de l’ambiance
L’hérésie généralisée
Convergence entre l’hérésie généralisée et la mentalité de l’homme contemporain
Le néo modernisme
Le rôle des modernistes dans l’hérésie généralisée
Le rôle des médias
III – « Sous réserve d’un droit particulier, l’usage du latin est maintenu dans les rites latins »
Importance de la partie disciplinaire
Le chant grégorien
Le chant religieux populaire
La piété et la vie communautaire
Le socialisme dans l’Église
Vie communautaire et direction spirituelle
Le culte des saints, les images et les reliques
Motif du culte des saints
IV – Points de doctrine définis
Œcuménisme
Règles d’action
Conclusion
* * *
Les prêtres du diocèse ont exprimé le souhait de recevoir, par écrit, un commentaire du prélat diocésain sur les documents de la quatrième et dernière phase du Concile œcuménique Vatican II. Ils s’attendaient à ce que l’évêque leur adresse une lettre pastorale à ce sujet, comme il l’avait fait à l’occasion de la présentation de la Constitution sur la liturgie sacrée et du Décret sur les moyens de communication sociale, promulgués lors de la deuxième phase du concile[1], et en exposant, dans l’Instruction pastorale sur l’Église[2], la Constitution dogmatique « Lumen Gentium », dont la discussion s’était achevée au cours de la troisième phase du grand Synode et qui traite du thème central de ce Concile œcuménique.
Le fait est que, au cours de cette dernière période conciliaire, pas moins de onze documents ont été promulgués[3], dont chacun mérite une étude spécifique, mais qui sont tous synthétisés dans la Constitution « Lumen Gentium ». Par conséquent, d’une part, il est presque impossible de les traiter tous dans une Lettre pastorale ; d’autre part, leurs principes généraux ont déjà été exposés dans l’Instruction pastorale sur l’Église.
Néanmoins, la conclusion du Concile nous invite à réfléchir sur sa nature et sa finalité, car cela permettra de comprendre plus facilement les documents promulgués, sans tomber dans des interprétations erronées et dangereuses. Nous estimons qu’une telle réflexion sera d’une grande utilité pour la formation catholique et pour l’efficacité d’un apostolat visant à raviver la foi chrétienne et à répandre le Royaume de Dieu dans le monde, devoirs qui incombent à chaque fidèle.
Nous adresserons donc ce message d’orientation à nos très chers collaborateurs et à nos enfants bien-aimés. Nous pensons ainsi répondre à l’attente légitime qui nous a été manifestée et remplir, en outre, notre grave devoir de Père et de Pasteur des brebis que le Vicaire du Christ a daigné confier à nos soins.
- I -
Objectifs du Concile : renouveau, adaptation et œcuménisme
Pour comprendre le Concile œcuménique Vatican II, il faut avant tout garder à l’esprit la raison pour laquelle il a été convoqué par le Saint-Père Jean XXIII, de mémoire bénie, et mené à bien par l’actuel Pape, qui règne glorieusement, Paul VI.
Selon la pensée de Jean XXIII, le Concile n’avait pas pour but de définir un quelconque point controversé de la doctrine catholique. Sa raison d’être était autre. Sa mission était de promouvoir une ferveur renouvelée dans la vie chrétienne, à travers une adhésion plus pleine et plus intense à la vérité révélée, magnifiquement exposée, notamment par les conciles de Trente et de Vatican I. En second lieu, le Concile aurait dû veiller à ce que cette doctrine, sans la moindre altération, soit étudiée et expliquée selon les exigences de notre époque. Fruit de l’effort conciliaire, le Pape espérait promouvoir cette unité voulue par Dieu Notre Seigneur, qui désire le salut de tous les hommes, par l’adhésion à la vérité révélée.
Dès sa première encyclique, Jean XXIII évoque le but et les espoirs du Concile. Il s’exprime toutefois, comme on pouvait d’ailleurs s’y attendre, de manière plus explicite dans l’allocution par laquelle il a inauguré le grand Synode le 11 octobre 1962. Voici le passage de sa prière qui se réfère plus directement au but du Concile : « 4. Mais notre travail ne consiste pas, en tant qu’objectif premier, à discuter de certains des principaux thèmes de la doctrine ecclésiastique, et ainsi à rappeler plus en détail ce qu’ont enseigné les Pères et les théologiens anciens et modernes, et que nous supposons évidemment ne pas vous être inconnu, mais gravé dans vos esprits. […]. 5. Il n’était pas nécessaire de convoquer un concile œcuménique pour simplement engager de telles discussions. Il faut au contraire, à notre époque, que l’ensemble de l’enseignement chrétien soit soumis par tous à un nouvel examen, dans un esprit serein et calme, sans rien en retrancher, avec cette rigueur de pensée et cette précision de formulation qui ressortent surtout dans les actes des conciles de Trente et de Vatican I ; il faut que cette même doctrine soit examinée plus largement et plus en profondeur, et que les esprits en soient plus pleinement imprégnés et informés, comme le souhaitent ardemment tous les sincères défenseurs de la vérité chrétienne, catholique et apostolique ; il faut que cette doctrine certaine et immuable, à laquelle il faut accorder une adhésion fidèle, soit approfondie et exposée selon les exigences de notre époque. […]. 8. 1. (…) Sans l’aide de l’ensemble de la doctrine révélée, les hommes ne peuvent parvenir à une unité absolue et très solide des cœurs, à laquelle sont liées la vraie paix et le salut éternel » (AAS 54, pp. 791-793).
Enfin, la Constitution sur la liturgie, premier document conciliaire promulgué, rappelle dans son paragraphe d’introduction le double objectif du Saint Synode : l’animation de la vie chrétienne parmi les fidèles ; une meilleure adaptation aux exigences de notre temps des institutions susceptibles d’être modifiées ; la promotion de tout ce qui peut contribuer à l’union de tous les chrétiens ; le renforcement de tout ce qui peut conduire tous les hommes au sein de l’Église (cf. AAS 56, p. 97).
Hiérarchie des fins. Primauté du renouveau spirituel
Il existe une hiérarchie parmi les fins proposées au Concile œcuménique Vatican II. Jean XXIII l’a clairement énoncé dès sa première encyclique, « Ad Petri Cathedram » (AAS 51, p. 511). La fin primordiale, base et fondement de toutes les autres, est le renouveau intime du fidèle, selon l’esprit et l’exemple de Jésus-Christ. En effet, toute adaptation de l’Église aux temps modernes ne peut être conçue, ni réalisée avec succès, que si elle découle d’un renouveau spirituel, selon les modèles établis par le Divin Maître. Toute autre adaptation ne portera pas le sceau de l’authenticité chrétienne.
Paul VI a donc pu déclarer que le renouveau de la vie individuelle, familiale et sociale constituait le « seul but du Concile » (Motu proprio « Mirificus Eventus » – éd. Typ. Vat., 1965, p. 3) ; et il entend ce renouveau comme un changement intime, par la vertu de la pénitence, la fréquentation des sacrements, l’exercice des autres vertus chrétiennes, grâce à l’influence surnaturelle tirée du Sacrifice et de la Table eucharistique, à la ferme volonté d’imiter Jésus-Christ crucifié et au zèle pour l’expansion du Royaume de Dieu (ibid., pp. 4-5).
L’Église militante
Néanmoins, l’objectif principal du Concile, et fondement de toute adaptation authentique, est progressivement relégué aux oubliettes. L’accent est davantage mis sur l’ « actualisation », l’adaptation à l’époque actuelle, et sur l’œcuménisme, l’engagement en faveur de l’union de tous ceux qui se glorifiaient du nom de chrétien.
Dans ce phénomène, nous percevons la présence de l’ennemi de Jésus-Christ, de l’Église, des âmes : le diable qui rôde à la recherche de ceux qu’il dévorera (cf. 1 P 5, 8) et qui parcourt le monde pour perdre les âmes (cf. la prière à saint Michel ordonnée par Léon XIII à réciter après les messes).
L’action du prince de ce monde (cf. Jn 14, 30), très chers enfants, ne nous pensons pas qu’il se soit retiré face à la réalisation du Concile œcuménique. Bien au contraire. Voyant l’Église se réorganiser et se lancer dans la lutte, avec une ardeur redoublée, pour réaliser la volonté de son Divin Fondateur, il redouble à son tour de vigueur, devient plus perspicace, plus rusé, et redouble d’efforts pour empêcher le triomphe de Celui qui est venu sur terre pour le vaincre (cf. Jn 16, 33).
Malheureusement, l’un des grands dangers qui menacent le salut des âmes et la paix dans le monde est l’affaiblissement de la foi en l’existence du diable, ou la négation pure et simple de l’existence des anges maléfiques. On peut considérer comme une grande victoire de Lucifer le fait qu’il ait réussi à se faire ignorer par la société d’aujourd’hui : les fidèles par tiédeur et attachement aux conforts de la vie, les autres parce qu’ils se laissent entraîner par une conception matérialiste de l’existence. Dans ces conditions, l’ennemi du genre humain jouit d’une liberté d’action inconnue dans le passé, caractérisé par une foi vive et ardente. Ce n’est pas un hasard si Jean XXIII, parmi les articles du Synode romain, en a inséré un (art. 237) qui recommande aux fidèles de garder à l’esprit que le diable, prince de ce monde, agit sans cesse pour perdre les âmes et pour entraver l’expansion du Royaume de Jésus-Christ, puisqu’il ne peut l’empêcher totalement.
La stratégie actuelle de l’ennemi
Nous sommes donc engagés dans un combat inégal qui, avec la mise en œuvre du Concile Vatican II, est devenu encore plus ardu. En effet, pour remporter cette bataille, il est nécessaire de ne pas perdre de vue les stratagèmes par lesquels agit l’ennemi. À l’instar des cinquièmes colonnes, c’est de l’intérieur qu’il cherche à saper la résistance de l’Église. Dans le cas présent, il cherche à promouvoir largement le programme tracé par le Concile, tout en le vidant de son contenu. C’est ce qu’il fait, en mettant en avant une adaptation des fidèles à l’époque actuelle, déconnectée de son fondement indispensable, à savoir le renouveau interne de la vie chrétienne, et en s’efforçant de faire en sorte que l’Église s’aligne entièrement sur la manière de penser et d’être du monde d’aujourd’hui.
Cette mise en garde émane du Saint-Père qui règne glorieusement. En effet, Paul VI, dans son discours du 18 novembre de l’année dernière, prononcé lors d’une séance publique du Concile, a fait remarquer que l’adaptation à notre époque, tant souhaitée par Jean XXIII et constituant un objectif conciliaire, est interprétée dans un sens qui impliquerait la négation de l’œuvre de Jésus-Christ. Voici ses paroles : « C’est là la période du véritable « aggiornamento », prôné par notre prédécesseur de vénérée mémoire Jean XXIII, qui ne voulait certainement pas attribuer à ce mot programmatique la signification que certains tentent de lui donner, comme s’il permettait de «relativiser», selon l’esprit du monde, tout ce qui concerne l’Église : dogmes, lois, structures, traditions ; alors que le sens de la stabilité doctrinale et structurelle de l’Église était si vif et si ferme en lui qu’il en a fait le pivot de sa pensée et de son œuvre » (« Osservatore Romano », édition du 19 novembre 1965, p. 1, col. 7).
Le passage cité montre à quel point le Pape est préoccupé par la perte de sens de l’objectif conciliaire. Et notons, très chers enfants, que le Saint-Père ne parle pas de la possibilité d’une fausse compréhension de cet « aggiornamento » tant désiré ; mais attire l’attention sur l’existence d’une fausse interprétation du Concile, comme si l’Église avait renoncé à l’immuabilité de sa doctrine, de sa structure fondamentale, de la valeur salvifique de ses traditions, pour se jeter dans la mer agitée de l’évolution qui fait perdre la tête aux hommes d’aujourd’hui et les conduit à croire que rien, absolument rien, de pérenne et d’éternel ne s’impose à l’esprit humain.
L’adaptation et la croissance de l’Église
L’adaptation à notre époque indique certes une nouveauté dans la manière d’agir de l’Église, une croissance du Corps mystique du Christ ; mais pas un renoncement au passé, ni un changement radical. L’Église, en effet, est un organisme vivant, dont l’âme est le Saint-Esprit. Elle grandit comme tout organisme vivant. Mais elle ne change pas. Elle est comme un être animé qui s’enrichit au fil des années parce que sa nature se déploie dans de nouvelles manifestations de vie, tout en conservant toujours la même nature, la même essence. Il en va de même pour la doctrine et les préceptes confiés par Jésus-Christ à l’Église et, par conséquent, pour la partie fondamentale de son mode d’être, transmise dans ses traditions. La doctrine, les préceptes, les traditions et les usages peuvent, au fil du temps, présenter des aspects jusque-là inconnus. Toutefois ces aspects ne peuvent pas, même implicitement, nier la doctrine ou contredire la morale qui constituent le Dépôt sacré confié à la garde vigilante et infaillible de l’Église. Mais il y a plus encore. Considérer qu’il puisse exister une doctrine moderne, catholiquement authentique, qui ne jaillisse pas de la tradition, comme les branches naissent du tronc, revient à avoir une conception erronée de l’Église et à réduire la grandeur des mystères de Dieu aux misères des fluctuations humaines.
La doctrine de la croissance organique de l’Église fait partie de la tradition catholique. Cette doctrine a été exposée de manière admirable par saint Vincent de Lérins, au Ve siècle, dans son « Commonitorium » (n° 28), et l’expression du Lérinois est devenue classique. Reprise dans tous les traités sur l’Église, elle a été consacrée lors du Concile œcuménique Vatican I (session III, chapitre 4). Paul VI, comme il ne pouvait en être autrement, reste fidèle à cette même tradition. On pourrait même dire que le Souverain Pontife actuel se montre très soucieux de la préserver intacte dans le monde troublé d’aujourd’hui. Le Pape du dialogue avec toutes sortes de personnes, afin de conduire tout le monde au Christ (cf. 1 Co 9, 19), craint qu’une telle attitude apostolique puisse être mal interprétée. Ainsi, dans sa première encyclique « Ecclesiam Suam », en particulier dans la deuxième partie, qui traite du renouveau de l’Église, il revient à plusieurs reprises sur ce point : l’adaptation de l’Église au monde d’aujourd’hui ne doit pas se faire par un ajustement à la manière d’être, d’agir et de penser d’aujourd’hui, mais par une plus grande fidélité à l’austérité chrétienne prêchée par Jésus-Christ. Seule l’imitation fidèle du Divin Sauveur pourra rendre le chrétien capable d’assimiler ce qu’il y a de bon dans le monde actuel (cf. AAS 56, p. 626 et suivantes).
Ce même souci de concilier l’adaptation de l’Église au monde d’aujourd’hui avec le renouveau intérieur, par l’assimilation des exemples de Jésus-Christ, a été exprimé par Paul VI dans l’allocution du 18 novembre précitée. Dans celle-ci, le Pape explique comment il conçoit l’«aggiornamento» : « Nous pensons – ainsi s’exprime le Saint-Père – que c’est dans cette voie que doit se développer la nouvelle psychologie de l’Église : le clergé et les fidèles trouveront une magnifique tâche spirituelle à accomplir pour le renouveau de la vie et de l’action selon le Christ Seigneur ; et c’est à cette tâche que nous invitons nos frères et nos fils : que ceux qui aiment le Christ et l’Église soient avec nous pour professer plus clairement le sens de la vérité, propre à la tradition doctrinale que le Christ et les Apôtres ont inaugurée ; et avec elle, le sens de la discipline ecclésiastique et de l’union profonde et cordiale, qui nous rend tous confiants et solidaires, comme les membres d’un même corps » (« Oss. Rom. », op. cit., p. 2, col. 1).
Renouveau et croissance
Au renouveau profond de la vie chrétienne s’ajoute fructueusement l’effort d’assimiler, dans la tradition catholique, ce qu’il y a de bon dans la manière d’être de l’homme d’aujourd’hui. C’est ainsi qu’en assimilant ce qu’il était possible d’intégrer à la vie chrétienne, l’Église a œuvré à l’évangélisation des peuples barbares et, plus récemment, des nations encore païennes. C’est ainsi qu’elle manifeste sa vitalité inépuisable, sa croissance, sa capacité à purifier et à animer la société au sein de laquelle elle se trouve.
Une mission qui n’est pas facile, car l’Église est submergée, « comme les vagues d’une mer », par les transformations incessantes qui influencent les pensées et l’intimité des âmes, et constituent pour elle une menace susceptible de mettre en péril la solidité de sa propre structure (cf. Encyclique « Ecclesiam Suam » – AAS 56, p. 618). Ces mêmes faits poussent de nombreuses personnes à adopter des opinions des plus singulières, comme si l’Église devait abandonner sa mission et adopter des modes de vie tout à fait nouveaux et inattendus (cf. loc. cit.). Le fidèle doit donc se prémunir contre une telle tentation, en s’efforçant chaque jour d’une fidélité toujours plus grande à la doctrine, à l’esprit et aux exemples du Divin Sauveur, en gardant vivante dans son cœur l’exhortation de saint Paul : « Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, afin de discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait » (Rm 12, 21).
Ne nous leurrons pas. Ce sont les saints qui réforment le monde. La condition indispensable à toute adaptation catholique authentique est le renouveau, la réforme de la vie, selon le Divin Crucifié. Nous prêchons, disait saint Paul, « Jésus-Christ crucifié, qui est, pour les élus, qu’ils soient juifs ou grecs [c’est-à-dire de toute nation ou catégorie sociale], la puissance et la sagesse de Dieu» (1 Co 1, 23-24). Pour l’individu comme pour la société.
Vous avez donc, très chers enfants, dans l’ordre pratique des choses, la voie à suivre pour vous rendre aptes à atteindre les objectifs fixés par le Concile Vatican II. Il s’agit d’une entreprise ardue, comme vous pouvez le constater à la lumière des exhortations du Saint-Père et de l’Apôtre, que nous avons rappelées plus haut. D’ailleurs, le Divin Maître nous met déjà en garde contre les illusions d’un salut facile, en affirmant que « le chemin de la vie est étroit », que « sa porte est étroite » et que « peu y entrent » (Mt 7, 14).
Le décret « Apostolicam Actuositatem », sur l’apostolat des laïcs, promulgué pendant le Concile, affirme que « À une époque où se posent des questions nouvelles et où se répandent de très graves erreurs tendant à ruiner radicalement la religion, l’ordre moral et la société humaine elle-même: « hac nostra aetate (…) gravissimi grassantur errores qui religionem, ordinem moralem et ipsam societatem humanam evertere nituntur » (chap. II, n° 6, ad finem).
Les erreurs actuelles. Le relativisme
Quelles sont ces erreurs très graves ?
Le Saint-Père, dans son allocution du 18 novembre, a évoqué le « relativisme ». Déjà, dans l’encyclique « Ecclesiam Suam », il avait souligné ce même danger auquel sont exposés les fidèles dans le monde actuel.
On peut dire que le relativisme est l’une des caractéristiques de la pensée de l’homme moderne, au point de constituer une véritable tentation pour les catholiques engagés dans l’apostolat au sein de la société d’aujourd’hui.
En effet, l’un des dogmes de la science et de la philosophie dominantes est l’évolution. Tout va de l’avant, sans but précis toutefois, et sans continuité avec le passé ; au contraire, en franchissant de nouvelles étapes sur les ruines de ce qui a précédé. Comme l’affirme le Pape, rien n’est considéré comme immuable et permanent.
- II -
Dogmes, préceptes, coutumes
Les cibles visées par la fureur destructrice du relativisme sont, selon les mots du Saint-Père, les dogmes, les lois et les traditions catholiques. Dans cette énumération, nous pouvons voir l’indication des degrés successifs d’action corrosive auxquels la philosophie moderne soumet l’édifice séculaire de l’Église du Christ.
L’Église, en effet, est un tout, un et organique, dont la vie dépend entièrement des vérités de la foi. Ce sont les dogmes qui fondent la morale, qui constituent la raison d’être des lois et des préceptes. Ces derniers, toujours dans la même ligne de cohérence, donnent naissance à des habitudes, des coutumes et des traditions.
Par conséquent, toute la structure de la formation catholique comprend trois éléments : la foi, c’est-à-dire les vérités révélées, acceptées avec docilité ; les préceptes imposés par ces vérités, pratiqués avec sérieux ; et les coutumes, la manière d’être et d’agir qui découle de ces préceptes.
Le Divin Maître a illustré cette doctrine en comparant le fidèle à l’homme qui a bâti sur le roc. Sa maison a résisté aux vents et aux tempêtes parce qu’elle était fondée sur la parole de Dieu vécue au quotidien : « Celui qui écoute mes paroles et les met en pratique est semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les inondations sont venues, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; mais elle n’est pas tombée, car elle était bâtie sur le roc » (Mt 7, 24-25). Au contraire, l’homme qui abandonne les principes, les idées et les vérités de la foi est à la merci des passions qui, telles des sables mouvants, provoquent la ruine de l’édifice construit sur elles : « Mais celui qui écoute mes paroles et ne les met pas en pratique est semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; elle s’est effondrée, et sa ruine a été grande » (Mt 7, 26-27).
Les dogmes sont le fondement de la vie chrétienne. Une fois leur contenu vidé de sa substance par le relativisme de la philosophie moderne, la morale se désarticule. En l’absence de principes solides, les règles de conduite restent soumises aux caprices des passions. Et celles-ci créent une ambiance à leur image et à leur ressemblance.
L’importance de l’ambiance
Comme il existe un lien logique entre les éléments constitutifs de la mentalité catholique, l’un d’entre eux permet de connaître les autres. Ainsi, la foi en la Providence engendre le détachement vis-à-vis des biens terrestres ; la manière dont un fidèle se présente manifeste sa conviction intime de sa dignité d’enfant de Dieu ; le fait d’accepter plus ou moins les usages et coutumes sensuels de la société actuelle dénote le degré d’estime que la personne porte à la sainte vertu ; de même, le fait de s’adapter, sans raison et sans résistance, aux modes est un signe de manque de convictions, de manque de personnalité.
Parmi l’ensemble des éléments constitutifs de la formation catholique, il ne fait aucun doute que le dogme a la priorité. Sur le plan pratique, cependant, en particulier dans l’apostolat, la manière d’être, de se présenter et d’agir revêt une importance singulière.
L’Écriture nous dit que « c’est à l’apparence qu’on reconnaît un homme, et c’est au visage qu’on reconnaît un sage. Les vêtements du corps, le sourire des dents et la démarche de l’homme révèlent ce qu’il est » (Sir 19, 26-27)[4]. Si c’est par ses vêtements, son sourire et sa démarche que l’on reconnaît l’homme sage, c’est tout autant par sa manière d’être qu’il rayonnera autour de lui une atmosphère de sagesse. La manière d’être habituelle constitue l’élément le plus efficace pour faire triompher une idée, pour la faire imprégner une société, sans que celle-ci s’en rende compte.
Ce sont ces habitudes, associées à d’autres petites choses, qui créent l’ambiance propice à faire germer la graine d’une doctrine. Il y a de nombreuses années, une exposition d’art moderne s’est tenue à São Paulo, qui a représenté un succès extraordinaire pour ses organisateurs, grâce au nombre de visiteurs et aux ventes enregistrées. À l’époque, un commentateur avait souligné que l’exposition avait connu un succès social bien plus grand que son succès commercial. En effet, de nombreuses personnes issues de milieux traditionnels avaient ramené chez elles des tableaux de peintres modernes. Non pas, bien sûr, pour les jeter à la cave, mais pour les exposer. Où donc ? Dans un salon déjà orné du portrait à l’huile d’un ancêtre, avec la noblesse et l’austérité des temps anciens. Au bout d’un certain temps, la maîtresse de maison se rendra compte qu’il est impossible de faire cohabiter deux tableaux aussi discordants. Et… l’ancêtre sera relégué à la cave. La pièce aura ainsi changé d’atmosphère. Elle commencera à autoriser ce que, auparavant, la censure muette de l’austérité d’antan, rayonnant du portrait du vieux chef de famille, rendait inadmissible[5] .
Personne ne niera la valeur de cette conclusion. Ce sont les petites choses qui créent les ambiances. Non seulement les objets inanimés, comme dans l’exemple cité plus haut, mais surtout la manière d’être des personnes qui, soit s’adaptent à l’environnement dans lequel elles vivent, soit contribuent à en former un nouveau. La sagesse ancienne résumait ce monde d’impondérables dans le célèbre adage : « Verba volant, exempla trahunt ».
L’hérésie répandue
Il est superflu de noter que le « prince de ce monde » en est parfaitement conscient, et nous pouvons supposer que c’est à travers les ambiances qu’il exerce sa domination sur sa propre principauté, surtout de nos jours.
En effet, le temps des hérésies manifestes est désormais révolu. Elles ont causé le mal que le semeur de zizanie souhaitait provoquer : elles ont divisé le champ du Père de famille. Il s’agit désormais de contaminer la partie saine. Il faut agir avec ruse. Ne pas afficher l’horreur de son visage, mais la dissimuler, afin qu’elle ne soit pas perçue d’emblée. C’est ce qu’il obtient par le biais de l’hérésie diffuse qui, sans se concrétiser en propositions explicites, sous-tend et agit dans le mode d’être des gens ordinaires d’aujourd’hui et, à travers la société, s’infiltre dans les milieux catholiques.
Il est évident que l’hérésie diffuse, qui imprègne le milieu moderne, rend l’action de l’Église encore plus ardue et la neutralise presque. C’est précisément parce qu’elle est diffuse qu’il est difficile de la définir avec des contours bien précis qui permettraient de lancer contre elle l’argument clair qui convainc l’intellect et pousse la volonté à la détester. Et aujourd’hui, un pacifisme généralisé, dans lequel on constate une aversion non seulement à l’égard des guerres sanglantes, mais aussi de toute divergence plus aiguë, favorise, à grande échelle, la diffusion de l’hérésie généralisée, qui constitue actuellement le principal obstacle à l’instauration du Royaume de Jésus-Christ dans la société. Nous pensons ne pas nous tromper en voyant une allusion à cette hérésie répandue dans le passage de l’encyclique « Ecclesiam Suam », dans lequel le Pape décrit l’Église comme enveloppée par des vagues de la mer qui mettent en danger ses structures mêmes et incitent de nombreuses personnes à penser qu’elle doit abandonner sa mission pour s’adapter à des modes de vie bizarres, tout à fait inattendus (cf. AAS, 56, pp. 617-618).
Convergence entre l’hérésie généralisée et la mentalité de l’homme d’aujourd’hui
L’existence de l’hérésie généralisée et sa concordance avec la mentalité de l’homme d’aujourd’hui sont attestées par des théologiens issus des courants les plus divers et, précisément pour cette raison, indépendants les uns des autres.
Ainsi, le bulletin de la « Fraternité de la Très Sainte Vierge », publié à Athènes, en Grèce, dans son numéro de septembre 1962, évoque la « large vague d’HÉRÉSIE DIFFUSE dans l’Église », qui aurait « beaucoup augmenté dans les dernières années », en raison d’un désir désordonné « d’interminables adaptations du langage et des concepts aux critères naturalistes et historiques, à la relativité qui est la base de la philosophie profane », ce qui a conduit à la formation d’une mentalité erronée qui, « sans attaquer DIRECTEMENT LES FORMULES DOGMATIQUES, tend à transformer le mystère de l’Incarnation et de l’Église, et aussi à détourner l’espérance de l’Éternité en l’orientant sur l’histoire » (cf. « Sanctifier », octobre 1965, p. 6-7 – les majuscules sont de nous). Plus loin, le même bulletin poursuit : « Cette alliance dans l’erreur, qui apparaît dans tous les domaines, prouve qu’il ne s’agit pas d’une question d’idées, mais d’un élan de libération pour s’émanciper en brisant les entraves, d’un désir de liberté profane, d’une soif de réconciliation, à n’importe quel prix, avec la nature corrompue, mais sans la croix ; c’est cette poussée de révolte qui a permis l’invasion générale de l’évolutionnisme et du relativisme, qui finissent par introduire dans l’Église une espèce de phénoménologie chrétienne » (ibid., p. 7).
Ces mêmes concepts, ce même constat d’une hérésie latente et d’une concordance entre cette sorte d’hérésie et les aspirations de l’homme moderne, nous les retrouverons exprimés de manière plus explicite chez un théologien reconnu comme appartenant aux milieux progressistes. Karl Rahner, jésuite allemand, dans son ouvrage « Was ist Haeresie », décrit ainsi la situation de l’Église face au monde moderne : «… L’homme d’aujourd’hui vit dans un espace existentiel (…) déterminé par des attitudes, des doctrines, des tendances qui doivent être qualifiées d’hérétiques, en contradiction avec la doctrine évangélique. Il n’est pas nécessaire que toute cette masse hérétique, qui influence l’espace existentiel de chaque homme, se concrétise nécessairement en propositions théoriques. Une telle crypto-hérésie est également présente au sein même de l’Église (…). Ce type d’hérésie (qui n’a pas besoin, pour exister, d’être thématiquement explicite) peut se retrouver chez tous les membres, même chez les représentants de la direction hiérarchique ». Par ces mots, Rahner entend dire que le poison de l’hérésie latente est si subtil qu’il peut s’infiltrer même chez les membres de la hiérarchie ecclésiastique. Le théologien jésuite poursuit : « Le caractère implicite de l’hérésie latente parmi les membres mêmes de l’Église trouve un étrange allié chez l’homme d’aujourd’hui »[6] .
Néo-modernisme
Des considérations analogues ont conduit le théologien suisse, cardinal de la Sainte Église, Charles Journet, à écrire en 1965 que « la crise actuelle est certainement plus grave que celle du « modernisme ». On ne serait pas loin de la vérité en affirmant que la crise actuelle, en substance, ne diffère pas de la crise moderniste, car c’est le même relativisme moderniste qui est devenu plus incisif, qui a pénétré plus profondément dans les âmes d’aujourd’hui. « Un jour, ajoute ce même cardinal - les fidèles se réveilleront et prendront conscience qu’ils auront été intoxiqués par l’esprit du monde » (dans « Sanctifier », octobre 1965, p. 6).
Le rôle des modernistes dans l’hérésie diffuse
Vous pourriez vous demander, très chers enfants, comment une telle situation a pu se créer pour l’Église dans la société moderne.
Saint Pie X, dans le Motu proprio « Sacrorum Antistitum », du 1er septembre 1910, déclare que, même après la condamnation, les modernistes ont continué à se regrouper et à rassembler des adeptes au sein de sociétés secrètes (cf. AAS 2, p. 655). La fin du pontificat de ce grand saint et la Première Guerre mondiale ont empêché une action plus efficace contre la propagation de l’esprit moderniste et contre ses chefs de file. Les modernistes ont ainsi pu, en s’appuyant sur leurs associations secrètes, saper la structure de la société et s’infiltrer dans les milieux ecclésiastiques, afin d’y créer un climat propice à une hérésie généralisée.
D’ailleurs, l’idée d’une hérésie larvée leur appartient pleinement. Ce sont eux, selon le témoignage de saint Pie X, qui ont introduit le système des demi-vérités, disséminant leurs erreurs comme des éléments sans lien entre eux, tout en dissimulant hypocritement leur pensée systématique et cohérente, affirmée dans une conception de la religion, de la foi, du dogme et de l’Église, diamétralement opposée au dépôt de la Révélation et fondée sur ce même relativisme aujourd’hui condamné par le Magistère ecclésiastique.
Le rôle des moyens de communication sociale
Rien n’empêche donc d’attribuer aux modernistes la responsabilité de la crise actuelle en matière religieuse. Le fait que Paul VI ait tenu les moyens de communication sociale pour responsables de la diffusion de l’atmosphère pestilentielle de l’hérésie dans la société et dans les milieux ecclésiastiques ne contredit pas non plus cette hypothèse. En effet, le Souverain Pontife actuel, dans une lettre adressée au Maître général des Dominicains, le 30 juin de l’année dernière, déclarait : « De nos jours, une façon séculière et légère de penser et d’agir, propagée de tous côtés par les instruments variés de communication sociale, cherche à pénétrer jusque dans l’enceinte des couvents » (cf. « Itinéraires », n° 99, p. 91).
Dans notre Instruction pastorale sur l’Église, du 2 mars 1965, nous avons montré comment la presse, en suivant le déroulement du Concile œcuménique, a très bien servi les desseins du modernisme, en cherchant à affaiblir dans le cœur des fidèles l’amour et la confiance envers l’autorité et le zèle du Souverain Pontife (cf. doc. cit., chap. VI).
C'est cette désobéissance, « maladie très particulière de notre époque » (Paul VI, Lettre citée), est une des caractéristiques des modernistes – ce peuple à la nuque raide (cf. Exode 32, 9) – qui perpétue sur terre l’orgueil de la première désobéissance, incite l’homme à se fier à lui-même, lui fait oublier le péché originel, le plonge dans le naturalisme et dispose son esprit à accueillir toute hérésie[7] .
- III -
Dans notre Instruction pastorale sur l’Église, nous avons mis en évidence l’infiltration de l’esprit moderniste dans la rébellion manifeste contre la structure monarchique de l’Église[8] , dans la lutte contre les dévotions particulières, en particulier le Rosaire de la Bienheureuse Vierge Marie.
Il est désormais de notre devoir de souligner que, dans l’application des documents conciliaires, on cherche souvent à donner à ces documents une interprétation qui heurte le sentiment religieux traditionnel du fidèle, laissant planer dans son esprit, de manière un peu confuse, l’idée que l’Église ne jouit pas de cette infaillibilité qui a toujours été pour lui un fondement sûr de sa foi.
« Sous réserve d’un droit particulier, l’usage du latin est maintenu dans les rites latins »
On observe, par exemple, ce qui se passe en de nombreux endroits avec l’application de la Constitution sur la liturgie sacrée en ce qui concerne le latin.
Dans l’Église occidentale et dans celles qu’elle a fondées, le latin a toujours été considéré par les fidèles comme la langue de l’Église. Ils voyaient dans le latin l’enveloppe sacrée d’un mystère sacré. Ils admiraient dans le latin l’unité de l’Église qui réunissait, dans une même langue, des peuples éloignés les uns des autres par leurs usages, leurs coutumes et leurs langues. Compte tenu de toutes ces raisons, ainsi que d’autres encore exposées lors des Congrégations générales du Concile, la Constitution sur la liturgie sacrée a disposé que l’usage du latin soit conservé dans les rites liturgiques de l’Église latine : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins » (Const. « de Sacra Liturgia », 36, § 1). Toutefois, en tenant compte du bénéfice éventuel pour les fidèles, elle a autorisé l’usage de la langue vernaculaire dans diverses parties des rites sacrés, notamment dans les lectures, les exhortations, certaines prières et les chants (Const. « de S. Lit. », 36, § 2). Cela vaut également pour le Très Saint Sacrifice de la Messe. Le Concile prescrit toutefois de veiller à ce que le fidèle puisse également réciter ou chanter en latin les parties de l’Ordinaire de la messe qui lui reviennent (Const. « de S. Lit. », 54).
À la lumière de ce qui précède, il serait normal de s’efforcer d’habituer les fidèles au latin et, aujourd’hui, plus de deux ans après la promulgation de la Constitution sur la liturgie sacrée, il devrait être courant de les voir, en de nombreux endroits, déjà habitués à suivre la messe en latin. Et que constatons-nous ?
La disposition générale de la Constitution, qui déclare que l’usage de la langue latine doit être conservé dans les rites de l’Église latine, aurait normalement pour conséquence que, sans motif raisonnable, on ne recourrait pas à la langue vernaculaire et que, d’autre part, on favoriserait autant que possible la connaissance du texte latin des livres liturgiques par le peuple. Ce que nous constatons, en de nombreux endroits, c’est une campagne visant à faire oublier le latin. Bientôt, les fidèles n’auront plus la possibilité de se procurer facilement le texte latin des rites sacrés de l’Église latine. En effet, la pratique consistant à ne mettre à leur disposition que le texte en langue vernaculaire se généralise de plus en plus.
On assiste donc à l’inverse de ce que prescrit la Constitution. Selon le document conciliaire, il faudrait faciliter l’usage du latin, car c’est la langue officielle du rite latin. En réalité, dans l’application de cette Constitution, on fait obstacle à l’usage de la langue officielle de la liturgie romaine. Nous convenons que cette manière d’agir ne contribue pas à l’édification des fidèles.
Importance de l’aspect disciplinaire
Il est vrai que nous nous trouvons dans le domaine disciplinaire, où, par conséquent, il peut y avoir des variations. Toutefois, notons tout d’abord que le domaine disciplinaire n’est pas libre. Même dans ce domaine, nous devons nous conformer aux décisions du Saint-Siège. Et la liturgie est une chose sacrée, nous dirions même très sacrée, car il s’agit de la raison pour laquelle l’Église a été fondée du côté sacré du Divin Rédempteur : la louange et le culte du Dieu Très-Haut, de la Très Sainte Trinité. C’est pourquoi personne, pas même un prêtre, ne doit oser y introduire des modifications selon ses propres caprices (Const. « de S. Lit. », 22 § 3). Elle est soumise au Saint-Siège et, dans les limites fixées par celui-ci, aux Conférences épiscopales et aux évêques diocésains. Deuxièmement, c’est faire preuve d’un esprit mesquin, et cela dénote une tendance à faire passer son propre jugement avant celui de la Sainte Hiérarchie, que de considérer les questions disciplinaires comme d’une importance secondaire. C’est en effet dans celles-ci que se manifeste également l’esprit de l’Église, et donc ce que l’Église possède d’essentiel. À ces questions, nous pouvons appliquer ce que nous avons tiré plus haut des Saintes Écritures concernant les relations entre l’aspect extérieur de l’homme et ses dispositions intérieures. Ce n’est pas sans raison que le Concile de Trente, tout en reconnaissant la nécessité de veiller à ce que les fidèles sachent ce qui se passe sur l’autel, a consacré l’usage du latin contre les innovateurs de l’époque (cf. sess. XXII, chap. 8, et can. 9) ; de la même manière, pour des raisons valables, le récent Concile maintient le latin comme langue officielle du rite latin. De leur côté, certaines raisons poussaient les jansénistes à s’opposer si farouchement à ces dispositions disciplinaires : langue propre aux actes liturgiques, l’exposition d’images dans les églises, la multiplicité des messes dans un même temple, etc. (cf. Synode de Pistoia).
À travers ces exemples tirés de la conduite des jansénistes, nous abordons d’autres points qu’il nous semble opportun de commenter avec nos chers enfants, afin qu’ils ne se méprennent pas sur l’esprit de Vatican II.
Le chant grégorien
Le chant grégorien est lié au latin. Pour de nombreux experts, ce dernier ne s’adapte pas à la langue vernaculaire ; de là, le remplacement croissant, dans la liturgie, du latin par les langues nationales aurait pour conséquence l’exclusion progressive du chant grégorien. Même si ce n’était pas le cas, même si ces experts se trompaient, il est certain que le chant grégorien subit le même sort que la langue officielle de la liturgie romaine. Et peut-être pour la même raison, par le même goût de la nouveauté, ou par l’élan de rébellion contre tout ce qui est consacré par la Tradition de l’Église, élan dont parlait le Saint-Père Paul VI dans la Lettre au Maître général des Dominicains, que nous avons citée plus haut.
Cependant, la Constitution conciliaire sur la liturgie sacrée maintient, dans son article 116, la prescription traditionnelle concernant la musique liturgique : « L’Église, dit la Constitution, reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place » (A.A.S., 56, p. 129).
La mélodie grégorienne, enseigne saint Pie X, incarne, au plus haut degré, les qualités de la musique sacrée (cf. Motu proprio « Tra le Sollicitudini », du 22 novembre 1903, II), c’est-à-dire qu’elle enveloppe le texte liturgique, proposé à l’intelligence des fidèles, de manière à les aider dans leur dévotion, et ainsi à les disposer au mieux à recevoir les fruits de la grâce, obtenus lors de la célébration des Saints Mystères (ibid., 1). Ont donc raison ceux qui voient dans le chant grégorien l’expression la plus élevée, dans l’art musical, de la spiritualité catholique. Et nous ne pouvons que souscrire à la motivation que ces auteurs avancent pour expliquer l’aversion envers le chant grégorien, à savoir le désir de l’homme d’aujourd’hui de se construire une spiritualité moderne, ou plutôt une pseudo-spiritualité, que l’on juge plus accessible aux masses – et qui l’est effectivement –, car elle se soucie peu d’élever le peuple fidèle du plan des réalités terrestres à celui des vérités surnaturelles. Cette pseudo-spiritualité a pour trait caractéristique d’ignorer l’adoration. Il n’est pas étonnant qu’elle ne puisse s’exprimer à travers un art qui est le langage même de l’adoration (cf. André Charlier, « Grégorien et spiritualité », dans « Itinéraires », janvier 1966, p. 130).
C’est précisément parce qu’il est le langage musical de l’adoration que le grégorien est à la portée de tous. C’est précisément le chant grégorien, dit saint Pie X, qui est suave, doux et facile à apprendre (cf. Lettre à l’éminent cardinal vicaire Respighi, du 8 décembre 1903), d’où découle l’obligation de le remettre en usage parmi le peuple, afin que celui-ci puisse, comme autrefois, participer plus activement aux offices liturgiques (cf. le Motu proprio susmentionné, II)[9] .
Nous souhaitons donc que, conformément à l’Instruction de la Sacrée Congrégation des Rites du 3 septembre 1958 sur la musique sacrée et la liturgie sacrée, n° 26 (A.A.S. 50, p. 640), la messe chantée en grégorien soit introduite dans les paroisses, les dimanches et les jours de fête de précepte. Les très révérends vicaires veilleront, par l’intermédiaire de la chorale paroissiale, à ce qu’il y ait un groupe qui, au milieu de l’assemblée des fidèles, exécute en chant grégorien au moins les parties fixes de la messe. Les parties variables, comme le permet l’instruction susmentionnée, peuvent être chantées en ton simple. De cette manière, l’assemblée s’habituera aux mélodies grégoriennes.
Conformément à l’article 26 de la Constitution dogmatique « Lumen Gentium » (A.A.S., 57, p. 32), il nous appartient d’orienter l’ensemble du culte public dans le diocèse ; nous souhaitons que, lors des messes chantées et solennelles, l’usage du latin soit conservé, afin d’habituer notre troupeau au goût du chant grégorien.
Le chant religieux populaire
Toujours en matière de chant religieux, on constate qu’une autre disposition de la Constitution conciliaire sur la liturgie sacrée est progressivement ignorée. Il s’agit de celle relative au chant populaire. « Que le chant populaire religieux, dit la Constitution, soit vivement encouragé pour que dans les exercices pieux et dans les actions liturgiques elles-mêmes, conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, la voix des fidèles puisse se faire entendre » (article 118). Cependant, l’introduction de mélodies modernes, d’inspiration protestante, est en train de supplanter progressivement la manière déjà spontanée dont notre peuple exprimait ses sentiments d’adoration, de remerciement, de pénitence ou de supplication, en s’adressant à la Divine Miséricorde, à la Bienheureuse Vierge Marie et aux saints patrons. Ce sont ces chants populaires que la Constitution sur la liturgie sacrée évoque dans son article 118.
Nous souhaitons donc que les prescriptions du Concile Vatican II soient respectées et que nos chants religieux populaires continuent d’être utilisés dans nos églises et nos chapelles.
Piété et vie communautaire
Le Concile a eu le grand mérite d’insister sur le mystère de l’Église, en tant que Corps mystique du Christ, réalité mise pleinement en lumière par Pie XII dans l’encyclique « Mystici Corporis » (A.A.S. 35, p. 193 et suivantes).
En conséquence, la conscience de la solidarité qui existe entre les fidèles, en tant que membres du même Corps, s’est répandue parmi eux. D’où le nouvel élan de la piété liturgique, propre au Corps mystique en tant que tel, et de la vie communautaire, naturelle entre les membres d’un même organisme. Et dans tout cela, nous saluons avec joie un nouvel élan de vie jaillissant de la richesse inépuisable du mystère du Corps mystique. Tant la piété liturgique que la conscience de la communion existante entre tous les enfants de l’Église contribuent à resserrer les liens de charité qui unissent tous les fidèles, ce qui est source de réalisations d’ordre surnaturel et social.
Dans ce cas également, il faut toutefois rester vigilant pour ne pas tomber dans les pièges du démon.
La vie communautaire ne peut être poussée à un point tel qu’elle annule pratiquement la personnalité du fidèle. Ce serait une concession au socialisme, qualifié par Pie XII de Léviathan, qui, en cette seconde moitié du XXe siècle, menace de dévorer les personnes et les familles (cf. A.A.S. 44, p. 792). La réalité du Corps mystique ne détruit pas les caractéristiques de chaque individu, la responsabilité personnelle du fidèle et l’inviolabilité de l’âme humaine face à toute autorité terrestre.
La vie communautaire doit servir à accroître les richesses communes présentes dans l’Église, afin que chaque fidèle puisse, dans ce trésor, puiser de nouvelles énergies pour sa sanctification personnelle. En effet, personne ne se sauve en commun, mais chacun répond, individuellement, de ses propres actes devant le Juge souverain. Et dans la vie en société également, chacun contribue à son propre enrichissement, grâce au bagage de sainteté personnelle par lequel il rend plus intense la circulation vitale au sein de la communion des saints. Pie XII, que Paul VI a déclaré d’une autorité suprême en cette matière théologique (cf. A.A.S. 56, p. 620), part de ce principe tout au long de l’exposé de l’encyclique « Mystici Corporis ». Craignant toutefois une conception erronée de l’union des fidèles au sein du Corps mystique, il déclare explicitement que l’unité de l’Église ne détruit pas la personnalité de chacun d’entre eux. Dans un climat imprégné de socialisme, il convient de citer les paroles mêmes du grand Souverain Pontife : « Tandis que dans un corps naturel le principe d'unité unit les parties de telle sorte que chacune manque entièrement de ce qu'on appelle subsistance propre, dans le Corps mystique au contraire, la force de leur conjonction mutuelle, bien qu'intime, relie les membres entre eux de manière à laisser chacun jouir absolument de sa propre personnalité. En outre, si nous regardons le rapport mutuel entre le tout et chacun des membres, dans n'importe quel corps physique vivant, chacun des membres, en définitive, est uniquement destiné au bien de tout l'organisme ; toute société humaine au contraire, pour peu qu'on fasse attention à la fin dernière de son utilité, est ordonnée en définitive au profit de tous et de chacun des membres, car ils sont des personnes. » (A.A.S. 35, pp. 221-222).
Le socialisme dans l’Église
Nous ne pouvons donc pas approuver une vie communautaire qui finirait par anéantir les initiatives individuelles, au point que l’individu ne soit plus qu’un exécutant automatique d’une volonté collective qui, en dernière analyse, n’est autre que la volonté du plus habile, qui n’est pas toujours le plus proche de la vérité et de la prudence.
L’Église défend la propriété privée précisément en tant que prérogative de la personne, qui permet l’exercice de l’autonomie et de la liberté propres à l’individu humain (cf. Pie XII, Discours et Messages radiophoniques, vol. XXIII, p. 734). Pour les mêmes raisons, Jean XXIII, dans l’encyclique « Mater et Magistra », demande que les travailleurs, sans porter atteinte à l’unité de direction de l’entreprise, se voient accorder la possibilité de prendre des initiatives personnelles (cf. A.A.S. 53, pp. 423-424)[10] .
Il est évident qu’une telle conception de la vie communautaire ne s’accorde guère avec la structure hiérarchique que le Divin Sauveur a instituée dans son Église.
Vie communautaire et direction spirituelle
Nous ne pouvons encore moins, mes chers enfants, approuver un excès de vie communautaire qui prétendrait résoudre les cas de conscience individuels au sein de groupes, dans lesquels chacun, face à ses semblables, dévoilerait totalement les mystères de son âme, sous prétexte de lutter contre l’individualisme.
Il existe, en chaque homme, quelque chose d’entièrement personnel, d’inviolable, dont il n’a pas l’obligation de rendre compte aux autres hommes, domaine dans lequel il est libre de choisir celui qui, le mieux, pourra le guider sur les chemins de la sanctification. Un système qui ignore cette réalité intime de la personne humaine ne contribue pas à la formation du fidèle, mais à sa dépersonnalisation, par son absorption dans un tout amorphe, dont il n’est qu’un élément dépourvu de finalité autonome. C’est précisément ce que les totalitarismes ont toujours cherché à faire, en sacrifiant l’homme à l’État et en ignorant la dignité personnelle inhérente à chaque individu.
En ce qui concerne la piété individuelle indispensable, l’ascèse et la mortification personnelle, en tant que fruits et en même temps que moyens d’une participation fructueuse aux actes liturgiques, il n’est pas nécessaire de répéter ici les exhortations que, en nous fondant sur les enseignements pontificaux, nous avons formulées tant dans Notre Lettre pastorale sur les problèmes de l’apostolat moderne, du 6 janvier 1953[11] , que dans Nos Notes pastorales sur les documents conciliaires promulgués les 4 décembre 1963, à savoir la Constitution sur la liturgie sacrée et le Décret sur les moyens de communication sociale[12] .
C'est dans cette même ligne de pensée que s'inscrit l'opinion de ceux qui méprisent les messes célébrées en privé, sans la participation du peuple. On retrouve là aussi des vestiges du jansénisme (cf. Synode de Pistoia, prop. 31 – D. 1531). Cette position a été explicitement qualifiée d’erronée par le Saint-Père dans l’encyclique « Mysterium Fidei » sur la doctrine et le culte de la Très Sainte Eucharistie (cf. A.A.S. 57, p. 755).
Culte des saints, images et reliques
Nous souhaitons en particulier attirer l’attention de nos chers enfants sur le culte des saints, de leurs images et de leurs reliques. À cet égard, la Constitution conciliaire sur la liturgie sacrée en parle dans ses articles 111 et 125. L’article 111 affirme qu’il est conforme à la tradition de l’Église que les saints soient vénérés et que leurs reliques authentiques et leurs images soient vénérées. Leurs fêtes, sans prendre le pas sur la commémoration des mystères du salut, proclament les merveilles accomplies par le Christ chez ses serviteurs et nous présentent des exemples dignes d’être imités. Dans l’article 125, le document conciliaire ordonne de maintenir fermement la coutume de proposer dans les églises des images à la vénération des fidèles, mais en nombre modéré et de manière ordonnée, afin de ne pas susciter l’étonnement chez le peuple, ni l’inciter à une dévotion moins droite (cf. A.A.S. 56, pp. 127-132).
La manière dont ce texte du Concile est appliqué en divers lieux ne manque pas de susciter l’étonnement, très chers enfants. Les églises ont été dépouillées des images des saints et même de la Bienheureuse Vierge Marie, et dans les nouvelles églises qui sont construites, on ne prévoit pas de place pour elles.
Sur ce point également, nous avertissons nos enfants bien-aimés, s’insinue objectivement – car nous sommes certains qu’il n’y a aucune intention de ce genre – une condamnation de la manière traditionnelle d’agir de la Sainte Église, depuis les premiers siècles, alors que déjà dans les catacombes on vénérait des images de la Très Sainte Vierge et des saints de l’Ancien Testament. Avec la proscription des images, le culte des saints s’affaiblit naturellement, au détriment du progrès spirituel des enfants de l’Église.
Motif du culte des saints
En effet, dans le culte des saints, dans la vénération de leur vie et de leurs vertus, les fidèles trouvent un grand encouragement à se sanctifier et à rendre gloire à Dieu. Car les saints, comme le rappelle la Constitution conciliaire, sont proposés par l’Église à notre vénération précisément dans ce double but.
En contemplant leur vie, nous disposons d’un moyen de nous élever vers Dieu, dont la bonté se reflète dans la vertu des saints. Ainsi, ils nous servent de moyen pour glorifier Dieu Notre Seigneur, selon l’exhortation du Divin Maître : « … qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16).
Saint Augustin, parmi les raisons d’opportunité invoquées pour l’Incarnation du Verbe, indique celle pour laquelle, par l’intermédiaire de Jésus-Christ, Dieu, transcendant et invisible, s’est manifesté de manière sensible aux hommes (apud Billot, « De Verbo Incarnato », Rome, 1922, p. 24), et que ceux-ci ont pu adorer, dans le Fils de Dieu fait homme, la Toute-Puissance, la Bonté et la Miséricorde du Très-Haut. Nous pouvons dire que les saints nous sont encore plus proches. Le Fils de Dieu, fait homme, a sans aucun doute revêtu notre chair mortelle ; mais il était exempt du péché et des misères qui accompagnent notre nature déchue et nous rendent difficile la pratique de la vertu. Il n’en va pas de même pour les saints. Ceux-ci ont été soumis à une nature en tout point identique à la nôtre. Ainsi, « en voyant leurs chutes », dit saint Ambroise, « je les reconnais semblables à ma propre faiblesse ». C’est pourquoi ils deviennent nos maîtres, en nous initiant au chemin de la pénitence et de la mortification qui nous conduit à l’imitation du Divin Crucifié. « En les voyant semblables », poursuit l’archevêque de Milan, « je me rends compte que je dois les imiter » (Apologie de David, chap. 2, n° 7).
Les saints sont donc non seulement le miroir dans lequel nous contemplons les reflets des perfections divines, et par là même nous élevons pour glorifier l’Auteur de « tout don bon, de tout don parfait » (Jc 1, 17), mais aussi l’incitation à ce que nous décidions, nous aussi, de « suivre la voie des Commandements » (Ps 118, 32).
De plus, chez les saints – qui sont héroïques dans toutes les vertus –, nous trouvons toujours la possibilité de découvrir un modèle adapté au moment présent, qui nous aidera à vaincre les embûches tendues par le démon pour perdre les âmes, à l’époque où nous vivons.
Pour toutes ces raisons, les Pères doivent nourrir chez les fidèles la dévotion aux saints. Une dévotion affectueuse, familiale, car nous appartenons tous à la même Famille de Dieu, tout en conservant toujours le respect dû à nos frères qui se distinguent par leur vertu scrupuleuse. Une dévotion solide, qui ne se limite pas à des demandes égoïstes dans les moments de besoin, mais qui soit la manifestation de l’amour que nous leur portons à la lumière de leurs vertus, et de la confiance en leur intercession auprès de Dieu. Le Seigneur lui-même, le Très-Haut, nous a orientés vers le culte des saints, lorsqu’il a subordonné le pardon des amis de Job à l’intercession du patriarche patient (cf. Job 42, 7 et suivants), tout comme lorsqu’il a apaisé sa colère contre le peuple élu, face aux supplications de Moïse (cf. Ex 32, 11-14).
- IV -
Points de doctrine définis
En ce qui concerne l’apostolat œcuménique, rappelons, très chers enfants, les points de doctrine définis, qui ne peuvent donc être remis en cause, pas même implicitement par des attitudes adoptées dans les contacts avec nos frères séparés.
Selon saint Paul (1 Tm 2, 4), Dieu désire sincèrement le salut de tous les hommes. C’est pourquoi Jésus-Christ est mort non seulement pour les fidèles, comme le voulaient les jansénistes, mais pour les péchés du monde entier (cf. 1 Jn 2, 2). En vertu de cette volonté salvifique universelle, le Seigneur accorde à tous les hommes la grâce nécessaire pour accomplir tous les préceptes imposés par Dieu. Afin que nul ne se condamne sans faute de sa part.
Parmi les préceptes divins figure l’obligation d’entrer dans l’Église catholique, instituée par Jésus-Christ comme unique moyen de salut pour tous les hommes. Par conséquent, la condition du catholique est essentiellement différente de celle du non-catholique. Le catholique, en tant que membre de la véritable Église, n’a aucune raison de douter d’être en possession de la vérité. Le non-catholique se trouve dans une situation parfaitement opposée. Il n’est pas en possession de la vérité, ce qui lui donne toutes les raisons de douter de sa propre position religieuse. Et s’il est de bonne foi, il sera plus facilement amené à se rendre compte du manque de fondement de ses convictions.
Ces points sont incontestés dans la théologie catholique et ont fait l’objet d’un enseignement authentique du Magistère ecclésiastique. La supériorité de la condition du catholique par rapport à celle du non-catholique, avec l’obligation qui en découle, a été définie par le Concile Vatican I (cf. sess. III, chap. III et can. 6).
De là découle, très chers enfants, que dans nos relations avec nos frères séparés, il ne nous est pas permis d’adopter une attitude qui puisse être interprétée soit comme un manque de conviction quant à notre possession de la vérité et à notre chemin vers le salut, soit comme signifiant que n’importe quelle religion est agréable à Dieu Notre Seigneur.
Enfin, un grave devoir de charité nous oblige à éviter toutes les occasions où notre persévérance dans la foi et notre adhésion à l’Église catholique pourraient être mises en péril.
Œcuménisme
Comme on pouvait s’y attendre, aucun objectif du Concile n’est totalement à l’abri des embûches du démon. Ce qui se passe avec l’adaptation se produit également avec l’œcuménisme. L’union de tous les chrétiens dans la vraie foi est un idéal sublime ; elle constitue une défaite si grande pour l’Enfer qu’il est impossible de penser que le « prince de ce monde » ne se soit pas engagé à vider de son sens cet admirable objectif conciliaire.
C’est pourquoi, tout comme pour l’adaptation, le Pape a également mis en garde les fidèles contre une fausse application de l’œcuménisme. Selon les dépêches des agences télégraphiques, le Saint-Père aurait fait remarquer, dans l’une de ses allocutions lors des audiences générales, que l’apostolat auprès des frères séparés n’est pas exempt d’illusions et de dangers. Illusions, en raison d’un espoir infondé ; danger, en raison de la possibilité que, dans le désir ardent d’obtenir la conversion de l’hérétique ou de l’apostat, on fausse le sens de la vérité révélée, ou qu’on ne l’expose pas dans son intégralité. Voici le texte traduit de l’original italien de l’audience générale du pape Paul VI du mercredi 19 janvier 1966 : « Une autre attitude, en revanche, pèche par excès d’enthousiasme et de simplisme, comme si le contact avec nos frères séparés était facile et sans danger, et comme s’il suffisait de ne pas accorder d’importance aux questions doctrinales et disciplinaires pour établir immédiatement la concorde et la collaboration. C’est une attitude erronée, car elle peut être source d’illusions et de déceptions, de faiblesses et de conformisme, qui ne sont nullement propices à la cause du véritable œcuménisme ».
La première condition d’un apostolat fructueux auprès de nos frères séparés est d’éviter toute forme d’irénisme doctrinal, même implicite. « Le salut des âmes – commente le bulletin de la « Fraternité de la Très Sainte Vierge » que nous avons déjà cité – de tous les frères séparés ne sera jamais compromis par une parole prompte, précise et éternelle prononcée par l’Eglise, une parole qui ne laisse dans l’âme aucune place au doute ou au trouble. […] À l’inverse, ce sont toutes les âmes, même celles des catholiques, qui courent le risque de se perdre lorsqu’on chancelle ou qu’on hésite, qu’on continue à chanceler et à hésiter en face de l’hérésie » (apud « Sanctifier », octobre 1965, p. 8).
Lignes directrices pour l’action
À la lumière de ces principes, nous devons porter le plus loin possible notre charité envers nos frères séparés. Sans oublier leur condition de « séparés », c’est-à-dire d’éloignés de la véritable Église du Christ, nous devons toujours garder à l’esprit leur qualité de « frères » et nous efforcer de mettre à profit les éléments qui justifient cette appellation de « frères », afin de les conduire à une réflexion plus profonde sur les réalités chrétiennes dont ils disposent encore, pour qu’ils les comprennent mieux et se rendent compte qu’elles n’acquièrent leur véritable authenticité que dans l’Église catholique[13] .
Cela s’inscrit dans le cadre d’une action directe que la Providence pourrait exiger de nous envers nos frères séparés, là où il existe un désir sincère d’aimer la vérité. Car, avec ceux qui se sont enfoncés dans l’hérésie et l’embrassent en toute conscience, un dialogue fructueux est pratiquement impossible. Nous pouvons et devons toutefois éprouver de la compassion à leur égard et, par nos prières, nos pénitences et autres bonnes œuvres, implorer la Miséricorde divine afin qu’elle les éclaire et leur accorde la droiture de volonté nécessaire pour parvenir à l’unité authentique du christianisme au sein de l’Église romaine.
Ce qu’il nous faut éviter – sauf dans le cadre d’une polémique juste et noble imposée par le souci du salut des âmes –, ce sont les propos qui pourraient, d’une manière ou d’une autre, blesser nos frères séparés ; et cela même lorsque nous devons supporter avec patience les conséquences d’une volonté que l’hérésie ou le schisme ont rendue particulièrement hostile à notre égard. À cet égard, le conseil de saint Paul s’applique : « Vaincs le mal par le bien » (cf. Rm 12, 21). Cependant, même avec ceux qui sont de bonne foi, il convient d’éviter toute familiarité, selon le conseil prudent et particulièrement opportun aujourd’hui de saint Thomas : « afin que notre familiarité ne donne pas aux autres l’occasion d’errer » (Quodlibetum 10, q. 7, a. 1 c).
Conclusion
Nous vous présentons, très chers fils, ces réflexions, car elles nous ont semblé nécessaires. Nous craignons en effet que notre négligence ne vous expose à la fureur de l’ennemi de vos âmes, comme on le lit chez le prophète Isaïe : « Bêtes des champs, venez toutes vous repaître, ainsi que vous, toutes les bêtes de la forêt. Ses guetteurs sont tous des aveugles, ils ne savent rien ; ce sont tous des chiens muets, incapables d’aboyer ; ils rêvent, restent couchés, aiment dormir. […] Ce sont eux, les bergers incapables de comprendre » (Is 56, 9-11).
Grâce à la vigilance à laquelle nous vous exhortons dans cette Lettre pastorale, et surtout grâce au renouveau de votre ferveur à imiter Jésus-Christ, à la méfiance envers vos propres forces et à la docilité à la grâce, à l’humilité et à la prière assidue, nous sommes certains que vous pourrez contribuer de manière très efficace à ce que l’Église, Corps mystique du Christ, grandisse en sainteté et augmente le nombre de ses enfants à des proportions qui laissent entrevoir le jour tant attendu où il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul Pasteur.
Que la Très Sainte Vierge vous préserve de tout mal et vous accorde la ferveur de charité que l’œuvre apostolique, à laquelle l’Église vous appelle par le Concile Vatican II, exige de vous.
Tels sont les vœux que nous vous adressons avec une affection paternelle, accompagnés de notre bénédiction pastorale, au nom du Père +, du Fils + et du Saint-Esprit +. Ainsi soit-il.
Donné et expédié en Notre ville épiscopale de Campos, sous Notre seing et le sceau de Nos armes, le 19 mars de l’année 1966, fête de saint Joseph, époux de la Très Sainte Vierge Marie et patron de l’Église universelle.
[1] Mgr Antônio de Castro Mayer, évêque de Campos, « Os documentos conciliares sobre a Sagrada Liturgia e os instrumentos de comunicação social – Notas Pastorais », Éditions Vera Cruz, São Paulo, 1964.
[2] Mgr Antônio de Castro Mayer, évêque de Campos, Éd. Vera Cruz, São Paulo, 1965.
[3] Seize documents ont été promulgués lors de ce Concile, ce qui en fait l’un des plus riches de l’histoire, puisqu’en seulement neuf mois d’étude commune, il est parvenu à un nombre aussi élevé de conclusions. – Dans l’ordre de leur promulgation, ils sont les suivants :
* Promulgués le 4 décembre 1963 : la Constitution sur la liturgie sacrée, « Sacrosanctum Concilium », et le Décret sur les moyens de communication sociale, « Inter Mirifica », que Nous avons commentés dans Notre Lettre pastorale du 8 du même mois et de la même année.
* Promulgués le 21 novembre 1964 : la Constitution dogmatique sur l’Église, « Lumen Gentium », qui fait l’objet de Notre Instruction pastorale sur l’Église ; le Décret sur l’œcuménisme, « Unitatis Redintegratio » (contenant des normes et des lignes directrices destinées à aider les fidèles à collaborer au rétablissement de l’unité chrétienne, au sein de l’unique et véritable Église de Jésus-Christ) ; Décret sur les Églises orientales, « Orientalium Ecclesiarum » (contenant des normes pour les Églises catholiques orientales et leurs relations avec les Églises d’Orient qui se trouvent en dehors du sein de l’Église du Christ).
* Promulgués au cours de la quatrième et dernière phase du Concile :
– le 28 octobre 1965 : le décret pastoral sur les évêques, « Christus Dominus » (qui examine les applications des points clarifiés dans la constitution « Lumen Gentium » : la responsabilité des évêques pour l’Église tout entière, l’évêque dans son diocèse et les conférences épiscopales) ; Décret sur le renouveau de la vie religieuse, « Perfectae Caritatis » (contenant des normes sur l’adaptation de la vie religieuse à notre époque, en vue de la sanctification des membres des instituts de perfection et des relations avec la vie spirituelle de toute l’Église) ; Décret sur les séminaires, « Optatam Totius » (qui examine la situation des séminaires en vue de leur adaptation à l’époque moderne, afin d’assurer aux futurs prêtres une formation adéquate) ; Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, « Nostra Aetate » (visant à soutenir les efforts destinés à rapprocher de la vraie foi les hommes de croyances les plus diverses) ; Déclaration sur l’éducation chrétienne, « Gravissimum Educationis » (sur le rôle des écoles et des universités catholiques dans le contexte culturel et social actuel) ;
– le 18 novembre 1965 : Constitution dogmatique sur la Révélation « Dei Verbum » (« montre comment, dans l’Écriture Sainte, se trouve la Parole de Dieu consignée par écrit sous l’inspiration du Saint-Esprit, tandis que la Parole de Dieu confiée par le Christ aux apôtres est transmise intégralement par la Tradition aux successeurs des apôtres. La hiérarchie a pour tâche d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu. La Constitution souligne le rôle fondamental que doit jouer l’Écriture Sainte dans toute la vie de l’Église » – comme l’écrit l’« Osservatore Romano » dans son édition du 8 décembre 1965, p. 6, col. 2) ; Décret sur l’apostolat des laïcs, « Apostolicam Actuositatem » (développe la doctrine sur la vocation des laïcs à l’apostolat) ;
– le 7 décembre 1965 : Décret sur l’activité missionnaire de l’Église « Ad Gentes » (qui examine le caractère essentiellement missionnaire de l’Église, en accord avec la volonté salvifique universelle de Jésus-Christ) ; Décret sur le ministère et la vie sacerdotale, « Presbyterorum Ordinis » (sur les devoirs des prêtres à l’époque actuelle ; souligne l’obligation du célibat pour les prêtres de l’Église latine et la nécessité de la sanctification afin que le prêtre puisse accomplir la mission qui lui incombe) ; Déclaration sur la liberté religieuse, « Dignitatis Humanae » (traite du droit de la personne et des communautés à la liberté sociale et civile en matière religieuse, sans manquer de souligner que cette liberté est limitée avant tout par l’ordre moral objectif) ; Constitution pastorale sur l’Église dans le monde contemporain, « Gaudium et Spes » (le plus long des documents conciliaires ; il se divise en deux parties : la première traite des conditions du monde actuel et du rôle de l’Église, avec sa mission salvifique, dans la conjoncture présente ; la seconde aborde certains problèmes à la lumière de la révélation : dignité du mariage et de la famille, promotion de la culture, vie économique et sociale, communauté politique des peuples, problèmes de la guerre et de la paix.
En résumé : quatre constitutions, dont deux dogmatiques, une pastorale et une liturgique ; neuf décrets et trois déclarations.
[4] La même idée est réitérée par Pie XII dans son discours du 8 novembre 1957 aux participants au Ier Congrès international de la haute couture. Voici comment s’exprime le Pape : « La société, pour ainsi dire, s’exprime à travers les vêtements qu’elle porte ; par ses vêtements, elle révèle ses aspirations secrètes, et elle s’en sert, au moins en partie, pour édifier ou détruire son propre avenir » (« Discours et Messages radiophoniques », vol. XIX, p. 578).
[5] L’influence des éléments extérieurs, qui agissent sur les sens, dans la création d’états d’âme, ainsi que leur rôle de vecteurs dans la transmission de conceptions idéologiques ayant des répercussions sociales, avait déjà été remarquée par les Anciens. À propos d’un certain genre de musique, Platon dit : « La folie, qui considère tout le monde comme sage et expert en tout, et le sentiment d’opposition à la loi ont trouvé leur origine dans la musique » (Les Lois, 701-A – d’après Johannes Hirschberger, « Histoire de la philosophie antique », trad. Alexandre Correia, éd. Herder, 1957, p. 118).
[6] Nous devons le passage cité à l’amabilité de Mgr Giuseppe Di Meglio. Il figure dans la version italienne de l’ouvrage de Rahner, de 1963, aux pages 11 et suivantes.
[7] L’infiltration moderniste dans l’Église, par le manque de docilité envers le Saint-Siège, se poursuit encore aujourd’hui. « La Pensée catholique », de Paris, relève le mécontentement avec lequel le mensuel dominicain « De Bazuin », d’Amsterdam et de Nimègue, a accueilli l’encyclique « Mysterium Fidei ». On y trouve même une critique adressée au Saint-Père (cf. « La Pensée Catholique », n° 99-99 bis, de 1965, p. 54 et suivantes). La même tactique est employée par ceux qui, au sein de l’Église, représentent l’infiltration de l’esprit communiste. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire de mettre en garde nos chers enfants, dans une circulaire du 30 août 1965 (« Catolicismo », Campos, n° 177, septembre 1965, p. 3), afin qu’ils ne se laissent pas induire en erreur par le très révérend P. Paul Eugène Charbonneau, C.S.C., qui, dans son ouvrage « Christianisme, société et révolution » (éd. Herder, 1965), affaiblit la défense des catholiques dans la lutte contre le communisme, en atténuant la condamnation prononcée par Pie XI et réitérée par Pie XII contre toute collaboration avec les communistes. Le très révérend P. Paul Eugène Charbonneau, suivant l’exemple d’autres auteurs français qu’il apprécie, cherche à limiter la condamnation générale et absolue, telle qu’elle figure dans « Divini Redemptoris », exclusivement à l’appartenance au parti communiste. Il reproduit au Brésil l’attitude des catholiques qui participent aux Semaines intellectuelles marxistes, dont le but est la propagande communiste. Il n’est pas étonnant que, dans son livre, il manifeste de l’enthousiasme pour l’œuvre de Marx.
Le Pape n’est pas le seul à déplorer le manque d’obéissance comme cause des maux qui affligent l’Église de nos jours. Le bulletin de la « Fraternité de la Très Sainte Vierge » d’Athènes, que nous avons déjà cité à plusieurs reprises, fait état du même phénomène : « On peut remarquer dans toutes les activités, tant dans la vie ordinaire de l’Église, et aussi dans l’effort œcuménique, un courant tenace, plus vaste qu’on ne pourrait s’en douter, qui prétend s’affranchir de la sainte discipline et de la mystique obéissance au Saint-Père » (apud « Sanctifier », octobre 1965, p. 7). Karl Rahner exprime une opinion similaire : « La tactique de la crypto-hérésie se diversifie beaucoup, afin de demeurer cachée. Le plus souvent, elle consiste uniquement dans une attitude de méfiance et de ressentiment vis-à-vis de l’autorité ecclésiastique, dans l’impression très diffuse qu’on éprouve d’être l’objet, en ce qui concerne ses propres investigations et enseignements, d’un contrôle soupçonneux et mesquin de la part du magistère de l’Église » (op. cit.).
[8] Cet héritage moderniste est devenu manifeste dans la manière dont une certaine presse catholique a accueilli l’intervention du Saint-Père au sujet de la collégialité épiscopale. À cet égard, nous recommandons les excellents articles publiés par le très révérend P. Raimond Dulac dans « La Pensée Catholique », numéros 78, 79, 87, 89, 90, 91, 93, 94, 96 et 97.
[9] Dans le même numéro d’« Itinéraires », aux pages 132 et suivantes, on trouve le témoignage d’un missionnaire de la Congrégation du Saint-Esprit, qui a œuvré au Cameroun pendant de nombreuses années et a obtenu d’excellents résultats grâce au chant grégorien interprété par la population. Ces autochtones en sont venus à aimer à tel point le chant grégorien que, dans leur sac à dos de soldat, ceux qui sont partis pour la dernière guerre emportaient avec eux leur livre de chant grégorien, dans l’édition vaticane, qui n’est certes pas des plus fines ; et où qu’ils se trouvent, ils chantaient la messe célébrée par l’aumônier, à la grande édification de tous, tant par leur dévotion que par la précision avec laquelle ils interprétaient les parties liturgiques du chœur. Ce même missionnaire explique la raison de son succès : « Le grégorien est fait pour le peuple, à condition qu’on se donne la peine de l’apprendre enseigner aux fidèles ».
[10] Nous abordons les relations entre la personne, la famille et la propriété dans l’ouvrage que nous avons rédigé en collaboration avec Son Éminence l’archevêque de Diamantina, Mgr Geraldo de Proença Sigaud, le professeur Plinio Corrêa de Oliveira et l’économiste Luiz Mendonça de Freitas, « Réforme agraire – Une question de conscience » (Editora Vera Cruz Ltda., São Paulo, 4e édition). Voir en particulier la première partie.
[11] Mgr Antônio de Castro Mayer, évêque de Campos, « Lettre pastorale sur les problèmes de l’apostolat moderne – Contenant un catéchisme de vérités opportunes qui s’opposent aux erreurs contemporaines » – Boa Imprensa Ltda., Campos, 2e édition, 1953, p. 27 et suivantes.
[12] « Les documents conciliaires sur la Sainte Liturgie et les moyens de communication sociale – Notes pastorales », op. cit., pp. 11 et suivantes.
[13] Les considérations que l’on trouve dans la note 9 annexée à l’essai du professeur Plinio Corrêa de Oliveira, « Glissement idéologique à votre insu et Dialogue » [« Baldeação ideológica inadvertida e diálogo »] (« Catolicismo », n° 178-179, octobre-novembre 1965 – Editora Vera Cruz Ltda., São Paulo, 2e édition, 1966). L’éminent professeur affirme :
« Tous les hommes sont frères parce qu’ils ont été créés par le même Dieu et qu’ils descendent tous de nos premiers parents, Adam et Ève. À un titre encore plus noble sont frères ceux qui croient en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Rédempteur de l’humanité, et qui ont été baptisés en son nom. Même lorsque les divergences entre les hommes sont profondes et très fortes, ces titres de fraternité ne disparaissent pas pour autant. Il n’y a donc rien de plus légitime que la qualification de « frères séparés ».
Dire « légitime » est encore peu dire. L’expression, qui à l’évidence met l’accent sur le nom « frères », a le mérite de donner à ceux qui l’utilisent une conscience plus vive et plus actuelle de ce que ces liens fraternels se trouvent au-dessus des divisions. Et à ce titre, c’est un facteur utile pour de précieux rapprochements ayant une finalité d’apostolat.
Cependant, s’il est parfois nécessaire de souligner que tant d’hommes séparés de nous sont nos frères, il n’est pas moins nécessaire de souligner que ces frères ne sont pas des frères quelconques, mais qu’ils sont profondément séparés de nous. Car c’est dans l’évaluation propre et entière des deux éléments — la fraternité et la séparation — qu’on trouve la pleine vérité sur la situation des non-catholiques face aux catholiques ».
Lettre pastorale : Considérations sur …