Un très grave avertissement
Beaucoup de catholiques pensent, de manière erronée, parfois avec la crainte de tomber dans le libéralisme ou le progressisme, qu’il est toujours meilleur de prendre la position la plus dure et la plus radicale, soupçonnant tout et tout le monde. Ce n’est cependant pas toujours la position la plus dure et la plus radicale qui est la vraie, la meilleure, la plus certaine et la plus efficace.
Pour prendre une comparaison de type philosophique, en logique, on apprend que pour combattre une proposition déterminée, il faut lui opposer la proposition contradictoire et non la proposition contraire. Apparemment, la contraire nie davantage, elle est plus radicale. Pourtant, elle peut être aussi fausse que celle qu’elle cherche à combattre, en effet, elle nie de trop. Alors que la proposition contradictoire, bien qu’elle paraisse ne pas être autant opposée, est plus efficace, vu qu’elle nie juste ce qui doit être nié et pas plus que ce qui est nécessaire.
Souvent la position radicale, qui généralise, est aussi plus commode que celle qui fait les distinctions requises. Mais elle n’en est pas davantage d’accord avec la vérité, la justice et l’honnêteté, qui doivent régler notre pensée, notre manière de procéder et notre combat pour le bien, comme nous l’avons dit plus haut.
Beaucoup de ceux qui ont lutté pour la tradition liturgique et doctrinale de l’Église, pour n’avoir pas respecté ces limites requises, ont abouti à tomber dans le schisme et dans l’hérésie. Beaucoup de ceux qui considéraient la Nouvelle Messe, en elle-même, comme invalide ou hérétique, sacrilège, hétérodoxe, non catholique, peccamineuse, et, par conséquent, illégitime, ont fini dans la réalité par tirer logiquement les conséquences théologiques de cette position et l’ont appliquée au pape et à tout l’Épiscopat résidentiel du monde, c’est-à-dire à toute l’Église enseignante : ou, en d’autres termes, ils eurent à soutenir que l’Église a promulgué officiellement, a conservé depuis des décennies et offre tous les jours à Dieu un culte illégitime et peccamineux. De là, logiquement, ils conclurent que l’Église hiérarchique telle qu’elle existe aujourd’hui n’est plus l’Église catholique, puisqu’elle est tombée officiellement dans l’erreur et qu’elle ne subsiste plus que dans un petit groupe, dont évidemment ils font partie. À partir de cette argumentation, ex absurdo, c’est-à-dire à partir de l’absurdité où mènent ces idées, on doit conclure à leur opposé : l’Église ne peut pas adopter (a priori) et n’a pas (a posteriori) adopté une Messe invalide ou hérétique, sacrilège, hétérodoxe, non catholique, peccamineuse, et donc, illégitime.
Il faut noter que la majorité des critiques radicales contre le Novus Ordo provient de personnes inclinées au sédévacantisme.Beaucoup d’entre eux ensuite ont fini par adhérer publiquement à cette position, sinon à un schisme formel.
Moi-même j’ai connu, et je connais certains de ceux qui combattaient avec nous, et qui, pour être tombés dans ce radicalisme, ont perdu complètement la foi dans l’Église, d’autres ont participé à l’élection d’un faux pape et d’autres encore ont apostasié complètement la foi catholique, ou sont tombés dans le schisme formel et dans l’hérésie. Ils pensent garder la tradition, mais en dehors de l’Église hiérarchique.
Elle est pour eux la grave admonestation du Saint-Père Pie XII :
« Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s’attacher au Christ Tête de l’Église sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible et en brisant les liens visibles de l’unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu’il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel ».
Aucun hérétique ou schismatique d’aucune époque n’a jamais pensé qu’il se trompait. Tous pensaient que c’était l’Église qui se trompait et eux qui avaient raison. Et ils se vantaient d’avoir conservé la saine doctrine. Pour cette raison, pour que personne ne se fasse illusion en pensant avoir raison pour avoir préservé de bonnes choses traditionnelles, mais en dehors de la communion avec l’Église hiérarchique, rappelons les propos de saint Augustin :
« Personne ne peut trouver le salut sinon en étant dans l’Église catholique. En dehors de l’Église, on peut avoir tout, sauf le salut. On peut avoir l’honneur, on peut avoir les sacrements, on peut chanter l’alléluia, on peut répondre Amen, on peut avoir la foi au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et prier celui-ci aussi, mais jamais on ne peut, sauf dans l’Église catholique, trouver le salut ».
C’est contre ce très grave péril et risque d’hérésie et de schisme que je désire alerter tous ceux qui luttent en faveur de la tradition catholique.
Le Magistère de l’Église nous rappelle la nécessité de la communion avec la hiérarchie pour qu’il y ait légitime célébration de la Sainte Messe. Le pape Jean‑Paul II nous enseigne cela dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia :
« C’est seulement dans ce contexte qu’il y a la célébration légitime de l’Eucharistie et la véritable participation à ce Sacrement. »
Saint Ignace d’Antioche dit :
« Que cette eucharistie seule soit regardée comme légitime, qui se fait sous la présidence de l’évêque ou de celui qu’il en aura chargé. »
Monseigneur Rifan.